20 février 2012

Repenser la campagne présidentielle



Pour une élection présidentielle libre et démocratique

Avec l'annonce de la candidature du président Nicolas Sarkozy, annoncée ce mercredi sur le plateau du JT de TF1 (quel beau symbole ...), l'orchestre qui nous interprétera la Marche présidentielle de 2012 semble être (enfin) au complet.

Quelques pistes (bonapartistes et démocratiques) pour ressusciter l'esprit authentique de cette élection, aujourd'hui trop largement instrumentalisée par les formations partisanes à des fins bassement politiciennes.


Dans cet orchestre de solistes, il y a les basses avec leurs voix graves (François Hollande, François Bayrou, Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen), quelques ténors qui chantent plus bas mais se font entendre (Jean-Luc Mélenchon, Eva Joly) et enfin une importante quantité d'altos (Nathalie Arthaud, Philippe Poutou, Dominique de Villepin, Corine Lepage, Nicolas Dupont-Aignan, Frédéric Nihous, Carl Lang, auxquels s'ajoutaient Hervé Morin, Christine Boutin ou Jean-Pierre Chevènement, récemment retirés), au chant plus discret, ces derniers risquant même de souffrir d'une extinction de voix si jamais ils ne parvenaient pas à réunir avec eux les 500 choristes requis.

Que de candidats ! Cette situation ne reflète pas, comme on peut le penser, et même le dire, l'image d'une politique française sans cohésion et divisée par des questions de personnes, elle reflète la diversité des idées et des courants de pensée qui animent, depuis toujours, l'âme immense et vibrante de notre Nation. Une diversité méprisée qu'on essaie de taire en répétant chaque jour aux altos : "Mais cessez donc ! Vos chants risquent d'empêcher les deux principaux solistes d'accéder au second tour, et nous nous retrouverions alors avec les fausses notes d'un nouveau 21 avril.Le 21 avril 2002, drame national dont les véritables leçons n'ont jamais véritablement été tirées.

Et on entend, ici ou là, appeler à "voter utile", à voter Hollande (sans croire en lui) pour empêcher Sarkozy de rester, à voter Sarkozy (sans y croire davantage) pour empêcher la Gauche de revenir. Et le peuple français est alors pris dans les mécaniques politiciennes, alors même que l'élection présidentielle devrait être pour lui l'occasion d'exercer sa souveraineté avec la liberté la plus totale, notamment aujourd'hui où les médias ont perdu leur pouvoir et où chaque citoyen peut s'informer des programmes de chacun sur Internet, partager sur Facebook et Twitter, discuter et débattre.

Le "vote utile" n'est pas une pratique saine : elle éteint le débat, et permet aux idées nocives de survivre, mais surtout elle porte au pouvoir des personnes qui ne sont soutenues que par une "majorité utile" du peuple français, une majorité de circonstance électorale et non de conviction profonde. En quelques mois, les déceptions arrivant, cette majorité illusoire se dissipe et la Nation se retrouve divisée, avec un gouvernement contesté et impuissant. Faisant de l'élection présidentielle, le rendez-vous manqué entre un Homme et un Peuple.

La peur du Front National ne doit pas devenir une peur panique ; qui sont donc ces républicains lâches qui sacrifient les principes de la démocratie, inventent ce "vote utile", pour sauvegarder ... la démocratie ? Le Front National ne sera pas vaincu par la mise en quarantaine et le cordon sanitaire : ce parti rassemble une importante partie des français, il mérite de pouvoir être entendu (ce qu'il est déjà !), mais le système politique et électoral a aussi le devoir d'accepter le débat et la confrontation. C'est en engrangeant des victoires réelles que nous ferons reculer le FN et non en nous cloîtrant dans nos craintes. La République, c'est aussi l'audace et le courage de se battre ouvertement contre les idées qui la menacent en proposant d'autres convictions, d'autres alternatives, d'autres horizons.

Les conclusions sont simples : il est nécessaire de donner plus de voix aux petits candidats, il est nécessaire aussi d'inclure le Front National comme un parti normal (aux yeux de la loi) dans la course à la présidentielle. Pour cela, il faut construire l'espace d'une égalité électorale parfaite, et ce sanctuaire existe théoriquement déjà : le débat. Non un débat par piques interposées, non une série de duels ponctuels mais de véritables débats de premier tour avec l'intégralité des candidats, comme on a pu le voir lors des primaires socialistes ou comme on peut le voir aux Etats-Unis d'Amérique, pour les primaires démocrates ou républicaines. Et de surcroît, quel lieu propice que le débat à lutter contre les calomnies ? Il est facile pour les "cellules ripostes" des grands candidats de diffamer et de mentir dans la presse ou les JT, mais il serait bien moins aisé de le faire face à la personne qu'on attaque, celle-ci ayant l'opportunité de démentir dans l'immédiat.

Abandonnons derrière nous cet héritage quasi médiéval de l'ordalie d'entre-deux-tours : un seul débat entre les finalistes ne peut suffire au peuple français ! Exigeons de vrais confrontations d'idées et de convictions plutôt que des discours solitaires et un débat qui se réduit trop souvent à quelques piques envoyées dans le dos de l'adversaire. Des débats de premier tour auraient plusieurs vertus :
- l'établissement d'une stricte égalité entre tout les candidats ;
- la responsabilisation du citoyen par la connaissance authentique des programmes de chacun ;
- la confrontation d'idées et non de machines partisanes ;
- la mise en avant d'une vraie diversité de l'offre politique.

Pour cela il faudrait avancer le calendrier électoral. Pour l'élection de 2012, la limite de dépôt des 500 signatures est fixée au 16 mars, la publication officielle des candidatures au 19 mars et le début officiel de la campagne au 9 avril suivant. Un calendrier plutôt hypocrite quand nous ressentons tous que la campagne a commencé depuis plusieurs mois. Avancer, par pur exemple, le dépôt et la déclaration officielle des candidatures à la mi-Janvier permettrait ainsi l'organisation de plusieurs débats de premier tour sur trois mois (Février, Mars et Avril) qui ne pourraient apporter qu'une valeur ajoutée au débat démocratique et républicain de notre Nation.

L'organisation de débats de premier tour donneraient de nouvelles clés aux citoyens pour faire un choix libre et responsable en toute connaissance de cause, et non par réflexe grégaire ou par combine politicienne, comme le vote utile. Enrichir le débat de la campagne présidentielle ne doit effrayer ni les citoyens ni les élites politiques : cette pratique ne peut qu'assainir notre démocratie, rajeunir notre pratique électorale et renforcer le respect de la diversité politique de notre Nation, fondement de la République.


A cette exigence de clarté, à cette exigence d'honnêteté politique et intellectuelle, un autre problème vient s'ajouter, récemment mis en lumière par les quêtes désespérés de certains candidats, "petits" (comme Dominique de Villepin) ou "grands" (comme Marine Le Pen), des sacro-saintes 500 signatures. De quel droit les grands partis, contrôlant leurs réseaux d'élus, disposeraient-ils d'un droit de veto, d'un droit de regard sur les candidats aptes à se présenter au peuple français ? La seule autorité légitime, c'est le Peuple ! Il est le seul à pouvoir décider dans l'intérêt national, tandis que les partis ne regardent qu'à leurs intérêts partisans ; l'UMP par exemple bloque les signatures de candidats dangereux pour Sarkozy, tels Morin, Boutin ou Villepin, mais laisse un candidat comme Nicolas Dupont-Aignan, capable d'affaiblir Marine Le Pen (dans des proportions minimes mais réelles) et ainsi de garantir l'accès de Sarkozy au second tour. En définitive, le peuple français a le choix entre les candidats autorisés par les partis à se présenter face à lui. Nous ne pouvons l'accepter !

Il faut balayer l'hypocrisie des 500 signatures d'élus et demander aux candidats de présenter des signatures citoyennes. Exigeons ainsi des candidats de présenter une liste de parrainages citoyens regroupant 1% du corps électoral (c'est-à-dire aujourd'hui 450 000 citoyens) : qui oserait dire que la démarche est illégitime ? Comment un candidat désirant rassembler au minimum 50,01% des français oserait dire qu'il est illégitime de lui demander d'apporter 1% de signatures de citoyens français ? Chaque français disposerait ainsi d'une signature personnelle, anonyme, qu'il pourrait donner à un candidat (sans que la démarche ne soit obligatoire, évidemment). Les candidats clôturant leurs appels au moment précis où le seuil est atteint : pas une signature de plus, inutile de faire les gros bras ou de neutraliser des signatures.

Ainsi, nous en finirions avec les faux-semblants et l'instrumentalisation de l'élection par les partis. Celle-ci serait enfin rendue à la seule autorité légitime en ces pays : le peuple français.

Dans la même ambition d'une élection aux ordres du peuple et non des ambitions politiciennes, exigeons de nos candidats qu'ils publient, un mois après la publication officielle des candidatures, leurs programmes sous la forme de 20 engagements pris devant le peuple. Ce document serait la base minimum de leur programme global, développé par la suite durant la campagne, mais aussi un document extrêmement important pour que les citoyens puissent par la suite avoir une base solide afin de demander des comptes à leur mandataire. Enfin, posons une date limite de publication des programmes globaux (deux mois après la publication des candidatures) pour donner le temps aux français de s'informer, de débattre et de mûrir leurs décisions.

Prenons nous à rêver, et imaginons ce que pourrait être le calendrier de cette élection présidentielle rénovée, élection présidentielle redevenue le cadre parfait de la rencontre entre un Homme et les rêves d'un Peuple.

  • 6 janvier (vendredi) : dépôt des signatures citoyennes au Conseil constitutionnel, chargé d'en vérifier l'authenticité et la légalité.
  • 11 janvier (mercredi) : publication de la liste officielle des candidats à l'élection présidentielle.
  • 8 février (mercredi) : publication des engagements présidentiels.
  • 18 février (samedi) : premier débat entre les candidats à la présidence.
  • 29 février (mercredi) : date limite de publication des programmes globaux.
  • 10 mars (samedi) : deuxième débat entre les candidats à la présidence.
  • 31 mars (samedi) : troisième débat entre les candidats à la présidence.
  • 11 avril (mercredi) : quatrième débat entre les candidats à la présidence.
  • 18 avril (mercredi) : cinquième débat entre les candidats à la présidence.
  • 22 avril (dimanche) : premier tour de l'élection présidentielle.
  • 2 mai (mercredi) : débat de l'entre-deux-tours.
  • 6 mai (dimanche) : second tour de l'élection présidentielle.

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