13 avril 2012

EVENEMENT : après le grand oral, le bulletin de notes des candidats


Mercredi et Jeudi soirs, France 2 a proposé une émission spéciale consacrée à l'élection présidentielle ; en remplacement du débat initialement désiré par de nombreux candidats, on a vu les dix prétendants se succéder pour seize minutes et trente quatre secondes de temps de parole chacun. Ces prestations ont été décrites par la presse comme "le grand oral des présidentielles". En conséquence, comme dans tout les oraux, maintenant que l'examen est achevé, il est temps de rendre les notes à chaque élève ! Voici donc les notes et les commentaires attribués à chaque candidat à l'élection présidentielle ; ils sont classés dans l'ordre croissant des notations.
NB : les notes et commentaires attribués ne portent pas sur les programmes globaux des candidats ou sur l'ensemble de la campagne mais strictement sur les prestations des candidats lors de cette émission spéciale.





Jacques Cheminade (non noté)
Il est très compliqué de noter la candidature de Jacques Cheminade ; il s'agit d'un candidat hautement étrange, un véritable OVNI politique, mais, de surcroît, le traitement médiatique qui lui est réservé est hautement stérile.
Un de ses principaux cheval de bataille est le programme spatial ; les médias utilisent ceci comme un pan ridicule d'un programme ridicule. Certes, le programme spatial n'est pas (du tout) l'essentiel, mais il n'est pas inepte de redonner de l'importance à la conquête spatiale, non dans le cadre national comme le désire Cheminade, mais plutôt dans le cadre européen. Le programme spatial est un projet ambitieux et porteur qui pourrait se dérouler sur deux ou trois générations. M. Cheminade montre ici plus de vision que certains grands candidats. Dans la même veine des propositions "bizarres" mais non dénuées d'intérêt, nous avons l'interdiction des jeux vidéos : il s'agit d'une mesure anecdotique, comme précisé non sans mépris par la journaliste de France 2, mais aussi d'une mesure intéressante, la violence des jeux vidéos étant un vrai problème et un point très important dans la violente brutalisation de notre société.
Jacques Cheminade est un candidat bizarre que les médias enferment dans sa bizarrerie. En effet, les journalistes passent leur temps à souligner de petites mesures anecdotiques et étranges, sans jamais l'interroger globalement sur son programme ; au final, que savons-nous du programme de M. Cheminade si ce ne sont ces quelques détails relevés par des médias amateurs de sensationnel ?
Cette caricature médiatique tourne en boucle et, alors qu'on change de questions et d'angles pour chaque interview de chaque candidat, avec Jacques Cheminade les questions tournent en boucle, et notamment en consacrant toujours 50% du temps à l'interroger sur Lyndon Larouche et sur l'image du président Obama affublé de la moustache hitlérienne. Bien sûr, sa candidature est très étrange, mais elle l'est encore plus si on passe notre temps à insister sur les multiples détails bizarres de son programme. Cheminade est bizarre, certes, mais nous le savons, inutile de le répéter à l'envie : entre l'étrangeté du programme et la stérilité du regard des médias qui trahissent leur devoir de nous informer au profit du divertissement, il est impossible de noter cette candidature.

Marine Le Pen (0/20)
Mme Le Pen est incontestablement la candidate la moins convaincante et la plus dangereuse. Son credo rhétorique, c'est l'agressivité ; une agressivité incessante qui lasse très rapidement. Son propos est hautement caricatural et simplificateur, et d'autant plus dangereusement simplificateur qu'il traite grossièrement de sujets extrêmement complexes, comme l'économie ou la situation dans les pays musulmans.
Son refus de l'asile aux potentiels réfugiés syriens est profonde indigne de la France, qu'elle entend défendre à tout prix. Aussitôt, Mme Le Pen retombe dans le programme populiste du FN, noyant notamment son auditoire sous des quantités de chiffres douteux (elle ne cite aucune source). Les propos sont simplificateurs et la caricature grossière, notamment dans sa vision de la charia, notion complexe et vaste qui ne se réduit pas à couper la main des voleurs. Sa caricature populiste va jusqu'au domaine international (domaine principal du président de la République) où sa vision est d'une extraordinaire bassesse, présentant les révolutions arabes comme autant de portes ouvertes à l'islamisme : on sent dans son discours que sa préférence aurait été au maintien de toutes ces dictatures. Sa vision internationale est vraiment ridicule, et quand elle parle de la Libye on voit bien qu'elle recycle ici des propos dignes du café du commerce, critiquant le CNT comme autorité islamiste (alors que nous savons depuis longtemps que le CNT a perdu la réalité du pouvoir).
Les amalgames et les approximations sont monnaie courante dans son discours : elle mélange allègrement l'islamisme (doctrine politique très large qui comporte des éléments modérés comparables à nos démocrates chrétiens) et le djihadisme (dont la fraction armée est ultra-minoritaire, le djihad étant avant tout une lutte spirituelle). Sur le dossier syrien, à l'entendre, on a l'impression que tout les réfugiés (une invasion de sauterelle selon elle ...) viendraient demander asile à la France, et pas à d'autres pays.
A ceci s'ajoute une vision ridicule et fermée de la nationalité française qui instrumentalise de manière abjecte la tragédie Merah : l'amalgame est fumeux, et infâme ! L'affaire Merah est un fait isolé, unique dans notre Histoire, et c'est même en cela qu'elle a été aussi choquante pour nous ; présenter tout les immigrés comme des djihadistes en puissance, présenter la fermeture de notre nationalité comme la solution, c'est une malhonnête infecte. Indigne de la grande âme humaniste de notre grande Nation républicaine.
Les propos sont grossiers et caricaturaux à l'extrême : présenter les terroristes comme tant d'immigrés financés par les aides sociales ... Mais où sommes-nous ? De surcroît, tout ceci est auto-justifiée par une pseudo vision exigeante de la laïcité : mais où est la critique du fondamentalisme catholique chez Mme Le Pen ? Pourquoi attaque-t-elle tant les prières de rues, mais pas les processions catholiques ? Nous sommes devant une instrumentalisation intolérable du concept républicain de laïcité.
Enfin, Mme Le Pen finit sa prestation par un vieux fond de commerce de l'extrême-droite : l'avortement "de récidive" (un emprunt au vocabulaire pénal ...). Elle ne cesse de caricaturer les réalités complexe de notre société. Et, pire, elle construit des liens artificiels et populistes entre des sujets déconnectés : il faut rogner sur les droits à l'avortement car les vieux se soignent moins bien aujourd'hui ... Discours frontiste typique. Enfin, quant au Pass Contraception, elle contourne la question en ramenant l'autorité parentale (beau sujet bien frontiste) sur le tapis : aucun lien ! Le Pass Contraception consiste à faciliter l'accès à la contraception pour les jeunes, cela n'a aucun lien avec l'autorité parentale !
Une prestation toute en agressivité, en populisme, en amalgames infâmes, et en questions contournées, en caricatures, en simplifications.

Nathalie Arthaud (2/20)
Mme Arthaud se présente comme l'unique candidat communiste ; elle utilise à outrance le terme (vieilli) de "travailleur" : elle est, clairement, la candidate d'un communisme à l'ancienne. Sa critique d'une économie transformée en casino (selon son expression) est intéressante et peut-être légitime, mais elle ne propose rien d'autre que les vieilles recettes marxistes, aujourd'hui complètement dépassées. Nathalie Arthaud propose ainsi le vieil outil inepte de la collectivisation, elle propose une dictature démocratique, la dictature du prolétariat (et même démocratique, une dictature demeure une dictature). Sa description du patronat est ridicule, peignant les entrepreneurs français comme autant de personnes cyniques et presque maléfiques. Il y a beaucoup plus de violence chez la candidate de Lutte ouvrière que chez le candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste, Philippe Poutou. La candidature de Nathalie Arthaud est celle d'une révolte sociale violente qui sent bon le bolchévisme. A tout ceci s'ajoute la stigmatisation de toute une classe sociale (patrons, riches, etc.) : or la discrimination sur la condition sociale est aussi abjecte que la discrimination sur la naissance pratiquée par l'extrême-droite.
Mme Arthaud présente beaucoup de dureté et de violence, et même quelque peu de paranoïa vis-à-vis d'un patronat "Antéchrist". Nathalie Arthaud incarne un anticapitalisme violent, à l'ancienne, là où Philippe Poutou est davantage le porte-drapeau d'un anticapitalisme moderne où une touche humaniste sincère vient modérer, semble-t-il, le marxisme vieillissant. Lutte ouvrière est une vieille structure pour un vieux communisme.

Jean-Luc Mélenchon (2,5/20)
Quel étonnement à l'arrivée de M. Mélenchon sur le plateau de l'émission : quel sourire ! Et quel effort ...
David Pujadas interroge immédiatement le candidat du Front de Gauche sur une de ses mesures phares, une des plus anti-bonapartistes : le passage à la VIe République, qui consiste à lutter contre un archaïsme (c'est ainsi qu'ils perçoivent la Ve République) avec un archaïsme encore plus fort, en l'occurrence le retour à la IIIe République et à l'ultra-parlementarisme. De la critique des déséquilibres de nos institutions actuelles naît un régime rêvé encore plus déséquilibré. Tout ceci étant fondé dans les dogmes gauchistes qui nient la puissance de l'onction populaire du suffrage universel direct, mais, pire encore, nie l'importance de l'incarnation nationale, ciment de notre unité.
Grâce aux journalistes, la personnalité de M. Mélenchon apparaît dans toute sa vérité, avec un sujet sur les insultes intolérables utilisés contre ces adversaires politiques (la plus choquante à mes yeux étant "poivrots"). En insultant tout ces adversaires, il insulte tout les français qui soutiennent ces candidats de l'autre bord ; le pseudo-candidat du peuple insulte le peuple, car pour le Front de Gauche et le néo-gauchisme dogmatique n'est peuple que ce qui est communiste ... Revendiquant avec joie la "maîtrise complète de son système médiatique", le candidat révèle sa personnalité autoritaire qui considère les médias comme bons du moment qu'ils sont d'accord avec lui, toute critique étant prise pour de la boue. Un respect du débat formidable, à la gloire du républicanisme qu'il prétend défendre.
Le communisme rénové de M. Mélenchon cache un fond de commerce paléo-communiste, criant notamment dans sa reprise des propositions de Georges Marchais (au-dessus de 30 000€ je prends tout).
La répartie du candidat est ridicule et violente, les propositions adverses n'étant que des "sornettes". L'argumentation n'est pas très poussée. Au fil de la prestation, le masque se fissure et la violence resurgit. On peut alors parfaitement percevoir la réalité de la campagne de Mélenchon : une violence intolérable dans le débat républicain. Ainsi, aujourd'hui, le Front de Gauche repart en guerre contre les médias en les accusant d'évacuer leur succès électoral : sans blague ? ... On ne cesse d'en parler ! Cette mauvaise foi, ces mensonges électoralistes sont autant de fissures du masque humble de cette candidature caractérisée par la bassesse politicienne et le dogmatisme communiste (doit-on sincèrement priver les gens des fruits de leur travail ?).
La candidature de M. Mélenchon est la candidature de la violence : violence dans les paroles, dans les analyses, dans les solutions. Malheureusement, c'est aussi une candidature de talent qui réussit avec éclat à côté de la pâleur cadavérique et austère du candidat socialiste. Mélenchon est un tribun extraordinaire, un candidat exemplaire, mais un populiste violent à combattre. Son programme est à rejeter, à l'exception des accents souverainistes sur l'Europe et (en partie seulement) l'OTAN.

François Bayrou (5/20)
François Bayrou, c'est l'histoire d'un homme politique compétent et populaire qui a échoué par le flou programmatique et l'intégration paradoxale dans la République des partis. Cet homme, talentueux, avait l'ambition de construire une majorité centrale ; il a échoué, gravement : Bayrou était davantage au milieu des partis qu'au-dessus d'eux.
Son discours est caractérisé par une terrifiante lenteur, ces phrases sont longues et hachées. Plus de la moitié de sa prestation a été utilisée à un long diagnostic (inutile), à une longue description du déclin français : mais, quid des propositions ? L'analyse peut être bonne, qu'en-est il du concret ? Le journaliste lui-même doit ramener le discours sur le programme et couper le diagnostic interminable de M. Bayrou. Très longue description des causes, puis, enfin, la proposition : déception ... Une mesure floue ; par exemple, ici, la proposition est la suivante : "se doter d'une volonté nationale stratégique". Pourrait-il y avoir déclaration de principe plus générale et proposition plus floue ?
Pourtant, comme exposé en préambule, l'homme ne manque pas de pertinence. Ainsi, sur son label "Produit en France", il propose une consommation responsable à la base d'une boucle de réinvestissement national (la consommation nourrissant la production, la production nourrissant la consommation). De même, il fut le seul en 2007 à alerter sur la dette publique, et aujourd'hui il pointe l'impérieuse nécessité de réduire les dépenses publiques. "Il faut réduire les dépenses publiques", ne cesse-t-il de répéter : oui, mais comment ? Le diagnostic est lourd, la nécessité semble indépassable, mais l'action proposée est vague, consistant en une addition de petites mesures sans envergure (parc automobile, doublons administratifs, etc.).
La lenteur du débit cumulée avec le vague des propositions donne un puissant sentiment de vide. Tout ne semble qu'être une leçon, très pertinente, sur l'état de la France : le ton est très professoral, et le programme ne consiste qu'en une juxtaposition de déclarations de principe, comme celle-ci sur l'éducation : la Nation doit la lecture, l'écriture et le calcul aux enfants. De nouveau un puissant "Il faut" suivi d'aucune proposition.
La prestation de M. Bayrou s'achève d'ailleurs par un climax de ton lent et professoral éludant les vraies questions. Quand la journaliste lui demande pourquoi il accepterait l'adoption par les homosexuels et pas le mariage homosexuel, il entre dans une docte défense de l'homoparentalité au nom de l'intérêt de l'enfant, et propose la reconnaissance du beau-parent, mais ne répond pas du tout sur son opposition au mariage ... Cet oral s'achève comme il a commencé, la candidature de M. Bayrou meurt comme elle a vécue : dans un vide intersidéral.

François Hollande (6/20)
Le candidat socialiste est la grande déception de ce "grand oral" cathodique : pressenti pour être le prochain et septième président de la Ve République, on est forcé de regarder son intervention avec l'exigence naturelle face au favori. Et quelle déception.
Son intervention commence directement par une pique dirigée vers le président sortant ; des attaques qui ne cesseront de se répéter tout au long de sa prestation, illustrant parfaitement la bassesse de cette République des grands partis, ainsi que la profonde nullité de cette campagne électorale. Le duel entre François Hollande et Nicolas Sarkozy n'intéresse pas les français, nous sommes encore au premier tour et nous voulons des idées, un programme, une vision pour le peuple français, un souffle.
Tant de choses qui manquent à M. Hollande, carences criantes lors de cette émission. Des idées, il en a. Mais certaines sont idiotes, comme le gouvernement paritaire : les quotas sont contre-productifs, la vraie égalité c'est choisir une femme non parce qu'elle est une femme mais parce qu'elle est compétente ! S'il désire un gouvernement purement paritaire, qu'il instaure également des quotas d'homosexuels, des quotas de blonds, des quotas de chauves et puis aussi des quotas de gens de Droite ! Quant aux autres idées, elles sont souvent modestes : il critique la domination des marchés, mais ne propose aucune mesure d'envergure ; il propose de négocier de nouveau le traité européen, mais n'inscrit pas ceci dans une vision globale et dans une vraie ambition de rénovation de l'Europe.
La prestation du favori était particulièrement décevante. Sans cesse le recours à ce ridicule "Moi, je" ; sans cesse des attaques contre le bilan du président sortant, quand bien même ces attaques n'ont rien à voir avec le sujet abordé ; une exposition froide, gestionnaire, sans aucun souffle. Le souffle, c'est ce qui manque le plus à M. Hollande : c'est là le problème d'un candidat depuis toujours ultra-favori, ayant gagné les primaires sans combat, grâce au forfait de DSK, et croyant qu'il peut devenir président sans combattre. Il y a dans sa candidature un manque grave de force, de combativité, et c'est cette incapacité à être combatif (sa seule allure "martiale" c'est sa voix qu'il pousse artificiellement à bout), c'est cette incapacité à incarner un vrai changement qui est responsable de la montée du populiste Mélenchon.
Le candidat socialiste est un homme sympathique, sérieux, même austère, et manquant de ce souffle enflammé qui fait les grands hommes de notre grande Nation. Il peut être un bon Premier ministre (il a les mêmes qualités que François Fillon), mais c'est un candidat incompétent, et un président très peu convaincant. C'est son incompétence à incarner un changement puissant, audacieux et ambitieux qui ouvre une route royale au néo-communisme populiste du Front de Gauche. François Hollande est un candidat mou et faible, austère et ennuyeux, sans souffle ni vision, alors que la France a besoin d'audace, de courage et de force. Ce constat m'invite à penser que Martine Aubry eût été une bien meilleure candidate pour le Parti Socialiste : elle affiche nettement plus de combativité, son autorité, contrairement à celle de Hollande, ne sonne pas faux, et surtout elle aurait bloqué la montée de Mélenchon.




Philippe Poutou (7/20)
Philippe Poutou est peut-être la révélation de cette séquence. Il affiche une candidature toute en modestie et humilité, sans égocentrisme ; il amène un souffle frais d'authenticité ! Fort de son originalité d'être un candidat ouvrier, il est sympathique et ne tombe pas dans l'agressivité qu'on a pu connaître chez Besancenot ou qu'on peut encore entendre chez Arthaud. Une douceur qui, pour son électorat extrémiste, est une faiblesse.
Sa candidature est une candidature de fortes convictions, sans électoralisme (c'est bien son problème ...).
Evidemment, au-delà de tout ceci, au-delà de la personnalité sympathique et positive de M. Poutou, il demeure que le programme du NPA est un programme dangereux : une vision de la société très caricaturale, une vision simplificatrice des tensions sociales et des équilibres économiques. Malgré tout, ce discours anticapitaliste paraît plus moderne que le paléo-communisme de Lutte Ouvrière et plus authentique que le néo-communisme pour bobos du Front de Gauche. Le candidat Poutou est un candidat intéressant à entendre en ce qu'il présente une utopie "douce" et non agressive, comme ces deux condisciples d'extrême-gauche. C'est une véritable candidature de cet extrême-gauche à peu près respectable car honnêtement utopiste (et profondément caricaturale !). Une bonne prestation face à la violence sectaire de LO ou au populisme ridicule de Mélenchon, mais un corpus idéologique qui reste hautement discutable, construit autour de nombreuses caricatures et d'une idéologie marxiste aujourd'hui complètement dépassée.
Somme toute, le moins mauvais et le plus sympathique des candidats d'extrême-gauche, une extrême-gauche qu'il faut cependant continuer à combattre, ce qui demeure une nécessité primordiale. A combattre avec tout le profond respect qu'on doit à une candidature comme celle de M. Poutou : une candidature honnête de combat et de convictions.


Nicolas Sarkozy (7,5/20)
"Vous voulez la Gauche ? Vous aurez la Grèce." Cette phrase, issue d'un meeting du président sortant, pose d'emblée le décor ... Quelques secondes plus tard, Nicolas Sarkozy s'en défend : "Ce n'est pas une caricature". Quand on a besoin de le préciser ... Parce que, oui, c'est une caricature ! Caricature à double tranchant, idéalisant son bilan et simplifiant à l'extrême le programme de son principal concurrent. Sans cesse, le candidat de la Droite avance l'argument de l'expérience, un argument faible tellement son bilan est contesté. Il se présente, et ceci est plus pertinent, comme le candidat de la maîtrise des dépenses face aux dépenses socialistes ; mais quand bien même ceci est plus intéressant, cette position demeure une vieille arme de Droite, inscrite dans le stérile combat entre PS et UMP. De surcroît, cette position demeure une déclaration de principe qui n'est suivie d'aucune mesure concrète et forte.
Le candidat Sarkozy apparaît cependant très combatif et assume des idées fortes et gaulliste, tels que l'Europe conçue comme entité protectrice avant tout, la politique de croissance sans dettes ni déficits, l'opposition au libéralisme anglo-saxon et au "Laisser-faire, laisser-passer" (expression gaullienne). Le discours de M. Sarkozy déborde d'énergie, et encore plus si on le compare à la prestation de M. Hollande.
La violente charge contre Eva Joly est complètement déplacée, caractéristique d'un homme authentiquement menacé par ces affaires : il se cache derrière son immunité présidentielle et se permet un "cinglant mépris". Une séquence détestable.
L'oral du président sortant s'achève sur sa défense d'un Islam de France à construire, une idée intéressante mais beaucoup trop instrumentalisé par la Droite, donnant lieu à beaucoup trop d'amalgames d'autant plus infâmes qu'ils sont électoralistes. Cette proposition du candidat apparaît comme un mix de combat légitime et d'amalgame calculé.
La candidature de Nicolas Sarkozy est placée sous le signe de la combativité ; il nous parle avec conviction (semble-t-il) de la France. Mais, l'électoralisme, les caricatures, les amalgames et le bilan hautement contestable salisse tout ceci. La qualité de sa candidature me semble gonflée par la médiocrité de son principal adversaire ; s'il avait eu un concurrent plus fort et plus solide (comme Martine Aubry), le discours de M. Sarkozy sonnerait moins bien, paraîtrait moins authentique, moins fort et moins convaincant. C'est bien la profonde médiocrité de cette campagne qui lui permet de rester haut dans les sondages malgré tant de mensonges et d'arrogance ; à côté de candidats médiocres, Nicolas Sarkozy, candidat d'un talent certain, apparaît comme une bonne alternative. Le choix du second tour, entre deux programmes mauvais, sera bien difficile ...

Nicolas Dupont-Aignan (10/20)
Le chouchou de nombreux bonapartistes, et à l'écouter on est tenté d'ajouter : avec raison. En effet, son discours est sans aucun doute le plus intéressant : il vitupère une politique devenue impuissante, ayant abandonné son pouvoir à Bruxelles et aux marchés financiers, dressant le portrait désastreux mais réaliste d'une France abandonnée et immobilisée par le régime des grands partis. Grands partis qui craignent la contradiction, puisque, ce sont eux, et NDA a raison de le souligner, qui ont refusé le débat contradictoire à dix. M. Dupont-Aignan se présente comme l'héritier du grand Philippe Seguin (qui participa en son temps à la réhabilitation de Napoléon III), comme le leader d'un gaullisme social fort destiné à rassembler tout les patriotes pour redresser la France et combattre cette "mauvaise Europe", dans le but de bâtir la "belle Europe", celles des peuples humanistes librement assemblés. A la fin de son exposé il dira une chose très forte : vouloir construire une société de la participation pour lutter contre le drame principal de notre temps, la déresponsabilisation.
Malheureusement, comme toujours avec M. Dupont-Aignan, la beauté des idées, la grandeur des inspirations et l'audace de certaines pistes ne résiste pas au développement du programme. Sur la question de l'euro, sa démonstration est, comme souvent, mauvaise. Sa critique est pertinente : nous ne pouvons continuer ainsi avec une monnaie surévaluée (euro) et une monnaie sous-évaluée (yuan chinois), et il faut remettre en question l'emprunt sur les marchés. Sa critique de la loi de 1973 et des équilibres monétaires est bonne, mais les conclusions qu'il en tire sont biaisées, et les solutions mauvaises ... En effet, sa charge contre l'euro est non-convaincante, ne serait-ce déjà que parce que, dès le début, son angle de tir est de critiquer les chiffres du journaliste, un angle d'une extrême bassesse et très peu convaincant. Par la suite, M. Dupont-Aignan manque cruellement de répartie, son approche économique semble bégayante et pas très sérieuse, tout finit dans la confusion et une condamnation trop extrême, l'euro semblant responsable de tout, de la délocalisation comme du mauvais temps ... L'analyse économique est très peu approfondie, elle apparaît très peu solide : n'est pas économiste qui veut ! Comme toujours avec le président de Debout la République, les critiques sont fondées, les solutions ineptes, les mesures floues.
C'est là le drame du candidat de nombreux bonapartistes : ces idées sont bonnes mais trop floues. Ainsi, les journalistes de France 2 sont obligés de lui demander de préciser ses vues quant à l'accession à la propriété et au traitement des élèves perturbateurs. Ses réponses sont bonnes, mais floues : vendre le parc HLM avec une forme de "bail-crédit" est une excellente idée d'accession progressive à la propriété, mais la mesure est floue. De même pour les établissements départementaux spécialisés dans l'encadrement des élèves perturbateurs, tout ceci paraît hésitant.
La candidature de M. Dupont-Aignan est floue, mal ficelée, cédant trop facilement au populisme et aux simplifications, parfois avec une pointe d'agressivité très désagréable. Il n'est pas le meilleur candidat souverainiste qu'on puise espérer, sa candidature révélant de grandes faiblesses, et cela malgré d'excellentes idées et un souffle authentiquement gaulliste. La note peut paraître sévère, mais cette sévérité est tout à fait logique : le souverainisme se doit d'être le parti de l'exigence !
Nicolas Dupont-Aignan est un candidat souverainiste fort convenable mais sa candidature reste criblée de faiblesses et de graves défauts : elle n'est malheureusement pas à la hauteur du souverainisme exigeant et audacieux qu'on nomme "bonapartisme".

Eva Joly (12/20)
Cela en étonnera peut-être beaucoup mais, à mon humble avis, Eva Joly a signé l'intervention la plus intéressante des deux soirées. Elle a montré l'image d'une combattante armée de puissantes convictions, assumant d'avoir dû affronter une campagne difficile. Son accent résonne de la diversité de notre Nation républicaine. Elle s'est présentée comme "coincée" entre une Gauche molle et une Gauche folle, se présentant comme une Gauche raisonnable : si la caractéristique de "raisonnable" est discutable à la lecture de certains passages de son programme, elle a le courage remarquable (et remarqué) d'attaquer ces partenaires, et notamment cette Gauche folle qui bénéficie de l'angélisme médiatique (quoi qu'elle en dise).
Au niveau des idées, ses approches étaient assez intéressantes, et originales, ce qui est une grande qualité dans cette morne campagne. Son ambition de faire "habiter différemment" en mettant fin à l'étalement urbain et en réduisant les trajets est extrêmement pertinente : il s'agit d'une vraie vision sociétale qui a pour but de rénover la vie.
De même, son approche des énergies renouvelables est une approche réaliste, considérant la faillite du secteur actuel et proposant, en conséquent, d'insister sur la structuration et l'organisation des filières, en appuyant sur l'investissement fondateur. Son approche du nucléaire est plus discutable, notamment à cause de son instrumentalisation excessive de Fukushima, mais elle est plus réaliste que la caricature qu'on fait souvent de son programme puisqu'elle propose une sortie programmée et progressive, et non un arrêt violent et immédiat des centrales.
La transition écologique prend une place très importante dans son programme, et quand bien même on peut discuter de ce dernier, la transition écologique est un projet ambitieux et global original dans cette campagne qui juxtapose
Il reste, évidemment, des choses dérangeantes, que ce soit la facilité rhétorique de critiquer l'échec du "Travailler plus pour gagner plus" sans prendre en compte la crise, la mesure de Gauche dogmatique qui consiste à réduire le temps de travail sans un encadrement et une vue globale de la société, ou encore la légalisation du cannabis (mesure irresponsable, il ne faut pas légaliser mais dépénaliser).
Malgré toutes ces faiblesses, il faut souligner le courage de cette femme, que ce soit sur la campagne en générale ou sur des sujets de société où la pensée unique domine ; ainsi sur la critique de l'ultra-laïcité et la défense d'un vrai féminisme en demandant, pour les femmes musulmanes, la liberté de leur corps et de leur apparence.
La prestation de Mme Joly était une prestation vraiment intéressante ; il s'agit d'une candidature utile, qui amène les problèmes écologiques dans une campagne qui n'en parle, une candidature originale, une voix intéressante, une femme qui porte une vraie vision de la société. Un courage remarquable, elle est d'autant plus courageuse en comparaison au grave manque de courage du candidat socialiste. Face à Mélenchon et à Hollande, Eva Joly porte sans doute la candidature de Gauche la plus intéressante : une Gauche courage, combattante, respectueuse et positive.

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