1 avril 2012

En 2012, quel candidat pour les bonapartistes ? (2/2)


Nicolas Dupont-Aignan, candidat bonapartiste ?

Dans le précédent article, nous avions mis de côté successivement tout les candidats à la présidentielle, tous éloignés à l'extrême des idéaux bonapartistes. Cette constatation est révélatrice d'une élection présidentielle dont la principale caractéristique est de décevoir le peuple français. Cette course à l'Elysée est une surenchère de stratégies de communications stériles qui n'intéressent pas les français. Sur ce ring ridicule, quel candidat pour les bonapartistes ? Certains d'entre nous penchent pour un soutien à la candidature de Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République). Mais les bonapartistes ne devraient-ils pas préférer le vote blanc au vote Dupont-Aignan ? Après avoir lu son programme, voici mon analyse de sa candidature.


Le programme du candidat Nicolas Dupont-Aignan a de nombreuses qualités pour des yeux bonapartistes. Il propose de rendre au référendum sa place centrale dans les logiques institutionnelles françaises de la Ve République et d'instaurer un vote obligatoire pour que l'expression souveraine du peuple soit indiscutable (avec en contrepartie reconnaissance du vote blanc). Sa vision de la Défense nationale s'inscrit dans le plus pur respect du gaullisme : sortie de l'OTAN, maintien de la part de la défense à 2% du budget.

Une autre partie de son programme peut nous séduire mais de manière nettement moins forte : il s'agit de sa vision de l'Europe. Nous sommes tous d'accord sur le constat : depuis le 29 mai 2005 et la victoire non des eurosceptiques mais des euroalternatifs l'Europe est une institution anti-démocratique. Il faut déchirer le traité de Lisbonne et reconstruire l'Europe. Il faut rendre à la Nation sa souveraineté dans les processus de décisions européens ; or, Nicolas Dupont-Aignan ne propose pas cette refondation stratégique de notre souveraineté (que j'ai déjà défendu dans l'article Quelles alliances pour quelle souveraineté ?) mais un retour aux souverainetés des années 1970-80. Sa proposition de sortie de l'Euro est une proposition dangereuse ; il ne faut pas briser l'Euro, il faut le réformer et le repenser en profondeur. Comment pourrait-on se passer de l'Euro quand on voit la montée en puissance de la monnaie chinoise ? De même, le rétablissement des frontières se serait rétablir une souveraineté passée et non en créer une nouvelle, une souveraineté moderne digne d'un peuple du XXIe siècle. Ainsi, si Nicolas Dupont-Aignan a une analyse correcte et une ambition extrêmement séduisante (sortir de l'Europe de Lisbonne pour construire une Europe souveraine de souverainetés indépendantes), ses propositions concrètes manquent de souffle et de réalisme (notamment économique).

Ce pan de son programme comporte cependant des mesures séduisantes : favoriser l'investissement et le réinvestissement en France, favoriser les circuits de consommation locaux et nationaux, renforcer le contrôle de la Nation sur les banques, investir massivement dans la Recherche et l'Innovation, rétablir la souveraineté pour ce qui est de notre agriculture, mise en place d'un "impôt de citoyenneté" pour imposer les évadés fiscaux, réquisition de Total. Tant de mesures authentiquement souverainistes.

Dans la même veine, ces propositions relatifs aux services publics sont (très) séduisantes mais parfois (trop) floues. Ainsi de la nationalisation d'EDF-GDF : reprendre le contrôle sur notre énergie est une nécessité impérieuse, mais la réponse doit-elle être une réponse digne des années 1970 - 1980 (la nationalisation) ? De nouveau, comme pour l'Europe ou d'autres mesures, les propositions sont intéressantes mais manque d'une audace de rénovation souverainiste. Nicolas Dupont-Aignan est le candidat d'un souverainisme "à l'ancienne" alors que la France a besoin d'un "souverainisme révolutionnaire" animé par cette audace fondement de l'âme bonapartiste.

Il faut tout de même reconnaître l'intérêt des propositions quand bien même elles pourraient manquer parfois de souffle. La (re)nationalisation des autoroutes et la suppression progressive des péages sur les autoroutes amorties est une des mesures les plus intéressantes, mais on remarque encore ici des carences : il faudrait davantage baisser le prix des péages que les supprimer unilatéralement ; supprimer les péages ce serait condamner nos excellentes autoroutes à devenir aussi mal entretenues que les autoroutes belges. Enfin, le maintien de la commune et du département comme cellules de base de la République, ou encore mise en place de schéma directeurs de l'aménagement des services publics au niveau de la région, sont indiscutablement d'excellentes mesures.

Les mesures éducatives sont peu nombreuses mais intéressantes : recentrage sur les savoirs fondamentaux (passer de 10h de français hebdomadaires à 16h à l'école primaire), gratuité des concours pour les grandes écoles, rétablissement de l'autorité des professeurs, création de structures à vocation d'encadrement disciplinaire, arrêt du remplacement d'un fonctionnaire sur deux et sage mesure d'embaucher 30 000 professeurs dans les niveaux le nécessitant. Les propositions manquent cependant d'approfondissement, de nouveau : par exemple, un meilleur système de récompenses dans les zones difficiles est une idée intéressante mais encore faut-il l'approfondir. De surcroît, et de nouveau, nous retrouvons des solutions anciennes et non de véritables audaces : en lieu et place de cette mesure déjà tant débattue, ne faudrait-il pas repenser nos structures de ZEP pour mettre en place un droit à l'éducation prioritaire personnalisé (une proposition de Dominique de Villepin) ?

Quelques dernières mesures sont intéressantes : abrogation de la loi HADOPI pour faire d'Internet un espace de libertés, suppression des remises automatiques de peine (les deux tiers d'une peine seront incompressibles), mise en place d'un capital formation pour les jeunes, et enfin, mesure très gaulliste et bonapartiste, création d'un "contrat de participation" qui lierait les bénéfices du capital aux acteurs du travail (15% d'actionnariat salarié notamment).

Sa proposition de recruter 10 000 policiers et construire 20 000 places de prison est là encore une nécessité mais une nécessité présente dans une proposition floue : ne s'agit-il pas de repenser les missions de nos différentes polices et nos structures pénitentiaires ? De bonnes intentions mais un manque de souffle, d'audace.

Sur le style, élément important également dans une élection présidentielle, Nicolas Dupont-Aignan souffre d'une mauvaise maîtrise de la communication et d'un manque flagrant de charisme. Sur le positionnement, il tente également, même s'il s'en défend, de séduire les électeurs frontistes : je suis ainsi particulièrement choqué par ces affiches dont la troisième (à droite) est une affiche du Front National (ici). Dans la même logique, Nicolas Dupont-Aignan cède trop facilement aux simplifications populistes, notamment sur l'Europe : comment peut-il affirmer que les prix se sont envolés à cause de l'euro en comparant les prix de 2002 aux prix de 2012 ? Ne sait-il pas que l'inflation aurait également eu lieu avec le maintien du franc ? Penser les prix en francs de 2002 comme des prix figés qui n'auraient pas bougé d'un centime en dix ans, dix ans de crise financière et économique, c'est une malhonnêteté populiste : c'est prendre les électeurs pour des imbéciles. Cette obsession de l'Euro et sa dénonciation radicale de l'Europe est également un handicap majeur : le reste des propositions passe à l'arrière-plan alors même que ces propositions sont plus intéressantes que les propositions simplistes sur l'Europe.

Le programme de Nicolas Dupont-Aignan est donc un programme intéressant mais souffrant de (trop ?) nombreux handicaps : dénonciations simplistes, propositions courtes, solutions héritées d'un gaullisme figé des années 1970, souverainisme trop ancré à Droite et pas assez transpartisan, souverainisme trop peu audacieux et révolutionnaire. En bref, Nicolas Dupont-Aignan peut être un candidat bonapartiste convenable mais par défaut : le programme de NDA n'est pas cette rénovation audacieuse, révolutionnaire et profonde que désirent les souverainistes bonapartistes.

De surcroît, le populisme de Nicolas Dupont-Aignan, ses simplifications électoralistes et sa vision trop euro-sceptique (ne proposant pas une véritable alternative européenne) font du mal à la cause souverainiste. Le souverainisme de Nicolas Dupont-Aignan est empêtré dans des réflexes souverainistes remontant aux années 1990 et des solutions dignes des années 1970 et 1980. Faut-il donc vraiment donner sa voix à un programme souverainiste si peu audacieux, si populiste et caricatural ? Nous, bonapartistes, qui portons une exigence de renouveau complet et audacieux, devons-nous soutenir ce souverainisme marginal lié à la Droite radicale ?

Ma réponse serait non : les bonapartistes ne doivent pas soutenir Nicolas Dupont-Aignan car, quand bien même il est le plus proche de nous, il demeure loin de nos exigences et de l'audace de nos vues, de la force de nos principes, de la puissance de notre cause. La candidature de Nicolas Dupont-Aignan est la candidature d'un souverainisme populiste vieilli ; nous, bonapartistes, portons un souverainisme révolutionnaire et résolument moderne. Notre souverainisme bonapartiste est la seule politique authentiquement ancrée dans le XXIe siècle ; nous ne devons pas soutenir un souverainisme, quand bien même séduisant, qui demeure flou et ancré dans le XXe siècle.

Le 22 avril 2012, les bonapartistes devraient voter "Napoléon", c'est-à-dire voter blanc, en espérant que le vote blanc (comptabilisé en vote nul) soit assez massif pour faire trembler nos oligarchies politiciennes. Et en espérant que le score marginal de Nicolas Dupont-Aignan disqualifiera sa position au sein de la famille souverainiste, permettant aux bonapartistes de restructurer cette glorieuse famille autour de nos propositions, autour de notre vision, autour de notre audace. Le premier combat bonapartiste à mener est un combat interne au souverainisme afin de le renouveler et de le refonder, le faisant passer d'un souverainisme vieillot de Droite radicale en un souverainisme révolutionnaire transpartisan.

Le 22 avril 2012, le vote bonapartiste est blanc.

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