6 mai 2012

L'élection présidentielle : un danger pour l'unité de la Nation


Aujourd'hui, la France vote. Le premier tour de l'élection lui a laissé le choix entre les deux nominés des deux principaux partis : François Hollande, candidat du mammouth PS, ou Nicolas Sarkozy, candidat du léviathan UMP. 

Au premier tour, les français choisissent ; au second tour, ils éliminent. Le 22 avril, 55,81% des français avaient exprimé le souhait de voir élire l'un ou l'autre des candidats encore en lice pour la magistrature suprême. Ceci signifie que 44,19% des français ont exprimé, au premier tour, un soutien à un autre candidat. Ceux-ci ne peuvent aujourd'hui que voter à défaut de mieux. Les amoureux des mathématiques avanceront qu'on ne peut contenter tout le monde, et que la majorité numérique avait appuyé dès le 22 avril les deux candidats "de gouvernement" (quelle infâme expression). Certes, mais ceux qui avancent de tels arguments ne sont pas bonapartistes, car nous aimons, nous, et la démocratie et l'unité de la Nation.

Ce soir, la moitié du peuple sera victorieux, l'autre vaincu ; et la moitié fêtera même bruyamment sa victoire sur l'autre. Rue de Solférino (pour F. Hollande) ou Maison de la Mutualité (pour N. Sarkozy), une foule compacte sautera de joie, l'autre devra affronter la déception. 

De telles scènes grandissent-elles une Nation ?
Assurément non, l'élection présidentielle est une grave menace pour l'unité de la Nation et une vision apaisée de la Démocratie. Certains s'étonneront : un bonapartiste qui s'oppose à l'élection présidentielle ? Il ne s'agit en aucun cas d'une incohérence ; le bonapartisme doit inventer de nouveaux outils, et notamment être audacieux dans la conception d'institutions qui permettront et l'unité nationale et l'apaisement démocratique.


On ne peut empêcher un camp de fêter sa victoire, mais il faut savoir canaliser son expression et maîtriser sa forme : on ne peut réclamer une "victoire de la France" quand on fête la victoire d'un Parti. Ce soir, les mouvements de joie qui exploseront à 20h, rue de Solférino ou Maison de la Mutualité, seront graves : la Ve République a perdu son âme, elle est devenue une République des Partis. Pire, une République de Partis hystériques.

Ce qu'il faut, c'est empêcher la segmentation illusoire de français en réalité résignés sur des camps partisans qui se pensent dès lors représentants légitimes d'une France "qui se lève". La France n'est ni de Gauche, la France n'est ni de Droite : en disant ceci, le général de Gaulle parlait sagement. Aujourd'hui, j'ajouterai : la France ce n'est pas le Parti Socialiste, la France ce n'est pas l'UMP. 

Pour empêcher cette segmentation il faut reconsidérer l'élection. En aucun cas il ne faut remettre en doute l'élection du capitaine du navire au suffrage universel direct : ce serait là contraire à l'âme bonapartiste qui ne reconnaît de légitimité qu'aux volontés librement exprimées du peuple français. Il ne faut pas supprimer l'expression, il faut la moduler.

Passons d'un scrutin en deux tours à un scrutin en un seul tour. Passons d'un scrutin uninominal à un scrutin plurinominal. Passons d'une question implicite qui est "Parmi ces partis, duquel voulez-vous la victoire ?" à "Parmi ces hommes et femmes, auxquels confiez vous votre confiance ?". 

Réunissons les élections présidentielles avec les élections législatives : ainsi, la diversité du peuple français s'exprimera en même temps que son unité. Aucun parti ne pourra revendiquer de victoire, car aucun parti ne pourra obtenir de majorité absolue au Parlement ; quant à la personne choisie pour assumer la magistrature suprême, il ne le sera pas contre une partie de la France mais grâce à un soutien de la Nation unanime.

Modélisons ceci pour que la compréhension en soit plus aisée. Lors de l'élection, les français disposeraient d'un vote législatif à donner à un parti et d'un vote présidentiel à donner aux candidats auxquels ils font confiance. Ainsi, le bulletin présidentiel pourrait être une liste de candidats : cocher leur case indiquerait la confiance, ne pas la cocher la défiance. Ceci rabattrait l'orgueil de candidats minoritaires et indignes qui osent se prétendre "représentants du peuple" (M. Mélenchon ou Mme Le Pen) ; ceci donnerait plus de chances à des personnes compétentes comme M. Bayrou. Ceci transformerait la campagne en supprimant les manoeuvres tactiques et électoralistes : il ne s'agira pas de réunir son camp, il s'agira de convaincre la France. Par la pluralité du vote, le candidat élu ne le sera pas de manière étriquée mais de manière large (on peut imaginer des candidats auxquels les français feraient confiance à 60%, voire 70%). 

Elu de la Nation toute entière, le Président pourrait alors imposer la volonté du peuple à une assemblée divisée, forcée de transposer dans les murs de la chambre une majorité de confiance ancrée dans le peuple. Plutôt que de diviser le peuple français en sacrifiant son unité sur l'autel de divisions artificielles et parlementaires, forçons nos représentants à se réunir, à s'unifier.

L'unité nationale sera raffermie.
La démocratie apaisée.
Et le soir des élections, chaque français pourra trouver son compte dans les résultats.
Chaque français sera vainqueur.
Il n'y aura la victoire d'aucun parti. Il y aura la victoire de la France.

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