28 août 2012

Présidence socialiste : premier bilan.

Crédits photo : Benoît TESSIER / Reuters

Près de quatre mois après la conquête de l'Elysée par François Hollande, puis la victoire du Parti Socialiste aux élections législatives, on peut, avec toute la prudence nécessaire considérant le peu de temps écoulé depuis ces évènements, dresser un premier bilan des débuts du quinquennat du septième président de la Ve République. Si on considère l'importance des polémiques provoquées et des erreurs commises par Nicolas Sarkozy à l'aube de son mandat, on peut tracer les grandes lignes de l'exercice du pouvoir socialiste, avec toute la vigilance qui s'impose dans les prédictions politiques.

Comme toujours, nous effectuerons cet exercice sans esprit partisan et sans dogmatisme, jugeant sur pièces et dans le seul intérêt de la Nation.

Dans un sondage Ifop paru le 11 août dernier dans le Figaro, 54% des français se déclaraient mécontents de François Hollande, contre 46% de citoyens satisfaits. Au terme de ses cent premiers jours de responsabilité, le président de la République perdait l'appui majoritaire de son peuple. Preuve supplémentaire, s'il en fallait une, de la faiblesse de nos institutions.

Que devons-nous penser de ce début de mandat ? Tout comme la majorité des français, nous sommes mitigés ; sans être inquiets, nous ne sommes pas particulièrement optimistes. Les premières semaines de pouvoir socialiste ont été marquées par un manque cruel d'audace ; nos nouveaux dirigeants n'ont pas su profiter du petit état de grâce dont ils ont naturellement bénéficié pour poser des jalons et des actes forts. Nicolas Sarkozy avait su se montrer aussitôt déterminé à agir ; François Hollande n'est pas parvenu à se dégager de l'immobilisme qu'on lui prêtait dès avant son élection.

Le pouvoir socialiste a profité de ses premiers temps d'exercice pour annuler des mesures du gouvernement Fillon, attitude mesquine et peu courageuse, quoique parfois nécessaire. De même, la semaine dernière le ministre du Budget, Jérôme Cahuzac a affirmé, qu'en cas de censure par Bruxelles de la taxe sur les opérateurs destinée à combler le manque provoqué par la suppression de la publicité après 20h sur le service public, il proposerait au Premier ministre simplement le retour de la publicité. Une mesure, au sens étymologique, de réaction, au parfum âcre de faiblesse ; faiblesse extérieure face à Bruxelles et aux ingérences européennes, et faiblesse intérieure par un manque d'audace et d'alternative : pourquoi ne pas taxer la publicité sur les chaînes privées pour financer sa disparition sur le service public ? Rapidement, le ministre est revenu sur ses propos : un acte peu encourageant pour l'avenir.

A côté de cela, quelques mesures "symboliques" : baisse des salaires du chef de l'Etat et des ministres, signature d'une "charte de déontologie", allongement de trois jours des vacances de la Toussaint. Tant de petites mesures, nécessaires, rafraîchissantes, sans nul doute, mais quelque peu étriquées, manquant d'ambition et de panache. Pourquoi, ainsi, ne pas avoir batailler activement autour de ce dossier central qu'est le blocage du prix de l'essence ?

Une pratique dogmatique du socialisme vient renforcer ce manque d'audace. Ainsi, le gouvernement a très rapidement augmenté de 25% l'allocation de rentrée scolaire : une mesure dogmatique et démagogique quand on connaît la nullité de ce système qui donne des sommes disproportionnées pour des rentrées en maternelle ou en primaire, et cesse de s'appliquer pour des lycéens qui n'ont plus la chance d'avoir un frère mineur et donc se retrouvent théoriquement "enfant unique". Manque d'audace dans l'ambition de changer un système inefficace, pratique dogmatique qui prolonge ce même système. Et de notre côté, à nous, citoyens, un seul sentiment : une perplexité inquiète.

Sur le plan international, félicitons François Hollande d'être parvenu à obtenir un assouplissement de la ligne allemande et une politique davantage marquée du sceau de la croissance. On ne le condamnera pas non plus avec trop de dureté sur le dossier syrien, fort complexe et gelé par l'ours russe. On peut cependant regretter là encore un manque d'audace et un certain immobilise, mais tout à fait relatif tant il s'agit de dossiers complexes. Sur ce sujet, les condamnations de la Droite sont clairement déplacées.

De même, saluons la fermeté et l'absence total d'esprit dogmatique de Manuel Valls, ministre de l'Intérieur, qui prouve, encore une fois, sa qualité de socialiste moderne. Le démantèlement des camps de Roms est certes polémique mais, articulé avec une politique d'intégration et d'ouverture, semble être la bonne voie à suivre.

Nous ne pouvons pas en dire de même pour Christiane Taubira, ministre de la Justice, dont les projets sont parfois assez effrayants. Sa proposition de développer le suivi social des délinquants en milieu ouvert n'est pas en soi une idée mauvaise en ce qu'elle tente de penser des alternatives au tout-pénitentiaire ; en revanche, son application risquerait de contenir de mauvaises surprises et de marquer un retour au laxisme dogmatique de la Gauche.

François Hollande a voulu changer le style de gouvernement. Il a réussi (à l'exception des gesticulations ridicules du chevalier Montebourg). Il a rompu avec l'activisme souvent brouillon de Nicolas Sarkozy mais en embrassant un manque d'activisme ; la France passe d'un extrême à l'autre. Espérons que la suite de son mandat saura se démarquer des dogmes socialistes, ouvrir sa majorité politique vers le centre et la Droite, réunir les français autour d'un pouvoir respecté et audacieux. Dans ce sens, nous attendons avec impatience les décisions de la commission Jospin (la qualité de notre ancien Premier ministre n'étant plus à démontrer) et les mesures qui suivront.

Un début de mandat en demi-teinte, quelque peu immobile, un peu étriqué, un peu mesquin, très peu audacieux, qui ne concrétise pas le slogan de campagne "Le changement, c'est maintenant." La déception germe dans les esprits ; espérons, dans l'intérêt de la Nation, que le gouvernement saura modifier quelque peu son cap et couper court à la propagation de ce mal pernicieux pour les peuples qu'est la méfiance.

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