20 janvier 2013

Humeurs bonapartistes (semaine n°3)



Semaine du 14 au 20 janvier 2013
L'enfer politique est pavé de bonnes intentions paritaires.
La fable de l'Union Sacrée, ou quand la Droite retrouve sa médiocrité politicienne.
Bayrou, un bonapartiste qui s'ignore.


InstitutionsL'enfer politique est pavé des bonnes intentions paritaires.

La loi défendue par Manuel Valls entend palier au cruel manque d'éléments féminins dans les assemblées départementales, où les femmes ne représentent que 13,5% (un chiffre aberrant !). Bien entendu, lutter pour la parité et contre le monopole des vieux hommes blancs sur la politique française est une intention extrêmement louable. Mais nous savons bien que l'enfer en est pavé.

Le gouvernement souhaite diviser par deux les cantons pour permettre la constitution de "supercantons" où les électeurs seraient invités à élire deux conseillers départementaux, un binôme solidaire constitué obligatoirement d'un homme et d'une femme. Cette mesure est un non-sens total qui massacre le système représentatif au nom de visées purement esthétiques puisque ce n'est pas ainsi qu'adviendra le seul véritable changement qui puisse compter, celui des mentalités.

Cette loi en créant de trop grands cantons noiera la ruralité et diminuera sa représentativité, déjà écornée, jusqu'au niveau local. De surcroît, elle entraînera un déséquilibre des forces politiques puisqu'avec moins de cantons mais tout autant de conseillers on obtient arithmétiquement une assemblée plus polarisée.

Bref, une loi bien intentionnée, nous n'en doutons pas, mais qui respire l'amateurisme et une forme de "dogme paritaire" où on cherche à placer des femmes dans les assemblées par la force plutôt que d'entreprendre un travail nettement plus difficile mais nettement plus profitable qui s'attaquerait aux mentalités sclérosées non pas du peuple français mais de cette caste politique qu'il faut briser pour régénérer notre République (et quand on lit les propos immondes et sexistes tenus par certains députés lors du débat sur ce projet de loi, on peut estimer qu'il est vraiment plus que nécessaire de balayer ces amateurs dont la bêtise insulte quotidiennement le génie français !).

Sans surprise, le Sénat a d'ailleurs rejeté ce projet de loi dans la soirée du 18 janvier, mais malheureusement le système institutionnel et la non-représentativité démocratique de l'Assemblée nationale garantit l'adoption du texte.

Mali. La fable de l'Union Sacrée, ou quand la Droite retrouve sa médiocrité politicienne.

Une minuscule et ridicule petite semaine aura suffit pour que vole en éclats la pseudo "Union Sacrée" constituée par toutes les forces politiques françaises autour de la décision du Président de la République d'engager nos troupes aux côtés du peuple malien qui affronte aujourd'hui le terrorisme islamique.

C'est Lionel Luca, député UMP à la grande finesse d'esprit et de verbe, qui, le premier, a rompu cette "Union Sacrée" avec es propos immondes et injustifiés. Il impute en effet, le jeudi 17 janvier dernier, dans un tweet, "l'entière responsabilité" du drame de la prise d'otages sur le site gazier algérien à François Hollande. Quand un pays est en guerre, on ne doit pas se taire quand on est opposé, mais on doit au moins faire l'effort de taire des propos aussi minables et bassement politiciens. François Hollande entièrement responsable ? La guerre a son lot d'imprévus : aurait-on dû répondre "Non" à l'appel au secours du président malien ?

Le pathétique M. Wauquiez est venu s'engouffrer dans sa brèche pour faire entendre sa petite musique. Nos politiciens aux égos démesurés ont besoin de crier des insanités pour exister, et c'est ce que fait M. Wauquiez en reprenant ces attaques, arguant que le chef de l'Etat n'a pas de stratégie claire.

Toute la Droite commence à changer de discours après avoir joué le jeu d'une "Union Sacrée" totalement mensongère. Le nouveau discours est le suivant : François Hollande est un incapable qui a engagé nos troupes sans considérer les conséquences de cet acte. Comment osent-ils, alors que la situation actuelle au Nord-Mali revient pour le coup entièrement à la décision de Nicolas Sarkozy d'engager l'Occident en Libye ?

Bref, de nouveau, et comme toujours, des raccourcis et des outrances. Des mines effarouchées de saintes-nitouches qui soutenaient corps et âme l'engagement français en Libye, cause directe de la déstabilisation du Mali.

Quand donc les politiques cesseront d'instrumentaliser l'intérêt national au profit de l'intérêt de leurs carrières ? A trop vouloir favoriser leurs carrières individuelles, ces politiciens médiocres et minables mettent sans cesse en danger le destin collectif de notre Nation. Balayons les. Eux et les bassesses misérables.

Politique. Bayrou, un bonapartiste qui s'ignore.

J'ai toujours été très intéressé par les discours, les propos et les propositions de François Bayrou, quoique j'émette de sérieuses réserves sur de nombreux points d'un programme que j'estime beaucoup trop souvent flou et bricolé sans cohérence, notamment sur la question de l'Europe.

Voix unique et aujourd'hui tellement isolée qu'elle peut se permettre de s'arracher de toute logique partisane, M. Bayrou apporte à la politique française une incontestable plus-valu, par les valeurs qu'il défend et l'idée qu'il se fait de la France. A écouter les voeux qu'il a adressé Vendredi à la presse, et à la France, je me suis fait la réflexion suivante : cet homme est peut-être tout au fond de lui le plus bonapartiste de nos responsables politiques. L'affirmation peut paraître surprenante. Je la défends.

Le slogan affiché derrière lui durant son allocution, à lui seul, respire le bonapartisme : "un pays courageux et uni". Le courage et l'unité, ce que, nous, bonapartistes, serions davantage tenter d'appeler l'audace et la patrie. Ainsi il y a là un fondement commun dans une action qui se veut volontariste, radicale et innovante, mais aussi rassembleuse et garante de l'unité de la Nation. En quelques mots : la force et la réconciliation, coeur s'il en est du bonapartisme.

Européen convaincu, proche du fédéralisme, François Bayrou est éloigné de l'alternative confédérale portée par le bonapartisme, mais, malgré cela, il peut y avoir dans son discours sur l'Europe, comme cela est également le cas de Dominique de Villepin, quelques sonorités plaisantes. Ainsi quand il défend que face à un monde de plus en plus menaçant il est nécessaire de construire une Europe de la Défense afin de régénérer notre force (et j'ajoute : notre souveraineté) dans le cadre d'institutions démocratiques européennes qui permettent l'affirmation d'un leadership européen. Europe à l'intérieur de laquelle, par son poids démographique, économique et politique, la France aurait une place centrale. Pouvons-nous encore mener des guerres si coûteuses alors que 8 millions de nos citoyens vivent sous le seuil de pauvreté ? Il est tant de transformer nos souverainetés plutôt que de nous attacher à leurs vieilles formes passées, au risque de les perdre définitivement au profit d'une Europe construite contre les peuples et non pas avec leur coopération. Dans ce sens, quoique nous soyons confédéralistes et M. Bayrou fédéraliste, nous nous rejoignons sur le fond.

A cela il faut ajouter le désir de François Bayrou de briser le bipartisme stérile qui étouffe la démocratie française, ainsi que le désir de réinvestir les citoyens dans leur propre destin en leur redonnant confiance dans une action politique audacieuse qui rassemble. Nous soulignerons aussi l'envie de se tenir loin de toute forme de dogmatisme et de n'avoir comme élément discriminant que le strict intérêt de la France.

Malheureusement, bonapartiste dans l'âme, François Bayrou demeure enfermer, malgré lui peut-être, dans un système de partis qu'il condamne et non pas au Centre de la politique mais bel et bien dans un triste et médiocre Milieu. Le problème de cet homme politique de qualité est sans doute que ses discours ont souvent une âme (bonapartiste !) qu'on ne retrouve ni dans ses propositions, ni dans ses actes et encore moins dans sa stratégie politique trop souvent bassement politicienne.

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