25 juillet 2012

Introduction au bonapartisme dynastique : une France impériale pour une France souveraine, une et indivisible

Couronne de l'Impératrice Eugénie

La question dynastique est sans doute le sujet le plus épineux, le problème le plus complexe, que les bonapartistes aient à traiter : être bonapartiste signifie-t-il désirer le rétablissement institutionnel de l'Empire ou devons-nous préférer une forme de République consulaire moderne ? Pour répondre à cette question, il faut répondre à d'autres : quels principes doivent présider aux visions institutionnelles du bonapartisme ? Quels sont nos héritages ? Quelle est notre vision de la charge de chef de l'Etat ? Quelles institutions pour quelle France ? Nous tracerons dans cet article les pistes pro-dynastiques afin de faire avancer la rénovation du bonapartisme dans le sens de l'audace et du courage, dans le sens d'un bonapartisme dynastique, démocratique, social et populaire réconciliant l'unité de la Nation et la diversité du Peuple.

Le système actuel présente de nombreuses carences. L'élection quinquennale du chef de l'Etat ouvre à chaque fois une campagne particulièrement violente où les stratégies politiciennes et les manoeuvres électoralistes ne se préoccupent pas de l'unité de la Nation, de la solidarité du Peuple et de l'âme de la France. Ces derniers mois nous avons ainsi pu assister à des combats ridicules et dangereux opposant les français les uns aux autres dans le but chimérique de se rassembler autour d'une candidature. Au lieu de rassemblement autour d'un homme, l'élection présidentielle ne donne à voir que le spectacle affligeant de la désintégration de l'unité populaire et nationale. Le chef de l'Etat n'est de surcroît, au terme de ce processus, élu que par une majorité relative des français ; s'il a réuni sur son nom 51,64% des exprimés, François Hollande n'obtient que 48,63% des votants et 39,08% des inscrits.

Le Président de la République, par son mode actuel de désignation, est donc un vecteur de désunion, de dispersion et de division des français. L'élection présidentielle ne laisse que de vives blessures et, une fois l'état de grâce dissipé, la dure réalité d'un chef de l'Etat ne représentant qu'une minorité, qu'une faction, qu'un clan, saute aux yeux de tous les citoyens responsables. 

Et tous les éléments de langage de nos politiciens ne pourront jamais faire de cette usurpation, de cette fumisterie, un symbole d'unité nationale. Le Président de la République n'est pas le président de tous les français, il est le chef de l'Etat légal et légitime mais, au-delà de sa fonction purement fonctionnelle, il n'est que le président d'une partie de son électorat (celle qui n'a pas voté pour lui par défaut) : sa dimension est utilitariste, aucunement symbolique. Tout discours qui tente de faire croire au contraire n'est qu'opium se basant sur des incantations.

La mission du chef de l'Etat est de rassembler, d'incarner, de personnifier la Nation ; il doit être un recours suprême autour duquel tous les français peuvent se réunir, quelque soit leur origine, leur religion, leur opinion. Le quinquennat de Nicolas Sarkozy nous a montré à quel point l'électoralisme triomphant fait du chef de l'Etat de la Ve République un homme de clans, le chef d'une majorité partisane. Il divise pour mieux gouverner, là où un chef de l'Etat doit rassembler pour mieux régner. L'élection présidentielle qui a vu la victoire de François Hollande, quant à elle, nous a montré combien le processus électoral était un processus de fragmentation des français et d'usurpation du terme "peuple" : le soir du 6 mai, à la Bastille, un "peuple" fêtait sa victoire sur un autre. L'élection présidentielle avait mené à la scission de notre grand peuple, un et indivisible, en deux peuples ennemis, dont l'un fêtait sans aucune retenu sa victoire sur l'autre.

Un peuple divisé est un peuple affaibli. L'unité de la Nation française, déjà singulièrement menacée, ne peut se payer le luxe de guerres civiles régulières. Toutes les opinions doivent être respectées, aucune ne doit pouvoir fêter ostensiblement sa victoire sur l'autre. Dans une Cité apaisée il n'y a pas d'autre victoire en politique que celle de la Nation, et pour cela il faut empêcher tout processus qui mène à la victoire d'un parti, d'un clan, d'une faction.

Faudrait-il donc revenir sur l'élection du chef de l'Etat au suffrage universel direct ? Oui, il s'agit d'une impérieuse nécessité dans un programme d'apaisement global de la société française. Le chef de l'Etat règne mais ne gouverne pas ; c'est au chef du gouvernement de gouverner : tout ceci n'est rien de plus que l'esprit gaullien de la Constitution de 1958. Le problème de cette constitution est que la charge de chef de l'Etat, ses exigences, son poids, ne pouvait être portée correctement que par un homme d'exception : le général de Gaulle.

En ces temps où les hommes d'exception viennent à manquer et où l'électoralisme corrompt jusqu'à la fonction présidentielle, il est temps de reconsidérer la charge de chef de l'Etat.

Le gouvernement doit être assuré par un chef de gouvernement responsable devant le peuple français, y faisant appel par le référendum, étant directement approuvé par lui via un plébiscite gouvernemental qui remplacerait le vote de confiance de l'Assemblée. Plutôt que de demander la confiance d'une Assemblée aux majorités arithmétiques, le Premier ministre serait amené à faire son discours de politique générale directement à la Nation, qui choisirait ensuite de lui accorder, ou non, sa confiance. Un chef de gouvernement issu d'élections législatives représentant fidèlement la diversité des opinions mais imposant, par son onction populaire, une autorité indiscutable au-dessus de la division des partis.

Le peuple redeviendrait ainsi pleinement responsable. Il ne serait pas placé devant un choix par défaut. Il exprimerait la diversité et non la division dans un processus où l'intérêt national s'imposerait aux dirigeants politiques de par les structures mêmes de leur légitimité et de l'exercice de leur pouvoir.

Dans cette structure nouvelle où le chef de gouvernement est la personnification du rassemblement imposé à la diversité des opinions par la souveraineté populaire, quelle place pour le chef de l'Etat ? Celui-ci occuperait la place qui doit être la sienne : au chef du gouvernement la souveraineté populaire, au chef de l'Etat la souveraineté nationale. Au Président de devenir la personnification de l'unité indépassable de notre Grande Nation.

Cela signifierait-il de revenir à un Président type IIIe ou IVe République ? Dans les faits, c'est ce qui devrait arriver en menant jusqu'au bout ce rééquilibrage des symboles et des fonctions. Mais le bonapartisme pourrait-il défendre le retour à un "Président inaugurant les chrysanthèmes" ? Considérant le fait que le chef du gouvernement deviendrait ce chef charismatique garant d'unité et d'une politique forte émanant directement du peuple que les bonapartistes appellent de leurs voeux, la charge de chef de l'Etat serait entièrement à réinventer, afin qu'elle remplisse enfin (pour la première fois de notre Histoire) les missions qui lui sont dévolues.

Une réinvention qui ne pourrait que s'opérer avec une exigence de grandeur, de panache et d'équilibre institutionnel.

Le Président devrait-il être élu au suffrage universel direct ? Dans l'hypothèse de l'option d'une République consulaire (où le Consul, vous l'aurez compris, est le chef du gouvernement !), la question est complexe puisqu'un tel mode d'élection pourrait créer une rivalité entre les deux têtes de l'exécutif. Mais peut-on imaginer, nous, bonapartistes, défendre un chef de l'Etat élu au suffrage universel indirect au terme de tractations politiciennes ? Jamais. C'est là que le bonapartisme dynastique vient résoudre tous les problèmes de cette réflexion sur la fonction suprême.

Le bonapartisme dynastique permet de couronner cette République au gouvernement consulaire d'un chef de l'Etat à la dimension symbolique forte et légitime, via la volonté populaire librement exprimée dans le rétablissement des institutions monarchiques. L'Empereur n'est rien d'autre qu'un chef d'Etat transpartisan, absolument insoupçonnable, dont le mode de désignation, héréditaire et constitutionnel, le place au-dessus de toute querelle, de toute division, au-dessus de tout parti : à l'image de la France.

La France est la dernière monarchie européenne, au sens strict du terme, c'est-à-dire le dernier pays où un homme seul décide de tout. Abolissons la Présidence absolue et ressuscitons la République en la couronnant d'un diadème de gloire et d'unité. Les institutions républicaines qui consistent à croire aveuglement dans l'élection du chef de l'Etat sont une menace permanente pour l'idéal républicain que tous les français, sans exception, ont à coeur de faire fructifier : idéal d'ordre, de progrès social, d'unité dans le dépassement des différences et le respect de la diversité. La République c'est la France rassemblée : l'institution présidentielle est source de fragmentation et de divisions, la monarchie est source de rassemblement. Comme le disait le président du Sénat du Second Empire, M. Troplong : "La République est virtuellement comprise dans l'Empire.

Plus encore, à la question "Empire ou République" qui divise les bonapartistes je veux donner cette réponse d'unité : Empire ET République, Empire CAR République ! Incontestablement, la monarchie républicaine (plutôt que notre actuelle république monarchique), autrement dit l'Empire, est l'option institutionnelle la plus souverainiste qui puisse être puisqu'elle assure le respect de la souveraineté populaire comme celui de la souveraineté nationale.

La Présidence élective, c'est le dernier avatar de la royauté, l'instrument de la division et de la servitude.
L'Empire héréditaire, c'est la forme suprême de la République : une Nation réconciliée, un Peuple souverain rassemblé, un Idéal républicain raffermi. 

Vive l'Empereur.
Vive la République.
Vive la France.

4 commentaires:

  1. Une vision institutionnelle sérieuse et pragmatique du bonapartisme qui donne très envie !

    Le Président de la Vème République est en effet un monarque temporaire, cette fonction suprême (François Hollande a d'ailleurs plusieurs fois insisté sur l'aspect exceptionnel - pour ne pas dire surhumain - de cette fonction, comme si cela le dégoûtait...) nécessite un sens de l’Etat particulièrement développé et de se mettre au service inconditionnel de la Nation et de l'intérêt général. Or n'est pas le Général de Gaulle qui veut... Et là aussi nous sommes d'accord, le quinquennat de Nicolas Sarkozy a montré les limites de cette fonction et même de ce régime politique.

    Je suis donc plutôt d'accord pour revenir à un chef de l'Etat type IIIème ou IVème République. L'idée d'un chef du gouvernement plébiscité par le peuple me plaît mais pourrait être un facteur d'instabilité du pouvoir : les élections législatives et l'aval du chef de l'Etat ne seraient-ils pas suffisants pour déterminer le chef du gouvernement ?

    Un autre détail attire mon attention. Effectivement l'Empire est la forme la plus aboutie de la République mais peut être suis-je trop frileux ou mon intérêt pour le bonapartisme est-il trop récent : le titre d'Empereur pour le chef de la République française me séduit beaucoup et s'inscrit dans la logique mais ne me semble pas envisageable. Le titre de Prince de la République peut être préférable car, après tout, Jean-Christophe Napoléon n'est-il pas Prince impérial ? Et notre volonté n'est-elle pas de mettre en avant l'héritage de nos Empereurs et non de leur trouver un successeur ? Et même si l'on affirme de façon parfaitement démocratique et sereine "Empire CAR République" nombreux sont ceux qui, je le crains, n'entendront que "Empire CONTRE République". En somme, il faut se poser la question du choix entre la VIème République (avec à sa tête le Prince de la République, Jean-Christophe Napoléon) et le Troisième Empire (avec à sa tête Napoléon VII "Jean"). Dans tous les cas, le chef du gouvernement pourrait porter à nouveau le titre de Président du Conseil, de façon à conserver un "Président" (et donc à rassurer) qui serait le chef effectif de l'exécutif dans le pays.
    Certes, il s'agit avant tout d'une question de forme et peut être suis-je trop pragmatique ou trop habitué aux chipotages et mesquineries de la politique politicienne mais l'avènement du Troisième Empire français me semble difficilement envisageable... J'espère me tromper !

    PS : une chose me tient à coeur, le nouveau chef de l'Etat devrait avoir la possibilité d'organiser un référendum (avec avis consultatif du gouvernement ou non) s'il juge que l'unité de la Nation est en danger.

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    1. Merci pour votre commentaire et votre pertinente opinion. Je comprends vos réticences au rétablissement de l'Empire car théoriquement peu réalisable ; mais n'oubliez pas qu'à l'aube de l'année 1958 seulement 2% des français croyaient dans l'avenir politique du général de Gaulle ! Ainsi, il ne faut jamais reculé devant les difficultés, surtout quand on est bonapartiste et donc, fondamentalement, audacieux.

      Je vous avoue que j'ai moi-même songé un jour à l'alternative du titre Prince de la République, sorte de "Prince-Président". Mais j'aiabandonné l'idée pour plusieurs raisons : il faut tout d'abord rendre à César ce qui est à César et ainsi rétablir l'Empire c'est réhabiliter la mémoire du grand Napoléon III. Ensuite, le titre d'Empereur est un titre orestigieux digne de la grandeur de notre Nation. J'ajoute que l'Empire marquera une audace radicale dont il ne fait pas avoir peur, et que l'Empereur est l'héritier de nos Rois et de nos Républiques ! Et si les français aujourd'hui ne comprennent pas ceci, il est de notre devoir de leur expliquer avec pédagogie, et c'est en ce sens que j'appelle (criant un peu dans le désert parmi des bonapartistes un peu frileux) à une ambitieuse phase de rénovation collective. Ainsi, je veux répondre à votre proposition de Prince de la République par une idée de Premier Article pour la Constitution impériale : "L'Empire français est une République laïque, sociale et démocratique dont la Présidence est confiée à un chef d'Etat héréditaire qui prend le titre d'Empereur des Français." Enfin, pour le plébiscite gouvernemental il s'agit de transposer dans la réalité populaire une majorité théorique, de faire taire les divisions au profit de l'unité, d'amener les français à se réunir vraiment autour de son gouvernement. Il s'agit également de généraliser la logique référendaire du pouvoir bonapartiste (je partage en cela votre opinion sur le référendum).

      Au plaisir de vous revoir sur ce blog.

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  2. dire que le président est vecteur de désunion ne devrait, théoriquement, pas être vrai. Car en effet, nombre de français occultent le principe fondamental de la démocratie: quel que soit le score, quel que soit le partie pour lequel vous avez voté, une fois élu, le président devient président de TOUS les français. Moi meme je n'ai pas voté Hollande, mais la france à fait ce choix, comme français je respecte ce choix et laisse donc, le temps d'un quiquénat, mes idées personnelles de coté, pour être solidaire avec le président. Cette idée fondamentale, qu'être citoyen donne des droits mais aussi des devoirs, est souvent oublié.
    Je reste pour ma part fondamentalement démocratique...toutefois, pour avoir vécu dans de nombreux pays, je constate aussi qu'un personnage central, hors du champs politique, dynastique et intemporel (hors quiquénat), donne aussi un repère dans lesquels les gens se retrouve. J'ai été très longtemps contre le système anglais, pourtant, avec le temps, je constate que cet exemple n'est pas si mauvais. Pourrait on imaginer cette idée en France ? Je pense que les français ont la nostalgie de cette forme de gouvernement, mais aussi qu'ils ne seront plus jamais pour un état autocratique. Un compromis pourrait être imaginable, mais surement pas avec comme personnage central quelqu'un issu de la descendance bourbon ou orléans. Un tel repère, qui ne changerait pas tous les 5 ans, donnerait je pense plus de sens. Maintenant le champs est libre pour imaginer la constitution relative à cette forme d'état. Empire ? Imperiorat-constitutionel ? UN empereur reignant mais ne dirigeant pas ? Premier ministre élu ? etc etc etc...la vrai question de fond, est simplement: peut on concilier Bonapartisme et Démocratie.

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  3. . Je me retrouve totalement dans cette grand et noble projet institutionnel pour notre pays . C est une magnifique et grand projet politique pour le pays et les différentes composantes du peuple de france.

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