8 juillet 2012

Renforcer l'amitié franco-allemande sans exclure les autres axes européens

Le Président français et le Chancelier allemand le 22 septembre 1984 à Verdun.

L'Europe, et d'autant plus l'Europe technocratique de l'antidémocratique traité de Lisbonne, est une bête complexe. Vingt-sept Etats aux différences fortes forment cette union aux structures incompréhensibles pour la plupart d'entre nous et aux alliances savamment dosées. Son coeur est l'association entre les deux adversaires dont les rivalités firent trembler par deux fois la paix mondiale en un demi-siècle : la France et l'Allemagne.

Aujourd'hui, 8 juillet 2012, cinquante ans après le président De Gaulle et le chancelier Adenauer, le président Hollande et la chancelière Merkel sont venus, à Reims, fêter l'amitié franco-allemande. Une amitié qu'il faut cultiver et entretenir à tout prix sans en faire un rapport exclusif qui menacerait l'équilibre de la construction européenne et la place de la France dans le concert des Nations du continent.

L'amitié franco-allemande est un trésor inestimable qu'il serait fou et dangereux de mépriser. L'Histoire a laissé trop de blessures entre ces deux grands peuples européens, et, malgré toute l'eau qui a pu couler sous les ponts, on peut encore voir aujourd'hui la bêtise se draper parfois dans les habits décrépis de la haine. Cette proximité entre la France et l'Allemagne doit être conservée, protégée et approfondie ; il n'est de plus grand enrichissement pour chacune de ces deux Nations de faire un pas vers ce voisin à la fois si semblable et si différent.

Au-delà de la richesse de cette amitié (et le mot n'est d'ailleurs pas trop fort), il faut bien sûr en souligner l'importance diplomatique et européenne, problème qui nous occupe dans ce billet. La France et l'Allemagne sont les mères de l'Europe : le continent a été façonné hier par leur rivalité comme aujourd'hui par leur alliance. Principales puissances continentales, elles ne peuvent se passer l'une de l'autre : nos amis d'outre-Rhin savent modérer notre âme parfois emportée et notre simple présence apaise toutes les craintes d'une nouvelle tentation d'hégémonie allemande. Sur le plan économique, enfin, cet axe est un moteur incomparable ; tout comme sur le plan politique, où l'amour du grand espoir européen est sincèrement partagé. Cet axe est celui d'une Europe solide et puissante, assumant sa force et son passé.

Cependant, ce serait une grave erreur, surtout pour la France, de donner l'exclusivité à cet axe ; la diversification des alliances donnerait à voix de la France plus de souplesse dans ses prises de positions et à sa place en Europe plus de poids. Véritable pivot, située au croisement de tant de rivalités et d'amitiés, de cultures et d'influences, la France doit faire fructifier cette position exceptionnelle de carrefour entre tant de visions de l'Europe, et particulièrement entre l'Europe du Sud et l'Europe du Nord.

Chaque axe doit soutenir une certaine idée de l'Europe défendue par la France tout en s'inscrivant dans une logique historique et politique. A mes yeux, ils sont au nombre de quatre.

  • Un axe franco-britannique permettrait de maintenir le Royaume-Uni dans l'idéal européen où il a toute sa place, surtout par sa singularité politique eurosceptique. Cet axe serait celui de la souveraineté et de la vigilance, celui d'une Europe des Nations, confédérale, renforçant des souverainetés fatalement affaiblies par la mondialisation en organisant leur partage souple et démocratique entre les niveaux national et confédéral. Une alliance primordiale qui pourrait de surcroît s'inscrire dans un processus comparable à celui de l'amitié franco-allemande, entre deux vieux ennemis ayant tant à partager.
  • Une triple alliance France-Espagne-Italie rendrait à notre pays toute sa place de carrefour entre le Sud et le Nord du continent. La France serait alors en pointe d'une Europe tournée vers la solidarité, et pas seulement une solidarité économique. Une solidarité qui passe également par le partage et le dialogue entre ces cultures nordiques et méditerranéennes amenées à cohabiter dans le cadre de cette nouvelle Europe des Nations, des Peuples et des Cultures.
  • Un partenariat franco-turc afin de pouvoir porter le projet d'une Europe élargie, rassemblant des peuples et des cultures frontières dans un désir commun de partage et d'humanisme. D'aucuns avanceront que ce troisième axe semble contredire le premier ; ils ont tort. La France doit porter l'idéal européen à son plus haut niveau et pour cela considérer les problèmes avec souplesse et pragmatisme. D'un côté, la Confédération européenne ; de l'autre, l'Alliance européenne. D'un côté, l'intégration ; de l'autre, le partenariat. La Turquie n'a pas sa place dans l'Europe politique, diplomatique, militaire et monétaire, mais elle peut avoir toute sa place dans une Europe économique, commerciale et sociale tournée vers la défense des droits de l'Homme et la prospérité des peuples.
  • Enfin, pour terminer, un axe important, à mes yeux, bonapartistes, admirateur de Napoléon III : l'axe franco-roumain. Tout comme l'axe franco-italo-espagnol permettrait à la France de jouer le rôle de médiateur entre le Nord et le Sud, la mise en valeur des liens entre la France et la Roumanie lui permettrait de jouer également ce rôle entre l'Est et l'Ouest du continent, en ancrant cette mission dans l'Histoire des relations franco-roumaines, renforçant au passage une amitié trop oubliée entre ces deux peuples. 
En cultivant, à côté de l'axe principal de l'amitié franco-allemande, ces autres alliances, la France pourrait incarner avec force le projet d'une Europe alternative, assumant sa diversité mais n'abandonnant pas pour autant une exigence d'unité. Un projet que notre Nation serait mieux à même de porter en jouant correctement ces différentes cartes diplomatiques dans un souci d'équilibre global, de respect des souverainetés et de rénovation européenne.

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