5 janvier 2012

Cette politique de « sales mecs » qui salit la République

L'année 2012, année présidentielle, commence sous un ciel des plus tristes pour notre vie démocratique et républicaine : le ciel d'une polémique sans intérêt. Une polémique sans intérêt déclenchée par des « propos off » tenus par le candidat socialiste, François Hollande, lors d'un déjeuner avec des journalistes, où il aurait qualifié le président Nicolas Sarkozy de « sale mec ». Et les chiens de la majorité se sont aussitôt mis à hurler à l'unisson : une majorité présidentielle choquée, profondément selon son chef, Jean-François Copé, par des « propos inacceptables et inqualifiables » (Nadine Morano), exigeant des excuses publiques.

Une polémique dénuée de tout intérêt qui montre à quel niveau d'impuissance et de ridicule notre classe politique en est arrivé.


Christian Estrosi a ainsi parlé d'une chose « abjecte sur le plan personnel mais également dangereuse sur le plan politique car elle abaisse la fonction présidentielle ». Qui sont-ils pour oser dire cela alors qu'ils défendent un président qui a osé dire « Casse toi pauvre con » à un citoyen français ? Le Président de la République doit-il avoir un statut différent du simple citoyen quant au respect naturel qu'on doit à toute personne ? La première personne à avoir abaissé la fonction présidentielle, cela est clair, c'est Nicolas Sarkozy.

Mais François Hollande n'est pas en reste dans l'importance qu'il faut lui attribuer dans la décrépitude de notre classe politique. La pratique de déjeuners avec des journalistes est une pratique dangereuse et inacceptable. En se pliant aux habitudes du milieu médiatico-politique, François Hollande abaisse la démocratie.

Mais la politique est surtout abaissée par le comportement de tout les sbires qui gravitent autour des candidats, déclaré ou prochainement déclaré. Que penser des attaques de Manuel Valls qui parle d'un « journaliste qui n'a pas été à la hauteur de son métier » : quelle est la légitimité d'un politicien pour juger ainsi du métier des journalistes ? Ceux qui ne sont pas à la hauteur de leurs devoirs ce sont nos politiques qui parlent avec franchise aux journalistes dans des déjeuners « off » mais n'ont rien d'autre à offrir au peuple français que des éléments de langage, des incantations électorales (quelle platitude que la tribune de François Hollande dans Libération) ou des ripostes quasi militaires. En effet, que devons-nous penser des dispositifs de l'UMP entièrement tournés vers la polémique ? Que devons-nous penser quand un ancien ministre, Brice Hortefeux, affirme : « Hollande a commis une erreur. Si on n'est pas mauvais, on peut monter cela en épingle » ?

Ces pratiques politiciennes sont autant d'insultes à la démocratie, dont on salit la noblesse, au peuple français, dont on salit la représentation, et surtout une injure à la République et aux hautes considérations de l'art politique qui en constituent l'idéal.

L'élection présidentielle est clairement devenue un combat de personnes, ce qu'il doit être nécessairement puisque le Président de la République est une incarnation du peuple français, puisqu'il doit faire vivre ce peuple dans sa chair même. Mais que l'élection présidentielle devienne un combat entre deux partis aux armes de destruction massive à base de polémiques personnelles, aux régiments endoctrinés et aux attaques millimétrées, cela est inacceptable. Regardons aux Etats-Unis : les primaires républicaines nous offrent le spectacle abominable de spots de télévision brocardant les rivaux et les dénigrant sur le plan personnel. L'argent y coule à flot et le plus riche est doté alors de la plus forte capacité de dénigrement, et ainsi le plus à même de gagner. Voulons-nous de cela en France ? Prime à la polémique, prime à la bassesse : où est notre noble idéal républicain de la politique ?

La République française mérite mieux que les politiciens qu'elle a aujourd'hui, tous, de manière collective, responsables de la montée du Front National par leur médiocrité. C'est dans la noblesse d'un véritable débat où, à défaut d'estime sincère, chaque candidat respecte son adversaire et porte le combat sur le terrain des idées mais surtout sur celui de la France et de la République, c'est dans cette rénovation de notre classe politique que nous obtiendrons la plus grande victoire sur Marine Le Pen. Non, ils ne sont pas tous pourris ; oui, ils sont tous responsables !

La communication politicienne, tissée à coup de polémiques instrumentalisées, a tué l'art noble qu'était la politique. Les hommes politiques doivent le comprendre, ils doivent se détourner de leurs militants et cercles rapprochés qui se gargarisent aussi de ces attaques sans intérêts, de ces polémiques ridicules. La majorité écrasante du peuple français est fatiguée, certes, mais elle est toujours consciente de sa valeur : alors attention à vous, politiciens et politiciennes qui, par votre mauvaise foi, votre instrumentalisation de choses indignes de la politique, vos stratégies partisanes et vos « déjeuners off », abaissez la République.

Le peuple français n'aime pas les insultes, vous avez raison. Mais plutôt que de vous occuper de piques « off » et autres petites phrases de campagne électorale, pensez davantage à l'insulte pour la République et le Peuple que vous êtes, vous, politiciens français. Changez maintenant ou demain le peuple vous remplacera : et qui peut savoir la funeste alternative qu'un peuple trop longtemps insulté pourrait choisir ? Agissez maintenant, ou demain, vous, politiciens de 2012, pourriez être tenus responsables devant l'Histoire de drames qui ont précipité la France à l'abîme.

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