1 janvier 2013

Revue complète des voeux politiques pour 2013

En ce premier jour de l'an 2013, un ultime coup d'oeil sur 2012 est nécessaire pour considérer les dernières paroles que nous ont adressé nos responsables politiques en guise de voeux pour la nouvelle année. Sacrifiant à une tradition bien établie, ils ont profité de cet instant pour nous adresser un dernier message politique après quelques voeux discrets et convenus.

Des dorures de l'allocution du chef de l'Etat aux panneaux du Pôle Emploi de Nicolas Dupont-Aignan, en passant par les voeux de Dominique de Villepin, Jean-Pierre Bel ou Marine Le Pen, entre autres, Renouveau Bonapartiste vous résume l'essentiel de ces exercices de style annuels.



François Hollande
président de la République française

Exercice convenu et codifié, mais non moins attendu, François Hollande a adressé pour la première fois ses voeux à la Nation française. Un message où les voeux en eux-mêmes n'occupaient qu'une place minime, éclipsés immédiatement par un sujet central : l'emploi.

Reconnaissant l'ampleur de la crise et la flambée du chômage, qui devrait se poursuivre en 2013, le président de la République a affirmé sa confiance dans l'avenir, mis au service du progrès et de l'espoir. Dès l'ouverture de son discours, il a énuméré trois décisions majeures prises par son gouvernement : le rétablissement des comptes publics et le désendettement de la France, le pacte de compétitivité construit sur un triple objectif (embaucher, investir, exporter), et enfin la maîtrise de la finance par la création de la banque publique d'investissement, la loi bancaire et la taxe Tobin au niveau européen.

Défendant donc le début de son quinquennat, il reconnaît, au détour d'une phrase, mais avec sincérité, les soubresauts et les contretemps, tout en réaffirmant son ambition : "faire les réformes maintenant pour sortir de la crise plus vite et plus fort." Poursuivant le déroulement du bilan des six derniers mois, il scande ses paroles par l'idéal de justice. Justice fiscale avec l'égalité capital - travail et l'imposition des plus hauts revenus. Justice sociale avec l'augmentation du SMIC, du RSA et de l'allocation scolaire, et avec la retraire à 60 ans pour les carrières longues. Justice entre les générations avec des enseignants plus nombreux et mieux formés.

L'année qui s'achève était l'année d'un engagement, celle qui s'ouvre sera l'année de la mobilisation en vue d'inverser la courbe du chômage, grand objectif présidentiel. Et le président d'énumérer de nouvelles mesures adoptées ces derniers mois : emplois d'avenir, contrats de génération, réforme de la formation professionnelle.

Selon lui, le cap est fixé : "tout pour l'emploi, la compétitivité et la croissance." Qu'il s'y tienne avec sincérité.

Après ce discours à forte teneur économique et sociale, François Hollande rappelle les débats sociétaux engagés concernant l'égalité des droits (avec le mariage pour tous), la démocratie (avec le non cumul des mandats) ou la dignité humaine (avec la fin de vie). Il termine en évoquant les affaires internationales, ayant une pensée pour nos soldats et nos otages, rappelant que les troupes françaises ont quitté le théâtre afghan, que la France soutient l'opposition syrienne et souhaite lutter contre la menace terroriste au Mali.

Les premiers voeux du nouveau président de la République s'achèvent sur un mot : la solidarité, avec les peuples opprimés comme les citoyens les plus fragiles, rappelant que c'est un honneur pour une grande Nation de "conjuguer la compétitivité indispensable et la solidarité si nécessaire".

Au final, des voeux très convenus, sans surprise, comme on pouvait s'y attendre. François Hollande rappelle sa ligne, il énumère les décisions qu'il a prises et affirme son cap, celui d'une lutte sociale-démocrate contre la crise et les dérives de notre société. Le tout est flou, principalement axé sur la défense du passé plus que sur l'annonce de l'avenir. Le domaine international, pourtant domaine réservé du président, est rapidement évoqué, sans plus de précision que pour les autres sujets. Au final, des voeux ni utiles ni inutiles, des voeux attendus, qui manquaient peut-être d'un peu d'âme et d'humanisme. Des voeux un peu vides.

Les réactions aux voeux du président de la République

Ces voeux attendus qui ne surprendront aucun français n'ont pas empêché les leaders politiques de réagir aussitôt, dans une rupture traditionnelle de la trêve des confiseurs. Des réactions aussi attendus et en cela aussi stériles que les voeux présidentiels. Jean-François Copé accuse François Hollande d'être responsable de toute la dégradation économique et de la destruction des 240 000 emplois perdus par la France durant les derniers mois. Copé reste fidèle à lui-même, caricaturant au maximum la situation, et osant souligner le "manque de crédibilité" du président, alors que son parti sort d'une farce bouffonne et que lui-même ne doit son titre qu'à un putsch. Le reste de la Droite suit : Pécresse dénonce un président dépassé et impuissant, tandis que Marine Le Pen critique des voeux "ridicules", arguant que François Hollande ne peut pas défendre son bilan. Mais de quel bilan parle-t-on ? Les responsables politiques auraient-ils oublié que l'action politique se fait sur le long terme ? Cette critique d'un bilan encore à l'état d'ébauche est une critique puérile qui montre surtout l'immaturité totale de notre politique nationale.

Le Pen et son fidèle lieutenant, Philippot, dénoncent une déconnexion d'avec le réel ; on ne peut leur donner tort tellement François Hollande semblait vivre dans un autre monde dominé par ses mesures et non par la violence de la crise. Tandis qu'en Allemagne et en Italie, Angela Merkel et Giorgio Napolitano rappelaient à leurs peuples respectifs que l'année 2013 sera difficile et que la crise européenne n'est pas résolue, François Hollande défendait une action irréprochable ... Comportement lui aussi politiquement immature rendu incontournable par l'exacerbation des tensions entre les forces politiques françaises.

Sans surprise, le PCF se dit déçu. Borloo, plus étonnamment, critique l'impuissance du président et lui impute la responsabilité totale de la situation économique et sociale, ce qui est fortement exagéré et particulièrement caricatural. Il souligne cependant à raison l'absence de voeux concrets pour le peuple. Enfin, Christine Boutin tweet : "Tristesse pour la France ! Aucun changement ! Même pas convaincu par ce qu'il dit ! Aucune prestance, cravate encore de travers ...". Attendait-elle que le président socialiste se transforme en libéral seulement quelques mois après son investiture ? Quant à ses attaques, elles sont absolument minables, montrant la profonde petitesse de cette femme.

Petitesse : voilà ce que révèlent ces voeux attendus et un peu secs et les réactions totalement stériles, attendues et immatures suscitées par eux. La petitesse de notre politique.

Des voeux flous, vides, et des réactions stériles, voire absurdes. L'année politique ne commence pas de la meilleure façon qu'on puisse espérer.


Jean-François Copé
président de l'Union pour un Mouvement Populaire

Bizarrement, quand il commence ses voeux, M. Copé ne s'adresse pas aux français mais aux militants de l'UMP. Fièrement, il proclame que son parti rassemble 315 000 adhérents. Le ton est partisan. Il érige les trois victoires aux élections partielles en expression du peuple français, alors même que ces élections ne sont que des scrutins locaux marqués par une forte abstention. Significativement, Jean-François Copé adresse davantage ses voeux à l'UMP qu'à la France. Président putschiste chargé de reconstruire ce qu'il a jeté à terre, il affirme vouloir "tourner la page des divisions et des amertumes".

La vision s'élargit alors. Il rend hommage à Nicolas Sarkozy, celui-là même que le peuple français a désavoué le 6 mai 2012. Face à François Hollande, une autre politique est possible : celle de Nicolas Sarkozy, celle-là même que le peuple français a rejeté sans appel le 6 mai 2012. Souffrant d'amnésie grave et d'une incapacité à tirer des leçons de ses défaites, la Droite de Jean-François Copé est une Droite revancharde, qui n'accepte pas d'avoir perdu le pouvoir.

Le discours tenu est tout à fait traditionnel, sans aucune audace : fermeté sécuritaire, critique de l'égalitarisme scolaire, défense de la famille, "tolérance zéro" face à l'immigration, défense de la liberté d'entreprendre et d'investir. Il s'agirait là d'un tableau d'une France décomplexée, bâtie par la "détermination et l'audace". Je n'y vois qu'un discours vieilli. La seule innovation introduite par Jean-François Copé consiste à s'accaparer les mauvaises habitudes de la Gauche par un appel à manifester le 13 janvier contre le mariage pour tous. Rappelons-le avec fermeté : la politique authentique, celle qui grandit les peuples, n'est pas la politique de la rue.

Obnubilée par la préparation des échéances électorales de 2014, pur souci électoraliste, la Droite de Jean-François Copé se revendique comme la Droite de la Reconquête. Incapable de tirer les leçons de sa défaite, continuant à penser qu'elle avait raison quand bien même le peuple souverain a jugé qu'elle avait tort, rancunière et enfermée dans une opposition doctrinale et systématique, cette Droite nous semble davantage celle d'une minable Revanche.


Harlem Désir
premier secrétaire du Parti Socialiste

Enfin, voilà que nous entendons la voix de l'invisible dirigeant du PS. Son discours de leader du parti au pouvoir obéit à des attentes définies de défense de l'action gouvernementale. La vidéo est ainsi introduite par une animation indiquant "Changement en cours". Rappelant les valeurs de la République, dont il attribue un monopole tout à fait illégitime aux socialistes, Harlem Désir adresse ses pensées aux français isolés et éloignés de leurs familles, ainsi qu'à nos soldats.

Ces paroles d'usages passées, il martèle que le gouvernement agit avec détermination, selon un cap défini, celui de l'emploi, de la croissance, de la justice sociale et du redressement de l'économie nationale. Affirmant que le PS a fait le choix de la vérité, il rappelle que le temps est nécessaire pour juger l'action politique. Un rappel de bon sens pas inutile.

Mais le message demeure sur la ligne du gouvernement : définition de grandes ambitions et énumération de propositions. Le premier secrétaire rappelle ainsi, comme le fera après lui François Hollande, la création de la banque publique d'investissement, le pacte pour la compétitivité et l'emploi, la loi bancaire, les emplois d'avenir. Tout ceci sous le haut patronage de la Justice et de la Solidarité.

Une défense floue, et qui manque de souffle, à l'image de l'action gouvernementale.


Marine Le Pen
présidente du Front National

La leader d'extrême-droite commence ses voeux selon la tradition, professant l'espérance et adressant ses pensées aux français malades, seuls, pauvres, accablés d'injustice. Traditions respectées, l'attaque est direct : le bilan du gouvernement est nul, la France n'a rien à espérer du nouveau gouvernement. La politique de François Hollande est la même que celle de Nicolas Sarkozy. Vieille caricature ridicule et éculée.

La crise s'éternise et s'aggrave. La France demeure enfermée dans une politique économique décidée à Bruxelles mais aussi à Berlin. Quant à notre politique internationale, au détour d'un hommage à nos soldats, Marine Le Pen affirme qu'elle est décidée à Washington. Une vision du monde quelque peu conspirationniste qui sent bon la simplification et le populisme.

Tout l'argumentaire traditionnel de l'extrême-droite suit, sans surprise : le laxisme serait devenu "idéologie d'Etat", absolument rien n'étant fait contre l'insécurité, le communautarisme et l'immigration. Pour Marine Le Pen, le gouvernement laisse à Berlin les choix économiques et à la Maison Blanche les choix internationaux, et sur le plan intérieur il ne fait rien. L'accusation est tellement grosse qu'on a du mal à imaginer comment elle peut être prise au sérieux.

Elle revient enfin sur les "premières grandes victoires" du Front National qui a étendu son audience lors des élections présidentielle et législative, affirmation mensongère si on considère que le FN a seulement retrouvé en 2012 l'assise électorale de l'extrême-droite de 2002. Aucune extension, juste la reconstitution d'un socle. Socialement, elle proclame le "retour des oubliés dans la vie politique française", ces français abandonnés, qu'ils soient ruraux, mères seules ou petits retraités. Avec force modestie, elle décrit ce mouvement comme le "retour de la France". Le FN est en ordre de bataille, cela on ne peut que le reconnaître, préparant, dans un souci électoraliste, les prochaines échéances et entendant assumer l'opposition au gouvernement en lieu et place d'une UMP ridiculisée par ses déboires internes.


Jean-Pierre Bel
président du Sénat

Le deuxième personnage de l'Etat nous rappelle que nous vivons une "situation économique et financière particulièrement difficile". Actant de cela, le président de la chambre haute tourne ses pensées vers ceux qui doutent et vers ceux qui souffrent, affirmant vouloir leur redonner confiance, leur redonner de l'espoir, ce qui serait selon lui la principale volonté du gouvernement.

Assumant à son niveau l'entreprise collective de défense du gouvernement, Jean-Pierre Bel répète ce que nous avons déjà entendu : le gouvernement a réussi à redonner la priorité à la croissance en Europe, il est décidé à assainir les finances publiques et à renforcer la compétitivité. Pour cela, il veut s'appuyer sur les efforts de tous, dans une exigence de justice, et porter une attention spécifique à la jeunesse. Autant de proclamations vagues que seul le temps pourra infirmer ou confirmer.

Attachés à une action sur le long terme, les bonapartistes doivent se refuser à juger la politique d'un gouvernement sur une période aussi courte que les premiers mois d'un quinquennat. C'est ce message que les responsables socialistes devraient véhiculer et non une défense stérile et politicienne d'un bilan qui n'existe pas.

Fidèle à sa fonction, Jean-Pierre Bel rappelle le rôle du Sénat dans son lien au territoire et aux collectivités locales, notamment vis-à-vis de la prochaine étape de la décentralisation prévue en 2013 et qui selon lui assurera efficacité, réactivité et meilleure gestion des deniers publiques. Il termine en réitérant son message de confiance et d'espoir.


Arnaud Montebourg
ministre du redressement productif

Sans doute les voeux les plus étonnants, de par la personnalité de celui qui les formule mais aussi de par le message qu'il nous adresse. Commençant, comme tous, par le rappel de la crise, qu'il impute à une "décennie d'abandon libéral", Arnaud Montebourg, dans un style très personnel, lyrique et grandiloquent, défend son action, dans un savant mélange d'autopromotion et de solidarité gouvernementale. Gouvernement qu'il semble incarner à lui seul dans ces voeux atypiques.

Le ministre propose au peuple d'"avancer rassemblés, faire preuve de courage, d'audace, pour inventer des solutions nouvelles, reconstruire nos forces productives et réinventer notre industrie." Son action consisterait à empêcher les fermetures d'usine et à défendre les nouvelles implantations : derrière le verbe haut et chevaleresque, la réalité est un peu plus décevante. Songeons aux ouvriers de Florange.

Arnaud Montebourg avance une démarche consistant à défendre les salariés tout en renforçant l'industrie nationale. Avec détermination, il défend son bilan, qui est celui d'un gouvernement animé par le volontarisme politique, ayant forgé les outils juridiques et économiques du réarmement de la politique face à la finance. En somme une lutte contre l'impuissance des institutions.

Dans un discours très offensif, celui qui se réclame comme le "ministre de l'hospitalité productive" développe la défense convenue des principaux "acquis" du gouvernement socialiste, dans un style encore une fois tout à fait personnel en ce qu'il donne l'impression que le chef du gouvernement c'est lui ... Défense du pacte de compétitivité, de la banque publique d'investissement et de la réorientation de l'Europe : tout est là. Il y a ajoute évidemment le "Made in France", érigeant enfin dans une envolée finale le redressement productif en cause nationale destinée à rétablir la souveraineté économique de notre pays et en somme sa liberté.

Un discours puissant qui sonne faux tellement la réalité de l'action gouvernementale n'est pas en phase avec les propos de ce ministre. A l'écouter, on a l'impression qu'Arnaud Montebourg vit dans un monde parallèle où il dirige lui-même, en tant que Premier ministre, un autre gouvernement que celui du social-démocrate et couacophile Jean-Marc Ayrault. Voeux atypiques d'un ministre drapé dans les habits de son chef, qui s'offre même le luxe, unique, d'achever sa vidéo par un très président "Vive la République et vive la France."


Jean-Louis Borloo
président de l'Union des Démocrates et Indépendants

Dans la vidéo la plus originale de cette cuvée 2013 des voeux de la nouvelle année, Jean-Louis Borloo, tout comme Jean-François Copé, s'attache davantage à la promotion de son parti qu'à adresser ses voeux à la Nation. On déplorera décidément que nos hommes politiques ne profitent pas de cette occasion un peu festive pour mettre de côté la politique politicienne un temps au profit d'un message d'apaisement, d'unité et d'humanisme. J'ajoute que Jean-Louis Borloo reprochera à François Hollande de ne s'être plus adressé aux français lors de ses voeux : s'il y a bien quelqu'un dont les voeux sont encore moins des voeux concrets que ceux du président, il s'agit bien de ceux de Borloo. L'hôpital se moquerait-il de la charité ?

L'UDI s'affiche comme une "opposition respectueuse", force d'initiative et de proposition. Son message semble fonder sur l'Europe et l'écologie. Jean-Louis Borloo, dans un montage de ses différents discours, met en avant l'attachement de sa famille politique à une Europe forte, appelant à toujours plus d'intégration. Tout comme les eurosceptiques peuvent être flous dans leurs alternatives à la construction actuelle, les fédéralistes sont d'un flou exceptionnel dans la définition réelle de ce qu'ils entendent par "plus d'intégration". Il rappelle également l'importance de l'écologie : "la croissance verte est le seul chemin de notre avenir". De nouveau, le flou domine. Borloo serait-il à la Droite ce que Hollande est à la Gauche ?

Ces voeux, qui n'en sont pas vraiment, soulignent implicitement les différences entre l'UDI et l'UMP, le parti de Jean-Louis Borloo se revendiquant comme une "force sereine et crédible", mais surtout indépendante. Le mot-clé de cette vidéo est "résister", inlassablement martelé. Il s'agirait de résister à la stratégie du bouc-émissaire comme à l'abandon des réalités économiques, mais aussi à l'abattement. Une attaque en règle de l'UMP et du FN (bouc-émissaire) ainsi que du gouvernement socialiste (abandon de l'économie). Nouvelle force politique construite sur de vieilles ruines, ce Milieu qui se voudrait Centre entend contester à Copé la reconquête du coeur des français.


François Bayrou
président du Mouvement Démocrate

Combien le passage entre Borloo et Bayrou est violent. Violent pour ce dernier, sans doute l'homme politique le plus respectable de ces dernières années. Un homme qui portait une belle conviction mais ne sut pas la servir correctement, la menant au désastre des élections de 2012. Si Borloo livre une vidéo particulièrement moderne, Bayrou doit se contenter d'un plan fixe mal filmé et d'un discours très vide.

Critiquant les "impasses" de la vie politique française, le leader centriste, depuis son désert, appelle à trois vertus : la lucidité, la volonté et l'unité. Une trinité qui pourrait nous séduire si elle n'était pas portée par un homme dont la principale réussite ces dernières années est d'avoir échoué alors qu'il avait sans doute raison sur de nombreux points. Isolé et plus affaibli que jamais, Bayrou ne dispose plus des moyens de jouer un rôle décisif. La qualité de ses voeux en témoigne.


Parti Communiste Français
fossile politique d'extrême-gauche

Publiée la semaine précédente, la vidéo du PCF est un réquisitoire au vitriol très efficace contre les renoncements de François Hollande. Les communistes enregistrent là un exercice de vigilance citoyenne acide où les rires ironiques ponctuent une longue liste de reculades et de promesses non tenues :
- Augmentation du budget de la culture ;
- Renégociations du traité européen ;
- Défense de la sécurité sociale ;
- Droit de vote des étrangers ;
- Critiquant Nicolas Sarkozy, on y voit le candidat Hollande dénoncer une "augmentation de la TVA injuste, inoportune, infondée et improvisée", alors même qu'il augmentera cette même taxe une fois au pouvoir ;
- Mise en place du scrutin proportionnel (les communistes critiquent la part absolument ridicule de proportionnelle introduit (10%)) ;
- "Mon véritable adversaire, il n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c'est le monde de la finance." ;
- Défense de l'industrie française.

Vidéo efficace, dont on ne doit pas oublier l'auteur, relique soviétique de la politique française, elle nous souhaite une "bonne année de luttes". Il ne faut pas attendre des partis extrémistes qu'ils concourent à l'apaisement de la vie politique, pourtant si nécessaire à la France.

Ces voeux ont été l'occasion d'un échange d'amabilités entre socialistes et communistes qui a permis à Jean-Luc Mélenchon de nous gratifier de la blague politique la plus drôle de cette fin d'année. En effet, avec un sérieux à tout épreuve, le tribun social-populiste a demandé à Harlem Désir d'arrêter ses "vociférations", critiquant "le ton arrogant et sectaire" du PS. Des vociférations arrogantes et sectaires : On dirait que Mélenchon se regarde dans le miroir ...


Nicolas Dupont-Aignan
président de Debout la République

Incontestablement, Nicolas Dupont-Aignan signe les voeux les plus catastrophistes et en cela les plus éloignés de ce qu'on attend naturellement d'un tel exercice. Le président de DLR nous adresse ses voeux depuis un Pôle Emploi, cadre qui se voudrait une rupture et qui se révèle plutôt lourde faute de goût. Fidèle à lui-même, il rappelle que la France affronte "la pire crise économique et sociale de son Histoire récente". Cependant, au milieu de cet esprit catastrophiste, il veut adresser un message de courage, et d'espérance, souhaitant que 2013 soit l'année de la "prise de conscience collective des origines de la crise", appelant à la mobilisation pour changer enfin de politique.

Changer enfin, car, toujours subtil et peu caricatural dans ses analyses, Nicolas Dupont-Aignan affirme que la France souffre de 30 ans de mauvaise politique, rien que cela. Un jugement un peu fort et très inepte du point de vue historique comme du point de vue politique. Plus pertinent, il dénonce le libre-échange déloyal et le renoncement financier induit par le vote continuel de budgets en déséquilibres. Beaucoup moins pertinent, et nettement plus populiste, il embraye sur la dénonciation d'une "Justice très laxiste qui se préoccupe plus des délinquants que des victimes". Une affirmation diffamatoire et pitoyable, une caricature insultante pour la Justice française, et encore plus pour les victimes. Enfin, il dénonce le renoncement à l'école publique, les valeurs d'effort et de mérite étant oubliées selon lui. On notera l'extraordinaire proximité avec le discours de Jean-François Copé.

Passant d'un style Copé à un style Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan fustige la fausse opposition entre le PS et l'UMP, deux partis soumis selon lui à la même "mondialisation sauvage". "Ces deux partis vont chercher leurs ordres à Bruxelles". Rien que cela ? Toujours dans la nuance la plus fine et l'analyse la plus délicieuse, loin de toute caricature et de tout raccourci, le discours de Nicolas Dupont-Aignan ressemble fâcheusement à une juxtaposition politicienne de slogans populistes.

Les solutions ? Favoriser l'investissement sur le territoire français et les grands projets au niveau européen (comme Airbus ou Ariane). Dans le domaine de la Justice, il nous promet la fin de l'impunité, et dans le domaine scolaire l'égalité des chances, et la réhabilitation de l'effort et du mérite. Autant de déclarations de principes floues, sans souffle ni intérêt.

Son projet ? Construire le "patriotisme républicain" qui consisterait à agir dans l'intérêt de la France tout en prônant la réconciliation des français. Un projet séduisant qui ne résiste pas à l'intransigeance vis-à-vis des dérives populistes du discours général.

Le président de DLR souhaite que 2013 soit "l'année du sursaut". Souhaitons-lui qu'elle le soit pour lui, une année du sursaut, car, enfermé dans une dérive populiste, mélange de Copé et de Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan ne pourrait que condamner à long terme le souverainisme français.


Dominique de Villepin
ancien Premier ministre

Cette année, déception : pas de vidéo de voeux pour Dominique de Villepin, cet homme politique de qualité, animé d'une conviction forte et nationale et armé d'un charisme certain, qui avait charmé tant de bonapartistes l'année dernière lors de sa candidature avortée à l'élection présidentielle. Loin du populisme et du côté amateur de Nicolas Dupont-Aignan, offrant un programme véritablement audacieux et inspiré d'un esprit nouveau, l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac était clairement le plus gaulliste et le plus bonapartiste des candidats putatifs à la magistrature suprême.

Dans son bref message de Noël, on retrouve les éléments qui font la force de sa parole. "La France sort épuisée d'une année de divisions, de querelles, d'esprit de parti et de promesses intenables." Rappelant les difficultés de notre pays, il affirme que "cela exige de nous que nous nous affranchissions de l'esprit partisan, du cynisme, de l'indifférence, de l'obsession du présent dans laquelle nous vivons." Un discours vrai, simple mais fort, éloigné de tout raccourci populiste.

Le 30 décembre, Jean-Pierre Grand, président de République solidaire, rendant hommage à la voix unique de Dominique de Villepin, confirmait que ce que le fondateur de ce parti avançait dans son message de Noël : il n'y aura pas de cotisations à RS pour l'année 2013.

République solidaire est mort. Dominique de Villepin n'est pas loin de l'être aussi.


Hervé Morin
président du Nouveau Centre

Le message le plus amateur. Devant un paysage typique et bucolique de sa Normandie natale, Hervé Morin, dont on se souvient pour sa tentative avortée de candidature autoproclamée du centre-droit lors de l'élection présidentielle, reste fidèle à sa tradition de guignol de la fin d'année.

Osant la parodie, il critique les voeux de François Hollande, Harlem Désir et François Bayrou. Après cet interlude "stand-up", il affirme vouloir "remettre la devise de la République sur ses pieds". Une devise dont il a une interprétation très personnelle ... Pour lui, la Liberté "c'est qu'on nous foute la paix", une vision un peu réductrice et guignolesque de ce bel idéal. Sur l'Egalité, il dénonce "l'égalitarisme des français". Seul la Fraternité a le droit à une défense un peu noble ("Fraternité d'hommes et de femmes unis pour porter un même projet pour leur Nation").

Message court et ahurissant, Hervé Morin devrait arrêter de vouloir "moderniser" le langage politique, il ne fait que le ridiculiser.

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