22 mars 2012

En 2012, quel candidat pour les bonapartistes ? (1/2)

Palais de l'Elysée
Lundi dernier, le Conseil constitutionnel a révélé le nom des dix candidats qualifiés pour participer à l'élection présidentielle. Selon l'ordre du tirage au sort opéré par le Conseil, il s'agit de :
- Eva Joly ;
- Marine Le Pen ;
- Nicolas Sarkozy ;
- Jean-Luc Mélenchon ;
- Philippe Poutou ;
- Nathalie Arthaud ;
- Jacques Cheminade ;
- François Bayrou ;
- Nicolas Dupont-Aignan ;
- François Hollande.

Pour nous autres, bonapartistes, orphelins de candidat depuis 1848, le choix d'un candidat n'est jamais facile tellement l'audace bonapartiste est peu présente chez nos politiques actuels. Mais la question est intéressante, et il est nécessaire de se la poser, surtout à un mois, aujourd'hui, jour pour jour, du premier tour de l'élection présidentielle : parmi ces dix candidats, lequel est le plus bonapartiste ?

Dans un premier mouvement, nous nous attacherons à balayer les extrêmes, auquel ce blog ne pourrait apporter son soutien sans se rendre lui-même malade. Nous mettrons ainsi de côté immédiatement les folies néo-soviétiques de la candidate de Lutte Ouvrière (Nathalie Arthaud) ou du candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste (Philippe Poutou) ; de même, nous refuserons tout soutien à la candidate du Front National (Marine Le Pen) qui s'inscrit dans une tradition politique alliant l'abject à la bêtise : son programme est une construction démagogique qui cache un fond de violence et de basse politique. A cela, ajoutons l'olibrius Jacques Cheminade, ridicule partisan de théories du complot délirantes.

Des six restants, nous mettrons également de côté assez rapidement le cas de Jean-Luc Mélenchon, candidat de la Gauche radicale, qui, malgré des positions intéressantes sur l'Europe anti-démocratique de Lisbonne, ne pourrait jamais recevoir le soutien des bonapartistes, ne serait-ce déjà que parce qu'il déteste lui-même le bonapartisme qu'il doit sans doute confondre allègrement, dans sa vision partisane de l'Histoire, avec le fascisme. Ses logiques partisanes assument d'ailleurs une division du peuple français en clans rivaux, ce qui est inacceptable pour nous. Son programme mènerait la France à la ruine économique et politique. Sa Sixième République est, à ce propos, une jolie proposition rétrograde pour un candidat "révolutionnaire" : revenir à des institutions dignes de la Troisième République ne serait pas à l'avantage de la France ; les imperfections de nos institutions ne constituent en rien une raison de tomber dans un extrême inverse, passant de l'hyperprésidentialisme à l'hyperparlementarisme.

Cette analyse des propositions de Jean-Luc Mélenchon, sommaire mais suffisante à le rejeter comme candidat des bonapartistes, peut s'appliquer aussi avec un égal bonheur à la candidature d'Eva Joly qui fait de l'écologie, cause universelle, une cause de Gauche, comme si le reste de l'échiquier politique attendait avec impatience l'effondrement de l'écosystème planétaire ... Sa rhétorique partisane, sa vision bassement gauchiste de la politique, son approche punitive et radicale de l'écologie, tout ces éléments ont marginalisé sa candidature jusque dans son propre électorat. L'écologie mériterait un traitement moins partisan, en somme plus bonapartiste.

Quatre prétendants demeurent sur la ligne de départ : François Hollande, François Bayrou, Nicolas Sarkozy et Nicolas Dupont-Aignan.

François Hollande et Nicolas Sarkozy sont les candidats du système : l'un propose une alternance sans alternative, l'autre de continuer sur la route désastreuse suivie depuis cinq ans. Au-delà de leurs personnes, certainement respectables, et de leurs programmes, si électoralistes qu'on peut tous y trouver de quoi être heureux, il y a les lourdes structures partisanes que sont le Parti Socialiste ou l'Union pour un Mouvement Populaire qui fonctionnent comme de véritables machines de guerre. Des mécanismes fort étrangers aux bonapartistes qui ne supportent ni l'esprit clivant et partisan, ni la basse soumission et le néant intellectuel des seconds couteaux.

Apparemment, il s'agira de faire un choix entre ces deux candidats au second tour de l'élection, tel est le fonctionnement de la République des partis : attendons donc ce moment pour les départager. Pour l'instant, laissons les professionnels de la politique politicienne à leurs manoeuvres de communication qui ne grandissent pas la République, et occupons nous des deux derniers candidats : François Bayrou et Nicolas Dupont-Aignan.

De nouveau, François Bayrou dessine un programme électoraliste assez clairement destiné à pouvoir entretenir le flou sur son ralliement durant l'entre-deux-tours, laissant toutes les possibilités ouvertes pour l'avenir de sa carrière. Au-delà de cet électoralisme assez décevant (mais qu'on retrouve à des degrés divers chez tout les candidats), nous pouvons souligner sa posture gaullienne qui, quand bien même récente, n'est point déplaisante. Certaines de ses propositions sont audacieuses, il ne cherche ni le clivage ni la polémique inutile, et à défaut de parti n'entretient pas l'esprit partisan. Cependant, il demeure favorable à un fédéralisme européen qui gommerait petit-à-petit les libertés nationales. Quant à sa posture gaullienne et transpartisane, elle relève davantage d'un consensus mou autour d'une ambition personnel que d'un rassemblement fort autour d'un principe national. Bref, une bonne copie qui comporte tout de même de lourds défauts ; peut-être mieux que Hollande et Sarkozy, mais toujours bien peu bonapartiste, et assez peu convaincant malgré tout.

On arrive ainsi au dernier candidat encore en lice, dont le nom n'est guère une surprise : Nicolas Dupont-Aignan, personnalité incontestablement la plus proche de l'idée bonapartiste, et d'ailleurs officiellement soutenu depuis le 2 mars par France Bonapartiste. Mais, vu le peu de bonapartisme des candidats (à l'exception de François Bayrou et son pseudo-gaullisme, ou de Nicolas Sarkozy, au pseudo-bonapartisme démagogique et électoraliste dissimulant mal un bilan ultra-libéral), on peut se demander si Nicolas Dupont-Aignan n'est pas, pour les bonapartistes, un candidat à défaut de mieux.

A quel degré Nicolas Dupont-Aignan peut-il être considéré comme bonapartiste ? Les bonapartistes ne feraient-ils pas mieux de voter blanc plutôt que Nicolas Dupont-Aignan ?

Nous répondrons à cette question dans un prochain article qui analysera le programme du candidat de Debout la République pour décider s'il est légitime de le considérer comme le candidat des bonapartistes pour l'élection de 2012.

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