16 avril 2012

Les staliniens du Front de Gauche

Drapeau de l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS)
Habité par l'esprit d'équité républicaine, et en cela autant adversaire des extrêmes de Droite comme des extrêmes de Gauche, je suis révolté par la "bienveillance" avec laquelle les médias et nombre de nos compatriotes considèrent le Front de Gauche, comme si un extrémiste de Gauche était plus fréquentable qu'un extrémiste de Droite.

En plus de défendre des programmes économiques ubuesques, ou une vision dépassée de la société, assumant de la fonder dans la discrimination sociale, l'extrême-gauche contient en son sein des éléments issus d'une tradition politique dangereuse : le stalinisme. Et, comme on nous noie sous les reportages (légitimes !) qui nous montrent les éléments pétainistes et antisémites du Front National, afin de respecter un minimum l'équité de traitement des extrêmes, je vais m'attacher à vous présenter les éléments staliniens du Front de Gauche.

Il faut d'abord commencer par le noyau central du Front de Gauche, non pas Jean-Luc Mélenchon mais le Parti Communiste Français : quand on regarde les résultats des différentes motions présentées lors des congrès du Parti, on est très étonné du score que les "orthodoxes" parviennent à faire. Ainsi, au 34e congrès du PCF, en 2008, le texte du Conseil national a remporté 60% des voix tandis qu'un texte "marxiste-léniniste", déposé par la ligne orthodoxe du parti, en remportait 24%.

Ce "stalinisme" interne au PCF voit le jour au cours des années 1990 quand le Parti, notamment avec Robert Hue, décide de prendre un virage plus réformiste et d'abandonner l'URSS et le Grand soir. L'opposition à cette transformation donna naissance à l'orthodoxie interne mais aussi à des structures externes, assumant le "schisme" avec le parti historique, comme le Pôle de Renaissance Communiste en France qui se revendique du "marxisme-léninisme" (appellation positive du stalinisme). Ils défendent ainsi encore l'organisation institutionnelle du "centralisme démocratique", jolie expression qui désignait les mécanismes de la dictature soviétique.

Il faut donc avoir à l'esprit que le PCF, même s'il est aujourd'hui en grande majorité un parti tout à fait respectable (quand bien même ses solutions sont ahurissantes), continue à avoir en son sein, et autour de lui, des groupes orthodoxes qui n'acceptent pas la rupture avec l'URSS.

Cette tendance ultra-communiste se trouve dans un autre parti qui, lui, et c'est là un élément d'autant plus choquant, est, depuis octobre 2011, membre à part entière du Front de Gauche, après avoir fait alliance avec lui lors des élections régionales. Il s'agit du Parti Communiste des Ouvriers de France [PCOF]. Evoquer le PCOF nous permet de replonger, non sans délectation intellectuelle, dans les tréfonds de l'Histoire communiste.

En effet, ce parti est issu du Parti Communiste Marxiste-Léniniste de France, fondé en 1967 (et vous imaginez bien, interdit l'année suivante ...), qui fut crée pour condamner la "dérive" du PCF : cette dérive, pour les membres du PCMLF était l'adoption par le Parti des thèses "révisionnistes" (le terme est ainsi utilisé sur le site même du PCOF) mises en place par Nikita Khrouchtchev en URSS en 1956 : la déstalinisation. En effet, cette branche du communisme n'acceptait pas la rupture avec Staline ! Cette Gauche ultra-communiste se tourna en grande partie vers le maoïsme, à leurs yeux plus fidèle à l'héritage du Petit Père des Peuples. Pour "l'anecdote", le PCMLF soutiendra, à la fin des années 1970, le régime des Khmers rouges ...

Mais, l'Histoire ne s'arrête pas là, car le PCOF condamne aussi le maoïsme comme un "révisionnisme", et peut-être le pire de tous ! En effet, après la rupture sino-soviétique de 1961 (où les marxistes-léninistes apportèrent leur soutien à Mao), il n'y avait en Europe qu'un pays allié de la Chine car refusant lui-aussi la déstalinisation : l'Albanie communiste de Enver Hoxha. Mais, à la fin des années 1970, après la mort de Mao, le régime chinois s'engagea dans l'abandon du maoïsme, proclama la fin de la Révolution culturelle et requalifia ses relations internationales : vint alors la rupture sino-albanaise, la Chine représentant cette fois-ci le "révisionnisme" et l'Albanie l'orthodoxie. C'est de cette rupture que naît, en 1979, le PCOF, pro-albanais. Le PCOF, aujourd'hui soutien de Mélenchon, soutenait donc à l'époque Enver Hoxha, sorte de Kim Jong-Il occidental ... Et, aujourd'hui encore, le PCOF condamne la déstalinisation et le maoïsme comme d'infâmes révisionnismes à abattre.

Il est donc temps d'être équitable dans le traitement des extrêmes : s'il y a chez Marine Le Pen des fanatiques qui trouvent des qualités à Pétain ou à Hitler, il y a, chez Jean-Luc Mélenchon, des gens qui se réclament encore du "marxisme-léninisme" et qui trouvent des qualités à Joseph Staline ou Enver Hoxha.

A mes yeux, aucun n'est préférable à l'autre, qu'ils aient la nostalgie de Vichy ou de l'URSS, les extrêmes se combattent, au nom de la démocratie réelle et contre leurs démocraties démagogiques.

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