5 juillet 2012

Napoléon III et l'Algérie : un bonapartisme progressiste au service des souverainetés

Le Prince-Président recevant l'émir Abd-el-Kader au palais de Saint-Cloud, le 30 octobre 1852 

Il y a cinquante ans, le 5 juillet 1962, l'Algérie française laissait place à l'Algérie algérienne suite à un processus initié par le général de Gaulle, dernier grand homme de notre Nation, qui avait su voir où résidait l'intérêt national, des français comme des algériens. Ardents partisans du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, les bonapartistes ne peuvent que se joindre aux algériens dans la joie de cette commémoration.

Pour nous, ce jour est aussi l'occasion de rappeler la politique algérienne de Napoléon III dont l'exposé a deux vertus : balayer les caricatures toujours véhiculées sur l'Empereur et ainsi réhabiliter son progressisme visionnaire, et montrer que le bonapartisme aurait pu réussir là où la IIIe République a gravement échoué.

Après une période de gouvernement civil, favorable aux colons spoliateurs, de 1858 à 1860, l'Empereur, consécutivement à sa visite des 17, 18 et 19 septembre 1860 en terre algérienne, décide de rétablir le gouvernement militaire, confié au maréchal Pelissier (1860 - 1864) puis au maréchal de Mac-Mahon (1864 - 1870), afin de mettre fin aux abus et notamment au "cantonnement des tribus" qui organisait le vol des territoires indigènes. Napoléon III esquisse ce dont il avait déjà parlé dans le célèbre discours de Bordeaux du 9 octobre 1852 (celui de "L'Empire, c'est la paix") : la politique du Royaume arabe.

Un Royaume arabe, non pas confondu avec la France (comme le fera par la suite la République, menant aux inepties de  "L'Algérie, c'est la France !"), mais construisant une étroite collaboration sur le respect des différences. 

Sa politique n'étant pas appliquée correctement, la Kabylie finit par s'embraser. L'Empereur décide alors d'un second voyage en Algérie, nettement plus long puisqu'il s'étend du 2 mai au 8 juin 1865. C'est une véritable tournée générale d'inspection qui donne l'occasion à Napoléon III de rappeler ses ambitions. Le 2 mai, au cours de son premier discours aux européens, il dit ainsi "Traitez les Arabes, au milieu desquels vous devez vivre, comme des compatriotes." En privé, on l'entendra même avancer qu'il faut "cantonner les européens, et non les indigènes." Pour Napoléon III, en 1865, il ne peut y avoir que d'Algérie algérienne. Qui oserait dire encore que le dernier Empereur des Français était un homme réactionnaire ?

A son retour, il envoie une lettre au gouverneur général, Mac-Mahon, pour tracer les grandes lignes d'une politique de rapprochement profitable aux deux partis entre musulmans et européens. Dans les mois qui suivent, il met en place des mesures de protection de la propriété indigène, ouvre la nationalité française aux algériens, supprime la nomination des conseils généraux indigènes désormais élus, et étend le nombre d'écoles "arabes-françaises". Napoléon III ne compte pas s'arrêter en si bon chemin et il commence à travailler sur l'édification d'un Etat séparé lié par la seule personne du souverain, comme le sont aujourd'hui le Royaume-Uni et le Canada ou l'Australie. Soucieux de la souveraineté des peuples, Napoléon III souhaite la création d'un Royaume arabe indépendant, étroitement associé à la France mais non moins libre. Il envisage jusqu'à la nomination de l'émir Abd-el-Kader, le chef de la rébellion indigène sous la monarchie de Juillet, libéré par l'Empereur en 1852, comme vice-roi de ce nouvel Etat.

Mais la chute de l'Empire, en 1870, brise cet élan prometteur. L'arrivée au pouvoir des républicains, soutenus de manière écrasante par les colons d'Algérie, met fin à cette politique généreuse. Rapidement, tous les colons d'origine étrangère sont naturalisés français alors que les musulmans sont soumis aux discriminations du code de l'Indigénat. En 1873, une loi facilite la spoliation par les colons des terres indigènes. A la politique souverainiste de l'Empire, politique de respect des souverainetés de chaque peuple, aussi bien du peuple français que du peuple algérien, succédait la politique médiocrement nationaliste d'une République à l'idéologie colonialiste répugnante et consternante.

En 1874, l'ancien conseiller de Napoléon III, Ismaïl Urbain écrit ces paroles prophétiques : "Loin de progresser, nous avons perdu énormément de terrain. Les musulmans s'éloignent de plus en plus de nous, et attendent, avec la résignation des fatalistes, l'heure de la vengeance. Nous payerons tôt ou tard les fautes que nous commettons et celles qui suivront forcément."

Nous connaissons la suite de l'Histoire et les ravages de la guerre d'Algérie.

Avec la poursuite de la politique bonapartiste de Napoléon III, jamais un drame d'une telle ampleur n'aurait pu venir entacher les relations entre nos deux peuples, et bien des problèmes d'intégration et de cohabitation avec les minorités algériennes aujourd'hui présentes sur le sol français auraient été moins difficiles à résoudre avec l'apport d'une amitié séculaire bâtie par l'Empereur.
Avec la poursuite de la politique bonapartiste de Napoléon III, l'Algérie aurait été algérienne un siècle plus tôt, et aucun français n'aurait eu à mourir pour la défense d'une ineptie politique et humaine comme celle de "l'Algérie française".

Rendons hommage à un grand homme, parfait serviteur d'une Grande Nation par ses grands idéaux.

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