25 décembre 2011

Un jugement honnête des religions

Cette journée de Noël est sans nul doute le moment idéal pour réfléchir, l'espace d'un instant, à la place que peut occuper aujourd'hui dans notre monde la religion, notamment la religion chrétienne qui a tant marqué notre Histoire. Napoléon Ier, l'homme du Concordat, affirmait : "Une société sans religion est comme un vaisseau sans boussole." Et pourtant, aujourd'hui, la religion recule partout en Europe, et notamment en France, fille aînée de l'Eglise comme de la Laïcité ; une religion de plus en plus caricaturée, de plus en plus conspuée, surtout à travers sa principale personnification, le pape Benoit XVI.

Etant de confession protestante libérale, je n'accorde pas à la parole du pape de caractère infaillible ni de pouvoir particulier, mais je suis tout enclin à lui donner une autorité certaine qui ne découle que du simple fait que 2,3 milliards d'êtres humains sur Terre sont chrétiens, et parmi eux un peu plus d'un milliard se revendiquent catholiques : qui, dans le monde actuel, dispose d'une audience aussi large que le souverain pontife ?

C'est sans doute à cause de l'étendue de son influence que les populations européennes sont aujourd'hui particulièrement exigeantes à son égard et lui fondent dessus à la moindre incartade, sur l'IVG, le port du préservatif, l'homosexualité, etc. Et souvent les médias et les bien-pensants se délectent de cette exercice : cracher sur le pape, une institution jadis toute-puissante et aujourd'hui réduite à son pouvoir d'influence sur l'Afrique et l'Amérique latine, voilà qui semble délicieux. Mais ces attaques sont-elles toutes justifiées ? Il me semble que non ...

Le pape souffre de plusieurs choses. Tout d'abord de l'organisation gérontocratique d'une Eglise fondée sur la tradition et un dogmatisme conservateur : une Eglise qui ne peut évoluer qu'à un rythme lent, à une époque de bouleversements extrêmement rapides. Il souffre aussi de sa formation et, paradoxalement, de son intelligence : le pape n'est pas l'homme des slogans, c'est un homme d'une grande culture qui défend ses points de vues dans de très longs discours de théologien, souvent réduits par les médias à quelques phrases polémiques, de surcroît caricaturées. Ainsi de sa position vis-à-vis du préservatif : sortie de son contexte, la phrase "Le port du préservatif aggrave le problème du SIDA" est choquante, et elle l'est, de fait, par son extrême maladresse. Mais au fond, le pape ne fait qu'appeler à une vraie réflexion des peuples sur la fidélité à l'autre et sur un mode de vie sage et chaste : rien de plus catholique, et de plus légitime dans la bouche d'un pape. Peut-on imaginer un seul instant qu'il fasse autre chose que rappeler les dogmes de son Eglise ? C'est là sans doute son plus grand handicap : les dogmes, infaillibles, de l'Eglise catholique.


Le pape Benoit XVI


Le pape n'est pas un homme public ordinaire, il n'est pas élu pour porter un message nouveau, les papes n'ont pas de programme politique : ils disent ce que l'Eglise doit dire. Et au lieu de critiquer un vieil homme de 85 ans, avec parfois des critiques caricaturales et faciles, le débat gagnerait en richesse si on interrogeait davantage les dogmes, parfois un peu vieillots, de l'Eglise catholique.

Des dogmes qui ne sont pas uniquement négatifs pour la société humaine. On insiste toujours sur les dérapages du pape, mais parle-t-on de tout ses appels à la paix, à la compréhension entre les Hommes, à la liberté, à l'égalité, à la fraternité ? Parle-t-on de ses positions sur la prison, qu'il souhaite rendre plus digne ? Parle-t-on de ses positions sur le racisme, qu'il condamne, sans hésiter, au nom de l'égalité chrétienne et de l'amour de son prochain ?

Jugeons le pape tel qu'il est, à la tête d'une Eglise qui ne peut se réformer que sur plusieurs décennies, à la tête d'une religion formée de multiples dogmes réputés infaillibles : un pape naturellement conservateur, autant qu'il est naturellement humaniste. Un homme complexe, à la hauteur de la complexité d'une religion aujourd'hui en crise ; à l'image d'une religion qui a apporté de grandes choses à l'Humanité (le christianisme est central dans le corpus idéologique de l'humanisme) et provoqué de grands malheurs (Inquisition, etc.). Continuons à appeler de nos voeux un catholicisme plus moderne et plus ouvert, mais rendons lui également sa part de progressisme et d'humanisme, tout comme nous devons le faire pour l'Islam. Ne jugeons que ce que nous connaissons réellement, dans ces faiblesses et ces forces.

Au XXIe siècle, Napoléon dirait peut-être : une société sans spiritualité est comme un vaisseau sans boussole. Malgré la disqualification partielle des religions, l'Homme a toujours besoin de spiritualité, et la défaite des religions ne peut être pour lui qu'une richesse nouvelle : interroger toutes les religions, questionner toutes les croyances, sans esprit dogmatique, se construire une spiritualité personnelle, tel est l'objectif spirituel des Hommes modernes, et ceux-ci ne doivent pas oublier l'importance (et la positivité) d'une partie du message chrétien, comme du message musulman.

Pendant des siècles, l'Homme a vécu dans la religion des dieux ; puis il a tenté de vivre sans religion, y perdant son âme dans le tourbillon matérialiste, cette société de consommation présentée comme panacée se révélant poison. Aujourd'hui, tentons simplement la religion de l'Homme, ne vouons de culte qu'à notre liberté de conscience, liberté spirituelle, la seule liberté qui soit, à jamais, inaliénable.

1 commentaire:

  1. Très bonne conclusion pour une très bonne analyse de la religion. Développons cette liberté de conscience, l'avancée du progrès.

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