21 décembre 2011

Être bonapartiste en 2012 : profession de foi

L'Empereur Napoléon III

Aujourd'hui, le terme "bonapartiste" est quasiment devenu une insulte politique, au même titre que "fasciste". Si un homme politique fait preuve d'un peu trop d'autoritarisme, la presse n'hésite pas et la condamnation tombe : bonapartiste. Et si celui-ci a le malheur d'être de la même taille que nos empereurs, la métaphore peut alors être filée durant de longues années ... La comparaison, soyons honnête, ne manque pas toujours de fondements, historiques, idéologiques et politiques (le caractère d'insulte, lui, est nettement plus discutable) : autoritarisme, antiparlementarisme, culture de l'action, mépris parfois affiché pour la discussion, attachement à la souveraineté française, attachement à la gloire française, etc. Autant de traits qui semblent définir le bonapartisme. Mais de quel bonapartisme parle-t-on ? Au fond, qu'est-ce que le bonapartisme ?

Le bonapartisme n'a pas été fondé par Napoléon Bonaparte, mais par son neveu, l'empereur Napoléon III, qui a régné sur la France de 1852 à 1870, et a été le premier président de la République française, élu en 1848. L'élaboration du corpus "idéologique" du bonapartisme se déploie à travers ses nombreuses publications : Rêveries politiques (1832), Considérations politiques et militaires sur la Suisse (1833), Des idées napoléoniennes (1839), L'idée napoléonienne (1840), L'extinction du paupérisme (1844).  Il l'élabore durant ses années d'exil en s'inspirant de l'action de son oncle mais aussi, et surtout, de la réécriture a posteriori de celle-ci qu'on retrouve notamment dans le très célèbre Mémorial de Sainte-Hélène. Cette inspiration n'est pas unique : le prince Louis-Napoléon Bonaparte, comme il s'appelle alors, est fortement marqué par les idées de son temps, socialisme et saint-simonisme, ou les problèmes d'actualité, comme la paupérisation de la société, tout en se projetant, sans s'enchaîner à des doctrines, vers de véritables audaces politiques : politique intérieure clairement sociale, politique extérieure, parfois ambiguë, certes, mais nourrie par une vision humaniste qui aspire à la libération des peuples et à la résolution des conflits par des sommets internationaux (préfiguration, ici, de la SDN et de l'ONU).

En réalité, le bonapartisme n'est pas une idéologie, et encore moins une doctrine. C'est une idée, un parfum, une ambition pour la Nation. Aucun dogme révélé et infaillible. Ce qu'on appelle "bonapartisme" n'est en réalité qu'une façon d'agir, inspirée par l'idée napoléonienne, par cette certaine idée de la France. Le bonapartisme n'est pas figé, et il peut, il doit, se renouveler sans cesse : en restant fidèle aux idéaux fondateurs que sont les principes de 1789, en s'inspirant de l'action des bonapartistes précédents, et a fortiori des empereurs, en s'inspirant aussi des autres idées, sans rejet dogmatique, et de l'action de tout ceux qui ont eu la responsabilité de notre Nation ; mais surtout en s'adaptant, fondamentalement, à l'actualité et au monde dans lequel cette action bonapartiste doit s'inscrire. Le bonapartisme n'est pas une idéologie figée ; le bonapartisme, c'est ce que les bonapartistes sont, c'est ce qu'ils décident d'être, il ne peut se juger que positivement, au sens rhétorique, c'est-à-dire dans les propositions et les actions. Le bonapartisme n'est pas, comme a pu le dire René Rémond dans son magistral ouvrage Les droites en France, un courant de la Droite française fondé sur l'autoritarisme gouvernemental, l'antiparlementarisme institutionnel et l'exercice plébiscitaire de la démocratie ; c'est une matrice où s'élabore des solutions, toujours renouvelées, ancrées dans la modernité et la fidélité aux principes humanistes de la France.

Le général de Gaulle était, en partie, bonapartiste, en cela même qu'il a rejeté les a priori dogmatiques pour construire, non pas de nouveaux dogmes, mais une action pragmatique fondée sur une certaine idée de la France.

Il n'est pas de bonapartisme viable sans une (longue) période de réflexion autour de cette idée de la France et sans une (longue) période de discussions entre celle-ci et le monde actuel ; et tout bonapartisme qui oserait être idéologique et dogmatique serait d'une grande malhonnêteté. D'ailleurs, si aujourd'hui le bonapartisme est devenu une insulte, c'est sans nul doute à cause de la trahison qu'il a subi de la part de ses dirigeants au début, et au cours, de la IIIe République, quand le bonapartisme de Napoléon III a été abandonné au profit d'un bonapartisme partisan, clivant, catholique et réactionnaire, cherchant à exister en devenant un simple courant d'une "union des conservatismes" clairement ancrée à Droite. Cette (triste) période du bonapartisme en a fait, à juste titre alors si on étudie ce bonapartisme agonisant, une idéologie autoritaire et réactionnaire, que certains (le fait me semble exagéré) ont vu comme précurseur des fascismes à venir. Ce bonapartisme est une trahison intellectuelle : il abandonne ses fondements pour devenir un simple conservatisme autoritaire. Ce n'est pas ce qu'il doit être !

Le bonapartisme doit revivre aujourd'hui, il est riche de solutions ; mais pour le faire revivre, il faut le renouveler en le questionnant et en questionnant la société moderne. Être bonapartiste en 2012 c'est cela : vouloir les meilleures solutions pour notre Nation, en interrogeant sans faux-semblants et les idées et les faits. S'interroger sur le libéralisme, le socialisme, le communisme, le nationalisme, etc. S'interroger sur les réalités de notre société, ses forces, ses faiblesses, etc. Et relier les réponses obtenues, les faire vivre autour d'une idée : l'idée bonapartiste. L'idée napoléonienne, gaullienne, mais aussi (et surtout) louis-napoléonienne : Napoléon III fut un homme admirable, injustement calomnié, avec ses faiblesses, dramatiques, mais avec une richesse immense. Et c'est avec justice que le grand Louis Pasteur a pu dire : "Le règne de Napoléon III restera comme le plus glorieux de notre Histoire."

Il ne s'agit pas de prendre les idées et les solutions avancées par un empereur du XIXe siècle et d'oser prétendre les appliquer à la France du XXIe. Il s'agit de s'inspirer, non de reproduire. Et, en cette année électorale, je ne peux m'empêcher de faire le parallèle avec le Parti Socialiste qui ferait mieux de s'inspirer de François Mitterrand plutôt que de chercher à apporter à des problèmes des années 2000 des solutions des années 1980. Et, je ne peux non plus m'empêcher de faire la parallèle avec l'Union pour un Mouvement Populaire qui cherche un certain pragmatisme, mais sans âme ni principes fondateurs, sans une certaine idée de la France, ce qui fait souvent du pragmatisme de Droite un électoralisme populiste assez infâme.

Pragmatisme et principes, tradition et modernité, inspiration puisée dans le passé et audaces novatrices au service de l'avenir : tels sont les tensions fondatrices du bonapartisme. Un bonapartisme que je vois, et que je vis, comme une interrogation permanente, de notre passé et de notre présent, au service de notre avenir commun. Un bonapartisme que je vis comme un rejet total des dogmes et des idéologies arrêtées, comme un intérêt porté à toute idée qui pourrait servir la France et les français. Un bonapartisme vécu comme réflexion individuelle, comme débat permanent, comme quête et non comme révélation divine, comme solution magique : les formules magiques, en politique, n'existent pas.

Mon bonapartisme, en 2012, je le vis comme un amour intégral de la France, de tout son passé, de toutes les facettes de son présent, une passion pour l'écriture, collective et démocratique, de son avenir, que j'espère républicain et humaniste. Ce blog sera l'outil de cette réflexion et de ces interrogations, en les espérant nourries de vos remarques.

Vive la République. Et, plus que jamais, vive la France.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire