29 août 2012

La voie américaine du déclin démocratique

Le démocrate Barack Obama et le républicain Mitt Romney
Le monde entier est fasciné par la campagne électorale américaine qui oppose actuellement le président sortant, Barack Obama, au candidat d'un parti républicain radicalisé, Mitt Romney. Election du présumé leader le plus puissant de la Terre (un titre qu'on pourrait désormais facilement contester), la course à la Maison Blanche va focaliser dans les semaines à venir une attention médiatique de plus en plus grande.

Les Etats-Unis d'Amérique sont réputés comme étant la plus grande et la plus ancienne démocratie du monde. Foutaises. En 2012, le pays de George Washington nous montre un tout autre spectacle.

Tirons-en les éléments les plus bénéfiques pour notre Nation, par cet exemple américain d'une démocratie en décomposition, où le pouvoir se monnaye davantage qu'il ne se conquiert, et toujours au détriment de l'unité nationale et populaire.

L'un des éléments les plus choquants dans cette élection américaine est sans aucun doute le gaspillage insensé de sommes ahurissantes par les deux candidats. Ainsi, en 2008, lors de la précédente élection qui vit le triomphe de Barack Obama, le coût total du duel s'éleva à 2,4 milliards de dollars, soit cent millions de plus que le PIB de la République centrafricaine.

A lui seul, Barack Obama était parvenu à lever plus de 700 millions de dons. Une dépense effrayante qui ne peut pas seulement s'expliquer par la dimension du pays : les Etats-Unis ne sont que cinq fois plus peuplés que la France, et leurs élections présidentielles leur coûtent près de cent fois plus d'argent que nous.

Il s'agit bien là d'un vice, et d'un vice fondamental dans le déclin généralisé de la démocratie occidentale. Aujourd'hui, en 2012, grâce à une loi votée par le congrès en janvier 2010 (Citizens united), le financement de la vie politique a été ultra-libéralisée, notamment à travers les super PACs (Political Action Committee) qui peuvent dépenser sans compter tant qu'ils ne sont pas formellement liés à un candidat. Pire, il existe aux Etats-Unis des associations dénommées 501(c)(4) qui peuvent également dépenser sans compter, avec de surcroît le privilège de ne pas révéler l'identité des donateurs (cependant, l'activité politique est limitée à 50% de leur activité globale). Un système de financement extrêmement opaque et ultra-libéral qui ne manque pas de rappeler les scandales récents ayant éclaté en France (on pensera notamment à l'affaire Bettencourt).

En France, les dépenses électorales lors de l'élection présidentielle sont limitées par candidat à 16 851 000 € pour le premier tour et à 22 059 000 € au second. Pour la cuvée 2012, cette élection pseudo-démocratique aura ainsi vu les candidats dépenser un total de 74 158 259 € soit 4334 de SMIC.

Pire encore, si on se penche sur les comptes de campagne on peut voir avec effroi que les résultats électoraux sont proportionnels aux dépenses électorales. Le vainqueur, François Hollande, arrive ainsi en tête avec 21 769 895 €, soit 29,36% des dépenses totales pour 28,63% des voix au premier tour. Et la liste continue, avec quelques exceptions :

  • Nicolas Sarkozy a dépensé 21 339 664 €, soit 28,78% du total des dépenses pour 27,18% des voix au premier tour ;
  • Marine Le Pen a dépense 9 095 908 €,  enregistrant là incontestablement la meilleure campagne avec 12,27% du total des dépenses pour 17,90% de voix ;
  • Jean-Luc Mélenchon a quant à lui tenté de vaincre la présidente du Front National dans un duel ubuesque et ridicule, le conduisant à un échec retentissant mais tout à fait proportionnel à ses dépenses : 9 514 317 €, soit 12,83% de dépenses pour 11,10% de suffrages ;
  • François Bayrou arrive ensuite avec 7 042 962 €, soit 9,5% de dépenses pour 9,13% de suffrages ;
  • Eva Joly, avec 1 812 947 €, a dépensé 2,44% du total des dépenses pour 2,31% du total des suffrages ;
  • Nicolas Dupont-Aignan signe une petite plus-value électorale en dépensant 1,67% des dépenses (1 237 636 €) pour 1,79% des voix ;
  • Philippe Poutou, avec 824 097 €, dépense juste quelques dizaines de milliers d'euros de plus que la somme minimale remboursée, rassemblant 1,15% des suffrages pour 1,11% des dépenses ;
  • Nathalie Arthaud semble mettre le paquet avec 1,39% du total des dépenses électorales (1 022 159 €) mais ne parvient à recueillir que 0,56% des voix ;
  • Enfin, Jacques Cheminade clôt la marche avec 498 674 €, soit 0,67% pour 0,25% de voix.
On ne peut être, en tant que citoyens, qu'effrayés et ahuris devant cette liste qui montre bien une proportionnalité incontestable entre les dépenses et les résultats. 

Un autre élément, remarque directement inspirée par le poids aux Etats-Unis des partis comme des Political Action Commitee, concerne le poids partisan dans la machine électorale. François Hollande tire ainsi 43% de son financement directement du Parti Socialiste, à quoi s'ajoutent 5% de dons et le reste d'emprunts personnels (qu'on imagine aisément être garantis par le PS). Nicolas Sarkozy, lui, tire 71,85% de son financement de l'UMP (emprunts et versements directs), tandis qu'il bénéficie de cinq fois plus de dons que son concurrent socialiste (cette donnée représentant 27,11% du total des ses recettes). Ils dépensent chacun deux fois plus que le montant remboursé (10 700 000 € pour les qualifiés du second tour) : sans parti, il est inimaginable d'assumer une dépense aussi risquée.

Sans grande machine politique et électorale derrière soi, aucun candidat ne peut espérer être un concurrent sérieux à l'Elysée. Marine Le Pen est peut-être la seule à parvenir à créer un semblant de mouvement authentiquement populaire derrière sa candidature. Le reste n'est que systèmes partisans, clans et gaspillage d'argent. En effet, une campagne étant, de manière écrasante, financée par des emprunts, aucun candidat secondaire (non assuré de qualification pour le second tour) ne peut se permettre de dépenser sans être sûr d'être remboursé ; les dépenses sont auto-limitées, les résultats aussi.

Ainsi, les favoris et l'ordre du classement final sont délimités par les médias et les sondages, qui construisent un système que les banques nourrissent en ne prêtant pas aux candidats mal placés dans les sondages, système que le citoyen vient valider par son vote. 

La France est sur le chemin d'une américanisation de son système démocratique avec toujours plus de poids donné à l'argent et au parti, créant une situation de bipolarisation de facto. Le système médiatique, quant à lui, soumis aux contingences et profondément conservateur, ne fait que nourrir les dérives de ce système en appuyant une politique spectacle à l'américaine. Nous avons pu voir hier Ann Romney défendre son mari à la tribune de la convention républicaine ; nous avons entendu certains américains dire "Il a une gentille femme et de beaux enfants, c'est le président qu'il nous faut." Une dérive terrifiante qui ridiculise le système américain et menace le système français.

Enfin, à cela s'ajoute une radicalisation toujours plus grande des esprits : aux Etats-Unis la Nation est plus fracturée que jamais entre le président Obama, progressiste sincère et ambitieux, et les partisans de Mitt Romney, égérie d'un parti républicain devenu ultra-conservateur et réactionnaire. De même, en France, la fracture Gauche - Droite ne cesse de s'élargir au fil des années, et au fil de l'échec des solutions alternatives et transpartisanes. Les électeurs, perdus, se reportent alors vers les extrêmes, qu'ils soient les héritiers de l'URSS avec Jean-Luc Mélenchon (11,1%) ou du maréchal Pétain avec Marine Le Pen (17,90%). Au total, un tiers des français aura apporté son soutien à un candidat extrémiste au premier tour de l'élection présidentielle de 2012.

Divisé, radicalisé, la Nation est asservie par un système faussement démocratique gangrené par le poids de l'argent, des médias et des partis. Le peuple français ne choisit pas son président, il désigne par défaut, parmi des candidats autorisés et entre ceux qui bénéficient du plus d'argent et de la structure partisane la plus forte. Il nous faut lutter contre ce pouvoir grandissant de l'argent qui fausse la démocratie et l'influence écrasante des machines électorales qui instrumentalisent le peuple et divisent la Nation.

La France n'est pas vraiment une démocratie. Elle est sur le chemin du déclin démocratique, comme les Etats-Unis d'Amérique. Elle se dirige chaque jour davantage vers une semi-démocratie contrôlée par l'argent et les partis, endormant le peuple à coup de politique spectacle et de grands rassemblements démagogiques comme ceux dont Jean-Luc Mélenchon nous a nourri jusqu'à la nausée durant les mois de cette infecte présidentielle 2012.

A chaque élection, les dépenses seront plus fortes, le poids de l'argent plus écrasant et l'influence des partis plus étouffant. La Nation toujours plus divisée, et le peuple toujours plus fatigué, toujours plus radicalisé. La France a besoin d'une audace forte et déterminée :
  • abaissement et limitation drastique des dépenses de campagne ;
  • mise en place d'un parrainage citoyen consistant à rassembler, pour être candidat, les signatures de 1 à 2% du total des électeurs ;
  • remboursement intégral des dépenses de campagne de tous les candidats ;
  • limitation de la propagande et des meetings ;
  • organisation de plusieurs débats télévisés en lieu et place de meetings inutiles et coûteux qui ne sont que des démonstrations de forces archaïques où le candidat s'adresse à des foules convaincues.
La France est sur la voie de tous les déclins, mais elle ne pourra jamais affronter les nombreux périls qui menacent son existence si elle n'ose pas rompre avec cette vaste escroquerie institutionnelle et électorale, avec ces pratiques démocratiques archaïques.

Retrouvons dans chaque moment de notre vie collective et démocratique le souffle et l'âme authentique de la France.

Ne prenons pas le chemin de l'Amérique. Demeurons français, demeurons libres.

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