2 juillet 2012

François Bayrou est mort, vive François Bayrou : éloge critique du leader centriste

François Bayrou en meeting à Marseille le 15 avril 2012

L'homme a toujours cru en son étoile et en sa destinée à devenir un jour Président de la République ; aujourd'hui, les commentateurs sont unanimes pour décrire son année électorale comme une débâcle. Après un début de campagne prometteur, il finit cinquième de l'élection présidentielle avec 9,13% des voix (- 9,44% par rapport à 2007). Aux élections législatives, il perd son propre siège de député et l'étiquette "Centre pour la France" ne rassemble que 1,77% des voix (- 5,84% par rapport aux résultats du MoDem en 2007).

Après une retentissante troisième place il y a cinq ans, François Bayrou semble avoir dilapidé son capital politique durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy ; la fin de sa carrière politique (du moins de ses ambitions) s'explique par de nombreuses erreurs stratégiques. Des erreurs qui doivent nous faire d'autant plus réfléchir qu'elles sont celles d'un homme hautement respectable qui voulait principalement s'affranchir des clivages et des dogmes pour ne servir d'autre clan que la France dans son ensemble.

Le centrisme de François Bayrou était une alternative séduisante mais fragile. Tirons les leçons de son échec pour construire une alternative transpartisane solide et audacieuse, ambition du bonapartisme et du souverainisme.


François Bayrou s'est présenté trois fois à la présidence de la République : il a tour à tour rassemblé 6,84% (2002), 18,75% (2007) et 9,13% (2012) des voix. Il y a cinq ans, 6 820 119 français s'étaient portés sur sa candidature, plus que Marine Le Pen à la dernière élection présidentielle (6 421 426) : le leader centriste incarnait alors une alternative concrète, il était le candidat anti-système de la compétition.

Le sérieux de l'alternative proposée par celui qui fut successivement président de l'UDF puis du MoDem n'est pas à sous-estimer. Il a toujours porté, avec un souci de cohérence et de fidélité, l'ambition d'une rupture avec le clivage Gauche - Droite qui stérilise la vie politique française et dévie les passions de notre peuple. Là où certains désiraient l'alternance, François Bayrou construisait une alternative. En cela, il est sans doute le plus gaulliste de nos hommes politiques, en tout cas nettement plus que l'héritier "dynastique" et auto-proclamé, Nicolas Sarkozy. François Bayrou avait à coeur de placer l'intérêt national avant l'intérêt partisan, de dépasser les clivages pour servir la France et de préférer le rassemblement de la Nation à la division des partis.

Ses rêves, et ceux de ses militants, sont venus se briser sur la réalité institutionnelle de notre République de Partis ; étouffé par le PS et l'UMP, l'espace central revendiqué par François Bayrou ne pouvait croître correctement que sur l'effondrement d'un des deux blocs. En 2007, il était parvenu à profiter des fragilités de la candidature de Ségolène Royal comme de la droitisation outrancière de celle de Nicolas Sarkozy, mais il ne sut pas jouer sa carte jusqu'au bout, ne souhaitant pas s'ancrer davantage d'un côté ou de l'autre. Cinq ans plus tard, il tenta encore de mener une campagne authentiquement centrale ; et il échoua en refusant de nouveau de s'ancrer dans un quelconque clivage.

En 2007, il aurait pu gagner ou frôler la qualification en s'ancrant à Gauche, profitant de la déconfiture de la campagne de Ségolène Royal. En 2012, son score aurait été sans doute plus honorable, et son avenir moins restreint, s'il s'était ancré à Droite, face à la droitisation de Nicolas Sarkozy. De surcroît, en déclarant qu'il voterait personnellement pour François Hollande au second tour de cette dernière élection présidentielle, il s'est aliéné son électorat de centre-droit (son électorat d'origine qui compose l'essentiel de son électorat de 2012) et a ainsi participé à aggraver sa propre chute : il "s'ancre", très timidement, du mauvais côté au mauvais moment.

Mais quelle noblesse politique ! Homme croyant farouchement en son destin comme en l'alternative qu'il porte, François Bayrou a toujours refusé de vendre son âme au diable, ou du moins au plus offrant. Rêvant de construire un axe central (plus que centriste), il refusa toujours toute collusion. Sa seule boussole : ses valeurs, ses convictions, ses idées.

Malgré le désir d'alternative et la noblesse du personnage, François Bayrou a pourtant échoué : pourquoi ? Simplement car il fut le porteur d'un certain "gaullisme" mais d'un "gaullisme mou". Le grave problème de François Bayrou réside dans le flou de ces propositions ; trop professoral, il passait plus de temps au diagnostic qu'au remède. Il portait l'ambition d'une alternative et d'une refondation mais non le projet concret de cette audacieuse reconstruction.

De l'audace, de la force, du panache, voici ce qui manqua à un homme issu de la tradition démocrate-chrétienne du centre-droit. Le principal défaut de François Bayrou : avoir trop été centriste. Il voulut incarner un centre fort en pensant que la Providence l'amènerait au sommet, dessinant un programme flou pour pouvoir rallier le maximum de voix. Ne voulant ni défendre des idées auxquelles il ne croit pas ni s'affirmer trop radical, par peur de perdre des franges d'un électorat composite, François Bayrou pécha par un flou entretenu.

François Bayrou fut victime du système bi-partisan, de plus en plus fort au fil des élections, mais surtout de lui-même : le flou des propositions et la lubie présidentielle furent ses plus grands handicaps.

Quelles leçons devons-nous tirer de l'expérience de cet homme compétent, courageux et honnête qui échoua dans une France plus que jamais désireuse d'alternative ?
Tout d'abord, nous devons comprendre que le rassemblement transpartisan ne se fait pas sur la mollesse, le flou et les silences calculées mais sur un programme audacieux et solide. Les électeurs n'attendent pas un patchwork Gauche - Droite mais un programme d'intérêt national. Les ambitions et les rêves ne suffisent pas ; ils doivent être de solides fondations, mais ne doivent jamais primer sur les solutions et les remèdes. Nous devons tracer un chemin clair et précis.
Ensuite, il faut comprendre l'échec de François Bayrou comme l'échec du MoDem : les partis ne doivent pas confisquer les institutions politiques, et un rassemblement transpartisan ne peut bien sûr pas prospérer sur un système partisan, il s'agirait là d'un paradoxe intenable ; mais cependant il faut travailler le terrain et avoir à coeur de convaincre chaque citoyen. La révélation charismatique de la présidentielle est une illusion populiste. Il ne faut pas espérer séduire les français par quelques tours télévisuels ni tout miser sur l'épiphanie de la campagne présidentielle : il faut les convaincre au plus profond de leur âme, et des structures militantes actives et dynamiques sont alors précieuses.

François Bayrou avait l'ambition sincère d'un rassemblement national et humaniste qui aurait mené au redressement de notre Grande Nation ; sa carrière est hautement honorable, et son dernier acte politique, voter François Hollande pour ne trahir des valeurs bafouées sans scrupules par Nicolas Sarkozy, est digne d'un grand homme d'Etat. Il a échoué par flou et mollesse, basant sa réussite davantage sur lui-même que sur ses idées.

Le bonapartisme et le souverainisme doivent reprendre à leur compte ce projet aujourd'hui écorné par les déroutes successives de François Bayrou. Et il nous faut mener ce projet en tirant les leçons de ces échecs, en bâtissant un rassemblement fort et puissante autour d'une idée audacieuse plus que d'une personne : l'idée d'une France composée d'individus souverains s'exprimant dans une démocratie souveraine et construisant une nouvelle souveraineté nationale inscrite dans le cadre d'une Europe solide et conquérante. 

1 commentaire:

  1. Excellent résumé de la situation!
    C'est en effet à cette alternative qu'il faut travailler.

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