28 août 2012

Et, pendant ce temps, à Droite ...

Logotype de l'UMP

Les ambitions s'activent et se précisent en vue du congrès de l'Union pour un Mouvement Populaire qui doit se tenir les 18 et 25 novembre prochains. Candidat déclaré depuis le 30 juin, François Fillon a été rejoint par Jean-François Copé dimanche dernier, quand bien même ce dernier fait en réalité campagne depuis bien plus longtemps.

A côté des deux principaux favoris, quelques candidatures tentent d'exister, non sans difficultés : ainsi du très sarkozyste Christian Estrosi, du chiraquien Bruno Le Maire ou encore de l'ancienne porte-parole du président sorti, Nathalie Kosciusco-Morizet. La première et principale difficulté pour ces "petits candidats" est de dépasser le stade de la candidature putative en rassemblant les parrainages nécessaires ; réponse le 18 septembre.

Que penser de ce duel des chefs d'une Droite défaite ? Que penser des principaux concurrents ? Dans la situation actuelle, le président François Hollande ne parvenant pas à convaincre massivement, la Droite a un devoir d'alternative. Davantage habitués à la plus basse des politiques politiciennes, y parviendront ils ?

Le duel qui oppose l'ancien Premier ministre au secrétaire général du parti est au fond bien plus une querelle de personnes qu'une querelle idéologique. Chacun a ainsi reçu des soutiens de toutes les chapelles de l'UMP : Fillon est soutenu aussi bien par Eric Ciotti, membre de la Droite populaire, que par Laurent Wauquiez, meneur de la Droite sociale.

Le combat des chefs est donc un combat de profils plutôt que de politiques.

François Fillon est l'ancien chef du gouvernement, et donc l'ancien chef de facto d'une majorité qui l'a toujours soutenu et au sein de laquelle il a toujours eu une excellente popularité. Une popularité étendue aux sympathisants de Droite en général ainsi qu'au peuple français tout entier qui ne jugea jamais aussi sévèrement le Premier ministre qu'il jugeait le Président. Réputé calme, intègre et pragmatique, manquant de charisme, issu d'une Droite modérée (de tradition gaulliste social), il pourrait être le François Hollande de la Droite. Cette ambition, l'ancien disciple de Philippe Séguin ne s'en cache pas et grandit l'enjeu du congrès de novembre comme une sorte de "prédésignation" du candidat pour 2017. En révélant un programme de réformes radicales dans les colonnes du Point la semaine passée, François Fillon s'est clairement posé en homme d'Etat porteur d'un projet de renouveau pour la Droite et pour la France. Une hauteur de vue qui séduit les militants, tout en constituant une arme de choix pour le camp adverse. Héritier d'un gaullisme fortement édulcoré, François Fillon vise le rassemblement des français et non seulement celui de son camp ; il est au service d'une Nation et non d'un parti. Face aux tenants d'une Droite décomplexée jusqu'à l'alliance avec Le Pen, l'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy semble être le héraut d'une Droite apaisée.

Jean-François Copé fut secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement et porte-parole sous les deux premiers gouvernements Raffarin ; sous le troisième gouvernement de ce dernier, il devient ministre du Budget, poste qu'il conservera après l'arrivée à Matignon de Dominique de Villepin. En 2007, il est élu chef du groupe UMP à l'Assemblée nationale, poste stratégique qui lui permet d'obtenir en novembre 2010 le secrétariat général de l'UMP, laissant à l'Assemblée un de ses principaux alliés, Christian Jacob. Homme de réseaux et de relations, Copé est un chef de guerre, clivant, maniant les rouages infâmes de la politique partisane et politicienne comme peu de ses collègues. Réputé arrogant et opportuniste, il souffre d'une forte impopularité chez les français en général ; un discrédit moins fort dans son propre camp où il ne semble pas faire l'unanimité pourtant. Politicien professionnel, il défendit la politique du ni-ni, c'est-à-dire "ni Front National ni Parti Socialiste". Alors que François Fillon continue de défendre la théorie chiraquienne du cordon sanitaire, Jean-François Copé semble avoir moins de scrupules sur ce dossier. Il juge ainsi qu'on ne peut reprocher à la Droite l'alliance avec l'extrême-droite quand on voit que la Gauche s'allie avec l'extrême-gauche. Cette saillie est tout à fait révélatrice de la personnalité de Jean-François Copé, un démagogue populiste qui ne fait pas honneur à la politique française ; en effet, on a pu d'ailleurs le constater ces derniers jours, François Hollande est loin de s'allier avec Jean-Luc Mélenchon, alors même que Nicolas Sarkozy a quant à lui mené une campagne de caniveaux durant l'entre-deux tours de l'élection présidentielle. Chef de guerre, Copé se veut l'homme de la reconquête et d'une vague bleue en 2014 ; son populisme grossier pourrait en faire l'homme de la débâcle.

Deux profils, deux stratégies politiques. Les deux se défendent mais, à nos yeux, Copé demeure un symbole fort d'une décadence de la classe politique française. La victoire de l'un ou de l'autre ne changera rien pour nous, bonapartistes, mais la défaite de Jean-François Copé ne peut être qu'un bon signal pour la moralisation de la vie politique en France.

En réalité, peu importe véritablement le nom de celui qui sera élu président de l'UMP en novembre prochain. Si Copé est peut-être plus droitier, il n'en est pas moins soutenu par le centriste Jean-Pierre Raffarin ; si Fillon est peut-être plus modéré, il n'en est pas moins soutenu par le radical Eric Ciotti. Le combat le plus intéressant qui sera mené à Droite dans les semaines à venir n'est pas celui des chefs mais celui des motions. Plus pertinent que le duel pour le leadership, la bataille des motions révélera l'âme profonde du principal parti d'opposition (et donc d'alternative) à la politique de François Hollande.

Un sondage Ifop paru dans le JDD du 19 août indique ainsi que les motions droitières pourraient bien se voir infliger une petite gifle. Selon ce sondage réalisé auprès de sympathisants et non de militants, la motion qui arriverait en tête serait, avec 37% des suffrages exprimés, la motion libérale de l'ancien ministre de l'Education, Luc Chatel, intitulée "La Droite moderne" ; elle serait suivie par la motion "humaniste" de Jean-Pierre Raffarin (25%), talonnée de près par celle de l'ancien porte-parole adjoint du candidat Nicolas Sarkozy, Guillaume Peltier (24%). Avec sa motion sarkozyste "La Droite forte", ce dernier parvient à distancer à droite du spectre politique de l'UMP les durs de "La Droite populaire" qui ne rassembleraient que 8% des voix. Fermant la marche, avec 6%, les gaullistes de Roger Karoutchi auraient au moins l'utilité de montrer combien ce parti a rompu avec le gaullisme au profit du conservatisme libéral.

Sondage précoce, il dessine des tendances sans pouvoir être précis. Le paysage définitif des motions sera arrêté le 18 septembre prochain, et à partir de cette date nous pourrons enfin prendre connaissance des professions de foi de chacun d'elles. La bataille idéologique, sans doute reléguée médiatiquement derrière le stérile combat des chefs, débutera.

Divisée et vaincue, la Droite définira en novembre prochain sa nouvelle identité, à travers le nom de son nouveau président mais surtout à travers la répartition des votes pour chaque motion. Après avoir été pendant ses dix premières années d'existence un parti impopulaire et souvent caricatural, entièrement dévoué au service du pouvoir et à la défense, corps et âme, jusqu'au ridicule, de l'action gouvernementale, l'UMP a une chance historique d'incarner une alternative. Dans le cas où le quinquennat de François Hollande échouerait (ce que nous ne souhaitons pas dans l'intérêt national), la Droite doit être au rendez-vous ; il y a là une exigence démocratique indépassable.

L'UMP le sera-t-elle ?
Réponse les 18 et 25 novembre prochains.

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