3 janvier 2012

La Légion d'Honneur déshonorée

L'Ordre national de la Légion d'Honneur est une institution française à laquelle les bonapartistes tiennent naturellement. C'est en effet le Premier consul Napoléon Bonaparte qui met en place cette nouvelle décoration en 1802, alliant, avec son génie en la matière, la tradition monarchique des ordres et les innovations républicaines  notamment à l'égard du mérite. La Légion d'Honneur demeure encore aujourd'hui la plus haute décoration qu'on puisse se voir attribuer en France, avec cinq modalités : trois grades (chevalier, officier, commandeur) et deux dignités (grand-officier et grand-croix). Officiellement, selon son code, elle est "la
 récompense
 de
 mérites 
éminents 
acquis
 au 
service 
de 
la
 nation 
soit 
à 
titre 
civil, 
soit 
sous 
les 
armes"



Quand on se penche rapidement sur les nominations de ce début d'année 2012, on peut s'interroger sur le respect de cette mission et sur la défense du prestige de l'ordre.

Tant de professions aux "mérites éminents"  : des directeurs de société à la pelle, des restaurateurs, des architectes, des publicitaires. Alors qu'on voit quelques résistants et anciens combattants obtenir cette décoration suprême à des âges extraordinairement avancés : si la mort s'en était mêlé, ils ne l'auraient jamais reçue ! Chaque ministère possède son contingent qui semble autant de cadeaux à distribuer : on peut ainsi voir des fonctionnaires des ministères mêmes être promus. On voit également des quantités d'anciens parlementaires se faire décorer. A voir la liste interminable des promotions, on peut être fier de ce pays où tant de citoyens rendent d'éminents services à la Nation.

Face à ces listes extraordinaires, on peut cependant se dire qu'il y a une part de vrai dans ces désignations, ces gens ont sans nul doute pour la plupart des mérites certains. Mais ces mérites doivent-ils mener à la plus haute des décorations ? Je ne le pense pas. Ainsi des nombreux professeurs, inspecteurs d'académies et autres proviseurs qu'on peut voir dans cette promotion de 2012 : pourquoi leur donner la Légion d'Honneur alors que nous possédons un Ordre des Palmes Académiques ? Les services rendus le sont-ils à la Nation ou au Savoir ? De même pour les nombreux ambassadeurs, consuls ou attachés d'ambassades : ne faut-il pas un Ordre du Mérité diplomatique ? Evidemment, ceci sent bon la IIIe République et ces multiples ordres, un passé un peu ridicule : mais nous disposons de l'Ordre du Mérite, pourquoi ne pas s'en servir ?

Et que dire quand on voit Stone&Charden recevoir la décoration suprême ? Quels sont leurs mérites éminents ? Si de telles promotions sont effectuées pour la décoration suprême, quelles nominations exubérantes doit-on constater dans l'Ordre du Mérite !

De ces quelques remarques, tirons quelques conclusions. Oui, la Légion d'Honneur souffre d'un trop-plein ; oui, il faut limiter les nominations aux personnalités les plus remarquables, casser la logique des contingents ministériels, mais aussi casser le "fait du prince" : pour cela, instaurons un conseil suprême de l'Ordre, présidé par le Grand-Maître, rassemblant les Grand-Croix par exemple, et décidant les nouvelles nominations et autres promotions. Transformons les échelons : que les grades et dignités supérieurs constituent "l'élite" des grades inférieurs. Que les officiers soient constitués des chevaliers les plus méritants, les commandeurs des officiers remarquables, les grands-officiers des commandeurs éminents, les grands-croix des grands-officiers les plus prestigieux, tout cela par cooptation. Tout en donnant aux membres un vrai statut et de vrais responsabilités, notamment dans l'Ordre (que les grand-croix participent aux nominations par exemple).

Voici quelques pistes, rapidement jetées sur le papier de manière désordonnée, pour réformer la Légion d'Honneur, lui rendre son prestige et son rang de première distinction nationale. Mais je pense que la réforme doit être plus large, en rappelant l'existence d'ordres secondaires eux aussi prestigieux : Palmes Académiques, Arts et Lettres, etc. Pour cela, il faut de nouveau enlever le caractère administratif et automatique de l'entrée dans ces Ordres (obtenir les Palmes Académiques par ancienneté, c'est un processus idiot, l'âge n'étant pas une garantie absolue) ; de plus, transformons, ici aussi, le processus des nominations, avec des décisions collectives, une implication des membres, mais aussi, pourquoi pas, une implication de tous les citoyens. Et, pour terminer, créons quelques Ordres spécifiques, en subdivisant l'Ordre du Mérite en sections plus précises afin de récompenser les gens illustres, non au regard de la Nation entière, mais au regard de leur champ d'activités, sans sombrer dans une pléthore de médailles et ordres indépendants.

Rajeunir de vieilles institutions comme la Légion d'Honneur est une nécessité absolue : la France doit conserver ses éléments les plus prestigieux tout en les réformant sans cesse pour qu'ils tirent un prestige encore plus grand de leur modernité.

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