28 décembre 2011

Quelles alliances pour quelle souveraineté ?

La politique étrangère est, depuis toujours, le lieu privilégié du déploiement de la souveraineté d'une Nation, dans sa confrontation (pacifique, amicale, hostile, etc.) aux autres Etats souverains, dans ses prises de position et ses déclarations sur la scène internationale : la France ne s'est sans doute jamais sentie autant souveraine ces dernières années que lors du "Non" à la guerre en Irak, voulu par le président Chirac et porté par Dominique de Villepin à l'ONU, ou encore lors de l'engagement dans la guerre en Libye, décidé par le président Sarkozy. Cette indépendance diplomatiques et ces audaces internationales sont profondément ancrées dans l'ADN de la Nation française, façonnée sur ce point par le bonapartisme, et son lointain avatar, le gaullisme. Aujourd'hui, à l'heure des interrogations sur la souveraineté nationale, sur l'indépendance de nos armées et de notre diplomatie, ainsi que des questionnements légitimes sur la construction européenne, quelles alliances la France doit-elle construire ?

La première de nos interrogations doit, bien évidemment, porter sur l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) : constitue-t-il un cadre dépassé ou privilégié ?

Sommet de l'OTAN à Washington

L'OTAN est fondé en avril 1949, dans le cadre bien particulier de la guerre froide entre les empires américains et soviétiques, alors même que s'achève l'un des épisodes les plus importants de ce conflit, le blocus de Berlin (juin 48 - mai 49). En 1966, le président de Gaulle décide de retirer la France du commandement intégré de l'Alliance pour garantir l'indépendance de notre Nation : grande décision, purement gaullienne, d'inspiration bonapartiste, et d'une audace certaine.

Cette décision est annulée par le président Nicolas Sarkozy en 2009, année qui marque le retour de la France dans le commandement intégré, soit sa réintégration complète dans l'OTAN. Décision idéologique relevant de l'atlantisme et de l'alignement sur les Etats-Unis d'Amérique, il nous faut la condamner sans équivoque et se poser la question suivante : à quoi bon réintégrer une alliance militaire conçue durant la guerre froide ? Et pourquoi s'aligner, aujourd'hui, au début du XXIe siècle, sur une puissance américaine clairement en déclin ?



La souveraineté française passe par le chemin de l'indépendance vis-à-vis des Etats-Unis, une voix français spécifique au sein du concert des Nations européennes qui nous a permis notamment de dire "Non" à la guerre en Irak, et d'éviter ainsi le bourbier qu'elle est rapidement devenue. La France doit conserver cette tradition remontant au général de Gaulle et rétablir la décision de 1966, voire l'approfondir en quittant l'OTAN (tout en maintenant des liens étroits avec l'allié américain). Le départ de la France marquerait la nécessité de repenser le système d'alliances internationales et moderniserait la diplomatie militaire. Le monde entier y gagnerait, et la France est pleinement elle-même quand elle contribue ainsi, par son audace et son initiative, à la marche générale de l'Humanité.

Quelle alternative à l'alliance américaine ? Certaines voix, et notamment la présidente du Front National, Marine Le Pen, proposent une alliance avec la Russie. A mon sens, cette alternative n'en est pas une, il ne s'agirait que d'une simple "alternance diplomatique", substituant à l'alignement sur l'Amérique l'alignement sur la Russie. Mais l'idée d'un approfondissement des relations avec la Russie est une idée intéressante, non dans le cadre d'un nouveau système d'alliance, mais dans le cadre d'un rééquilibrage des relations diplomatiques et militaires : la France, en coopérant avec les Etats-Unis et avec la Russie, deviendrait un point d'équilibre des relations internationales, et, surtout, modérerait l'influence de chacun des deux pays par le poids de l'autre. Cette double coopération, américaine et russe, peut être fructueuse, mais elle n'est en aucun cas une vraie alternative à l'OTAN.

L'avenir de la diplomatie et des alliances militaires ne se trouve ni du côté des Etats-Unis ni du côté de la Fédération russe, elle se trouve en Europe.

L'Europe : outil pour une politique de grandeur souveraine.

L'échec de la Communauté Européenne de Défense (CED), dans les années 50, semble avoir condamné pour l'éternité un projet ambitieux de défense européenne : l'Eurocorps, entité militaire européenne (extérieure à l'UE), n'est qu'une "division" de l'OTAN, quant au Haut représentant de la diplomatie européenne, la britannique Catherine Ashton, son effacement est total. L'Europe souffre de son fondement institutionnel reposant sur l'unanimisme, principe court-circuité par une ouverture à de nouveaux pays totalement déraisonnable, dictée par des impératifs spéculatifs contraires aux impératifs de l'intérêt des peuples.

Et pourtant, c'est bien là, au sein de la Communauté européenne, qu'une politique diplomatique et militaire d'envergure peut voir le jour. Déjà, j'entends le cri des eurosceptiques, et autres opposants systématiques à la construction européenne. Soyons clairs : si la France n'a pas le courage, dans les dix ou vingt prochaines années, de repenser les outils de sa souveraineté diplomatique et militaire, sa place dans le monde ne cessera de s'effriter pour finir par toucher au ridicule. La puissance française est réelle mais elle ne peut plus s'exprimer aujourd'hui comme elle le faisait au XXe ou XIXe siècle. Le chemin solitaire est une grave erreur qui ne mène qu'à l'affaiblissement de la France et non à son indépendance, affaiblissement qui provoquera inévitablement l'alignement futur de notre Nation sur des intérêts étrangers aux siens.

L'alternative réside dans la construction d'une Europe diplomatique confédérale, resserrée (moins de vingt pays), avec des règles claires. L'Europe, en réalité principale puissance diplomatique et militaire, devant les Etats-Unis, la Russie et la Chine, se dotera d'une politique diplomatique et d'une armée communes. Les décisions seront proposées par des chefs d'Etat ou de Gouvernement et discutées par un parlement confédéral élu au suffrage universel par les peuples européens, dans un esprit de démocratie. Puis elles seront votées et adoptées par un conseil confédéral regroupant un représentant par Nation, élu, selon des modalités nationales, et disposant d'une voix proportionnelle au poids de son pays dans les finances, l'armée et la démographie de la Confédération, ceci dans un esprit de souveraineté et d'indépendance. L'unanimisme sera abandonné afin de permettre l'effectivité des institutions.

Avec cette nouvelle organisation, les Nations conservent l'initiative souveraine mais se donnent les outils de doter leurs ambitions d'une puissance nouvelle et incomparable dans le cadre d'une communauté de Nations unissant leurs destins et leurs forces dans le respect de leurs indépendances.

L'idée est la suivante : renforçons notre souveraineté et notre indépendance en les vivant à l'échelon européen. Alliances diplomatiques et options militaires seront discutées entre diplomates européens, représentants des peuples, la souveraineté ne sera pas abandonnée. Et des possibilités institutionnelles pourraient même être mises en place pour que les pays soient libres de moduler leur participation (financière, militaire, logistique) dans chaque décision confédérale. Au lieu de se débattre dans un jeu diplomatique qui nous dépasse au niveau mondial, reprenons notre souveraineté en rétablissant un "concert européen", cette diplomatie prestigieuse qui façonna notre continent. Les souverainetés retrouvées de demain se construiront dans le rétablissement du primat de la puissance européenne.

Cette Confédération sera souple à l'intérieur, avec le respect de la place de chaque Nation, de sa souveraineté, de son indépendance et de sa voix ; et elle sera puissante à l'extérieur, par l'alliance librement consentie de grandes Nations. La seule alliance qui puisse rendre sa place à la France, et aussi à l'Europe, c'est l'alliance confédérale entre Nations européennes qui renforcera notre voix par l'outil européen de puissance. Avec l'alliance confédérale européenne, inutile de s'aligner sur quelque pays que ce soit : notre puissance commune sera la garantie suprême de nos souverainetés respectives.

Quelle politique internationale la France défendrait-elle au sein de cette nouvelle alliance, gage de puissance comme de souveraineté ? Une politique de coopération étroite avec les puissances régionales : Argentine, Afrique du Sud, Corée du Sud, etc. Forte de cette puissance incontestable, tant au niveau diplomatique que militaire, l'Europe pourra se passer de toute soumission aux grandes puissances, et, tout en maintenant avec elles des relations cordiales, avec certaines une coopération franche, deviendra le pivot central d'un monde multipolaire équilibré de pôles régionaux soutenus par l'hyper-puissance européenne. Et quant à l'armée européenne, elle pourra devenir une armée de paix et de prospérité, mettant cette puissance retrouvée au service des Droits de l'Homme et de la protection des peuples, de l'indépendance et de la souveraineté de chacun.

A la question "Quelles alliances pour quelle souveraineté ?", voici ma réponse, à mon sens la réponse néo-bonapartiste : plutôt que de fuir nos responsabilités, plutôt que de perdre notre puissance en défendant une souveraineté qui se condamne elle-même, construisons une souveraineté nouvelle, plus forte et plus respectée, au sein d'un concert de Nations européennes librement alliées dans une Confédération diplomatique et militaire qui puisse porter notre voix dans le monde entier, et devenir le point d'équilibre d'un monde apaisé. L'échec de l'hyper-puissance américaine est une grande leçon pour le XXIe siècle, et c'est pour cela qu'il nous faut lutter contre l'émergence de nouvelles hyper-puissances de ce type, comme la Chine semble le devenir. Par la construction d'une hyper-puissance européenne bâtie sur le respect de chaque Nation souveraine la constituant, le monde connaîtra enfin une hyper-puissance d'équilibre international au service de la souveraineté de chacun, de la liberté de tous et du progrès humain.

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