18 juin 2012

Quelques leçons à tirer des élections législatives


Le bonapartisme est, dit-on, un courant politique antiparlementaire. Nous le sommes si le parlementarisme doit demeurer à jamais figé dans la forme indigne qu'il a pris sous la IIIe ou la IVe République, et dont certains espèrent le retour sous une VIe République ; si le parlementarisme c'est la division de la Nation, la toute-puissance accordée aux partis, les manipulations en coulisse, l'instabilité ministérielle et une vision arithmétique de la politique déconnectée des réalités du peuple, oui, nous sommes antiparlementaires.

En réalité, nous, bonapartistes, sommes "alter-parlementaires" : nous défendons la démocratie et, en toute logique, l'expression parlementaire de la diversité des courants d'opinion ancrés dans le peuple. Mais nous sommes en profond désaccord avec les différentes expressions institutionnalisées de cette diversité ; bien sûr, nous le sommes farouchement avec l'expression "IIIe République", mais, si on se penche sur les législatives de 2012, on se rend compte que nous le sommes également avec l'expression "Ve République".

Le bonapartisme, assurant sa mission d'audace politique et d'initiative citoyenne, doit bâtir une alternative parlementaire qui assure le respect de toutes les opinions, l'efficacité politique et l'investissement citoyen.

Tirons les leçons d'un système de représentativité à bout de souffle. Avant qu'il ne soit trop tard.

Avant toute analyse, il faut savoir être concret et pratique. Voici les résultats des élections législatives :

  • Front de Gauche : 10 sièges
  • Parti Socialiste : 280 sièges
  • Parti radical de Gauche : 12 sièges
  • Divers Gauche : 22 sièges
  • Europe-Ecologie-Les-Verts : 17 sièges
  • Régionalistes : 2 sièges
  • Le Centre pour la France - MoDem : 2 sièges
  • Alliance Centriste : 2 sièges
  • Parti radical (valoisien) : 6 sièges
  • Nouveau Centre : 12 sièges
  • Union pour un Mouvement Populaire : 194 sièges
  • Divers Droite : 15 sièges
  • Front National : 2 sièges
  • Extrême-Droite : 1 siège
En simplifiant, considérant les alliances et les appartenances partisanes, le PS et ses alliés (PRG + DVG) obtiennent 314 sièges, tandis que l'UMP et ses alliés (Alliance Centriste + PRV + N.Centre + DVD) obtiennent 229 sièges.
Au total, la Gauche (PS et alliés + EELV + FG) obtient 341 sièges contre 229 pour la Droite (UMP et alliés), soit un rapport de force de 59,10% contre 39,70%

Or, si on se réfère au premier tour de l'élection présidentielle, plus fidèle expression des courants d'opinion qui traversent le peuple français (20,50% d'abstention le 22 avril contre 42,80% le 10 juin), on observe immédiatement un décalage : la Gauche (PS + Front de Gauche + EELV) ne rassemblait alors que 42,04% des voix, et la Droite (UMP + DLR) 28,97%. Le mode de scrutin des élections législatives renforce donc les deux grands blocs partisans de notre système au détriment d'alternatives politiques honorables (comme le MoDem, 0,35% de députés à l'Assemblée [2] pour 9,13% de voix à la Présidentielle) ou hautement contestables (comme le FN, 0,35% de députés à l'Assemblée [2] pour 17,90% de voix à la Présidentielle).

De même, il y a une grave distorsion à l'intérieur des blocs. Quelque soit notre farouche opposition au néo-populiste pour marxistes bobos qu'est Jean-Luc Mélenchon, il faut reconnaître que les 10 députés obtenus par le Front de Gauche (1,73% du total) sont loin de correspondre aux 11,10% de voix engrangés à la Présidentielle. Un seul parti est "correctement" représenté : le parti écologiste, EELV, dont le score de la candidate à la Présidentielle, 2,31%, correspond approximativement au nombre de députés obtenus (17, soit 2,95% du total) ; mais ceci au prix d'une alliance et de manoeuvres d'appareils avec le PS, sans lesquelles EELV serait bien incapable de constituer un groupe parlementaire.

L'Assemblée Nationale ne représente pas la réalité de cette diversité d'opinions qui fait le peuple français ; elle ne représente même pas le vrai rapport de forces entre les deux grands blocs du système bipartisan. Elle représente pas grand chose, elle n'est que le produit d'un système électoral destiné à tordre la réalité populaire afin de produire une représentation artificielle qui permette la conservation de l'hégémonie des grands partis et le gouvernement partisan.

Hémicycle de l'Assemblée Nationale
Prenons nous à rêver, sur la base des résultats à la présidentielle. Imaginons un instant que le système électoral des législatives soit le suivant :
  • Une circonscription : le territoire national dans son ensemble ;
  • Une proportionnelle intégrale à un tour (300 députés) avec prime au parti arrivé en tête (+ 43 députés) ;
  • Un seuil de représentativité minimum : 2%.
Transposant les résultats de la Présidentielle dans ce système électoral, on obtiendrait l'Assemblée suivante :
  • Front de Gauche : 35 députés (10,20% des sièges) ;
  • Europe Ecologie - Les Verts : 8 députés (2,33% des sièges) ;
  • Parti Socialiste : 132 députés (38,48% des sièges) ;
  • Mouvement Démocrate : 28 députés (8,16% des sièges) ;
  • Union pour un Mouvement Populaire : 84 députés (24,49% des sièges) ;
  • Front National : 56 députés (16,33% des sièges).
La majorité absolue étant à 172 sièges, la prime majoritaire étant de 43 sièges, il faudrait obtenir au moins 129 sièges à la proportionnelle, soit rassemblée 41% des voix, pour obtenir la majorité absolue seul (situation dans laquelle le PS est aujourd'hui). Avec cette configuration, issue du croisement, un peu arbitraire et artificielle entre les résultats de la Présidentielle et un système représentatif rapidement improvisé, le Parti Socialiste serait obligé d'élargir sa majorité et de faire des choix politiques clairement définis qui engagent les responsables politiques :
  • Soit une alliance avec les écologistes et l'extrême-Gauche (PS + EELV + FG) assurant la majorité absolue mais posant des problèmes programmatiques et idéologiques : 175 sièges ;
  • Soit une alliance avec les écologistes et le Centre démocrate (PS + EELV + MoDem) ne dessinant qu'une majorité relative mais ne nécessitant que 4 voix pour obtenir la majorité : 168 sièges.
Dans ce système, le président François Hollande serait mis face à ses responsabilités et devrait définir sa ligne de conduite devant les français : radicalisation à Gauche, logique partisane et clanique, ou ouverture vers le Centre et construction d'une majorité relative entraînant naturellement un esprit d'ouverture vers le Centre-Droit. En sachant que la seconde option scinderait l'opposition en deux (opposition d'extrême-Gauche de 35 députés, opposition de Droite de 140 députés (UMP + FN)), et qu'elle s'inscrit plus logiquement dans le positionnement de François Hollande, ce serait celle-ci qui serait choisi et permettrait à la France de se doter d'un gouvernement ouvert, représentatif et puissant.

Ce système permettrait la représentation de tous les français, et le respect de chaque citoyen : nous combattons tous les idées nauséabondes du Front National, mais il est indigne d'une grande démocratie de priver les citoyens de représentation au nom de ce qui est une véritable censure politique.

Ce système ramènerait les hommes et les femmes politiques à la modestie en les obligeant à prendre en compte toutes les sensibilités du peuple et en cessant de ne s'appuyer que sur une structure partisane et un appareil militant non représentatif.

Ce système serait représentatif et efficace, surmontant enfin les deux grands défis du parlementarisme.

Evidemment, il ne s'agit ici que de leçons rapides et d'improvisation arithmétiques sur des bases faussées (le vote législatif ne serait pas le même que le vote présidentielle) et des cadres rapidement posés (peut-être faudrait-il relever le seuil, augmenter le poids de la prime majoritaire, accorder une prime secondaire au second parti, etc.). Propositions incomplètes ne serait-ce que parce qu'il faudrait aussi se poser les questions du rapport au gouvernement, un gouvernement que nous voulons fort et non inféodé aux manoeuvres parlementaires ; il s'agirait peut-être de poser un chef de gouvernement responsable devant les français, peut-être élu, en tout cas s'imposant au-dessus des parlementaires, et même les obligeant à se rassembler dans un esprit d'unité nationale plutôt que de division partisane.

Mais, quand bien même tout ceci est incomplet, voici les défis à surmonter et les audaces politiques qui peuvent permettre de rebâtir un vrai système démocratique, efficace et représentatif.

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