4 janvier 2013

M. Wauquiez, taisez-vous ! (ou le scandale de l'instrumentalisation politicienne autour du mariage gay)

Ces derniers jour ont été, à mes yeux, un tournant dans le débat sur le mariage homosexuel. La décision de l'enseignement catholique de s'investir dans la polémique, suivie des réprimandes légitimes du ministre Vincent Peillon puis des "indignations" indignes de Laurent Wauquiez, tout ceci nous promet un débat malsain et détestable où, de nouveau, usant de l'instrumentalisation et de l'exagération, nos responsables politiques vont construire un débat hystérique, nocif pour le Peuple, la République et la Nation.

Retour sur une polémique où caricature et raccourcis salissent encore notre vie politique.

Le 12 décembre dernier, le secrétaire général de l'enseignement catholique, Eric de Labarre, adressait une lettre à 8500 chefs d'établissement pour exprimer son désaccord avec le projet gouvernemental, appelant implicitement les écoles privées à entrer dans un débat déjà tombé bien bas. L'Association des Parents de l'Enseignement Libre (APEL) avait elle-même qualifié le projet de "grosse erreur" et condamné vigoureusement la dénaturation du mariage, reprenant là un des thèmes du catholicisme le plus radical.

Comme nous le dirons dans notre futur article consacré au mariage gay, qui sera publié le 29 janvier prochain, toute forme d'argumentaire religieux doit être combattu dans le cadre de ce débat sur l'ouverture du mariage aux couples de personnes de même sexe. Accepter que les autorités religieuses et leurs dogmes entrent dans la danse, c'est accepter une grave violation de la loi de 1905.

La lettre du secrétaire général de l'enseignement catholique est une pure prise d'otage des 2 millions d'élèves de ce secteur éducatif. Le catholicisme doit retourner à la seule place légitime qu'elle puisse occuper, celle d'une confession privée. Que dirions-nous si l'enseignement public se mobilisait en faveur du mariage gay ? Le scandale serait immense. Il doit tout autant l'être quand il s'agit de l'enseignement privé.

Le ministre de l'Education nationale a réagi avec modération et sagesse en adressant une lettre aux recteurs de France. Il s'inquiète dans celle-ci des possibles dérapages homophobes du débat et désire que l'école ne fasse l'objet d'aucune instrumentalisation. Comment pourrions-nous être en désaccord avec cela ? Le débat n'a pas à entrer dans les écoles, ne serait-ce que sur la base juridique que les mineurs sont certes français mais non encore citoyens. L'instrumentalisation de la jeunesse est une pratique totalitaire indigne, et face à ce risque, le ministre appelle simplement à la neutralité.

Le ministre appelle à ne pas mobiliser les énergies contre le mariage homosexuel mais à les mobiliser contre l'homophobie. Il rappelle au passage la violence de l'homophobie qui provoque le suicide de nombreux jeunes, le suicide chez les jeunes homosexuels étant cinq fois supérieur à celui des jeunes hétérosexuels.

Le ministre rappelle simplement que la population adolescente est une population complexe, où l'orientation sexuelle est encore en construction et où l'homophobie fait des ravages immenses.

Ces positions sont sages. Face à un débat de plus en plus hystérique, il est naturel d'empêcher des adultes d'instrumentaliser une jeunesse fragile à des fins politiciennes. Nous devons condamner avec fermeté tout dérapage et toute forme de pression religieuse. Par sa lettre, Eric de Labarre viole et la laïcité et la protection de la jeunesse. La réaction du ministre de l'Education nationale est mesurée face à l'erreur outrancière de ce dernier.

Et pourtant, l'ancien ministre de l'enseignement supérieur a osé s'indigner contre cette lettre, jugeant ces propos scandaleux. Ce qui est scandaleux c'est la capacité de M. Wauquiez à mentir et à instrumentaliser les évènements. Il affirme ainsi qu'il "est parfaitement scandaleux de laisser croire que la vision de la famille dans l'enseignement catholique serait responsable de suicides chez les jeunes homos."

Ce propos est mensonger, outrancier, absolument insultant. Lisez la lettre de Vincent Peillon, jamais il ne se permet pareil raccourci. Sa lettre est un simple appel à ne pas instrumentaliser une jeunesse fragile déjà trop menacée par l'homophobie. Ce rappel de sagesse qui devrait rassembler dans une lutte pour protéger de jeunes homosexuels insultés quotidiennement, ce rappel humaniste est transformé par l'indigne Laurent Wauquiez en attaque contre les valeurs catholiques. Ce mensonge est immonde.

Les hommes politiques ne cessent de mentir au peuple. Prennent-ils le peuple pour un tas d'abrutis finis auquel on peut mentir sans craindre son courroux ? J

e veux leur rappeler une simple vérité, et je veux la rappeler à M. Wauquiez : nous, le peuple, nous sommes le seul souverain, et votre position vous ne l'occupez que par notre volonté. Cessez vos mensonges et vos propos indignes, cessez d'instrumentaliser les débats pour diviser la Nation. Le peuple est fatigué de cette politique politicienne indigne de sa grandeur, et un jour, le peuple se lèvera et vous balaiera, vous, ruines d'un populisme qui n'a cessé, année après année, d'insulter sa souveraineté.

J'ajoute à cela que de manière générale tout raccourci et toute simplification est condamnable. Dans son interview au Figaro, Laurent Wauquiez ose affirmer que "les juifs, les musulmans, les protestants s'opposent" au mariage gay. Il fait ainsi le lit du communautarisme. Il est insupportable de résumer les gens par une confession : il y a des juifs favorables et défavorables au projet, de même chez les musulmans et les protestants. Il n'y a en France que des individus libres et souverains qu'on appelle du noble titre de "citoyens".

Que M. Wauquiez se souvienne de cela. Qu'il cesse de participer aux mensonges et aux magouilles de cette politique insultante pour un peuple fatigué d'être instrumentalisé.

Et qu'il se taise. De grâce. De grâce, taisez-vous ! Cessez de fatiguer le peuple souverain. Face à lui, vous n'êtes qu'un nain. Sans lui, vous n'êtes rien.

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