17 février 2013

Humeurs bonapartistes (semaines n°5, n°6 et n°7)



Après une petite pause de deux semaines, les humeurs bonapartistes hebdomadaires reviennent.

Semaines du 28 janvier au 17 février 2013
Benoit XVI, pape révolutionnaire au finish
Le Premier ministre tunisien Hamadi Jebali face au régime des partis.
Mariage gay : ce débat n'en finira-t-il donc jamais ?
Le rapport de la Cour des comptes montre l'indécence de certaines dépenses.
Municipale parisienne : beaucoup de bruit, et rien que du bruit.
Le perpétuel ajournement du non-cumul des mandats.



Evénement. Benoit XVI, pape révolutionnaire au finish

Le pape démissionne. Pour être plus exact en terme de vocabulaire, il serait plus convenable de dire que le pape renonce. En tout cas, Benoit XVI s'en va. Pape conservateur et attaché à la tradition, il s'inscrivait en cela dans la droite ligne de son prédécesseur Jean-Paul II qui n'avait rien d'un révolutionnaire, condamnant le port du préservatif ou tentant d'étouffer les affaires de pédophilie. La grande différence entre ces papes fut que là où le pontife polonais était un as de la communication, le pontife allemand se révéla grand intellectuel timide et réservé. Mais en soi, aucun des deux ne peut s'arroger la palme du plus conservateur.

Attaché à l'unité de l'Eglise, Benoit XVI mena des négociations avec les éléments les plus radicaux du catholicisme, mais avec la volonté de parvenir ainsi à leur faire accepter Vatican II : une diplomatie complexe, mal perçue du public, mais loin des fantasmes d'un pape réactionnaire.

Mais, quant à son départ, Benoit XVI se transforme soudain en pontife révolutionnaire. Et le mot n'est pas trop fort. En admettant qu'il n'est qu'un homme et qu'il peut être défaillant comme tout homme, Benoit XVI brise le dogme de l'infaillibilité pontificale, ce que peu de médias ont souligné. En renonçant car s'estimant faillible, Joseph Ratzinger montre bien que Benoit XVI était tout sauf infaillible.

Gardien de la Tradition, Benoit XVI s'en va en pulvérisant les bases mêmes du dogme d'une toute-puissance papale qui n'a plus sa place dans ce siècle. Conservateur assumé pendant huit années, Benoit XVI se sera révélé "révolutionnaire" au finish.

TunisieLe Premier ministre Hamadi Jebali face au régime des partis.

Face à l'assassinat du médiatique et populaire opposant Chokri Bélaïd, le Premier ministre tunisien a fait preuve d'un courage remarquable. Alors que depuis des mois, la crise s'étale à ciel ouvert dans la Tunisie post-révolutionnaire, que le peuple qui a renvoyé le dictateur Ben Ali montre chaque jour davantage sa méfiance vis-à-vis de la troïka au pouvoir (les trois partis associés pour gouverner) et plus encore vis-à-vis de sa composante majoritaire et islamiste, Ennahda, Hamadi Jebali a décidé d'utiliser sa position gouvernementale pour se placer au-dessus des partis et, face à l'incompétence des partis, enlisés dans la rédaction d'une constitution introuvable, redonner sa souveraineté au peuple.

Cette action doit être soutenue par les puissances occidentales. Hamadi Jebali incarne la ligne authentiquement modérée de l'islamisme tunisien, face à celle du président de son parti, plus radicale, Rached Gannouchi. Constitutionnellement légitime, Hamadi Jebali peut utiliser sa position pour construire une nouvelle coalition regroupant les islamistes modérés, les forces laïques et progressistes, rejetant dans un même mouvement le radicalisme islamiste et le radicalisme révolutionnaire.

Hamadi Jebali propose à la Tunisie un véritable effort de rassemblement national et progressiste qui, au-delà des divisions partisanes, se met au service du peuple tunisien et de la réussite de sa révolution.

On dirait presque du bonapartisme ...

SociétéMariage gay : ce débat n'en finira-t-il donc jamais ?

Ce débat ne cesse de rebondir, et de rebondir, et la France s'ennuie. Aujourd'hui, voilà qu'on nous annonce que les opposants, menés par leur incroyable égérie Frigide Barjot, ont déposé une demande de saisine du Conseil économique et social, "troisième assemblée" de la République, "représentative" des forces économiques. Cette demande de saisine est tout à fait constitutionnelle, mais est-elle nécessaire ?

Le peuple a voté en mai pour désigner un président de la République qui s'est engagé, par la proposition 31 de son programme, à faire voter ce texte. En juin, le peuple français lui a donné une majorité parlementaire pour gouverner. Et aujourd'hui, alors que ce débat s'éternise, on nous annonce qu'une assemblée uniquement consultative est saisie, on exhibe le chiffre de 700 000 signatures comme une immense victoire (ne sommes-nous pas 44 000 000 de citoyens électeurs ?), et pire que tout on annonce qu'il est tout à fait possible que le texte soit rejeté au Sénat, ce qui ne changerait rien puisque, après nouvelles lectures à l'Assemblée, celle-ci aurait le dernier mot.

Ceci nous montre une seule chose : la nullité profonde de nos institutions et le caractère tout à fait limite de leur légitimité. Dans une République où les institutions sont pleinement légitimes car pleinement représentatives, cette infâme instrumentalisation de la "rue", encore moins légitime que l'institution élue la moins légitime possible, cette instrumentalisation n'existerait pas. Ce débat est stérile, inutile, et montre les carences profondes de notre démocratie. De quel droit le Sénat, élu indirectement par des notables, refuserait un texte voté par l'Assemblée représentative de la volonté du peuple ?

Pour parer à ces carences, il nous faut un parlementarisme bonapartiste. Une Assemblée nationale élue au scrutin proportionnel à circonscription nationale avec prime majoritaire afin de permettre à toutes les forces de la Nation d'être représentées et d'empêcher tout remise en cause de la légitimité des lois votées. Désignation plébiscitaire du chef du gouvernement afin que celui-ci se place au-dessus des partis et transpose dans l'Assemblée en coalition politique une majorité populaire forgée dans le peuple réel. Enfin, création deux chambres basses : le Tribunat, qui représenterait le peuple dans ses territoires, et le Sénat, assemblée de sages nommés par l'Empereur.

L'autorité, la démocratie et la sagesse : les trois principes fondateurs de ce Parlement impérial. Et enfin, les activistes et les minorités de la rue perdraient leur pouvoir de nuire à la souveraineté intangible du peuple français.

SociétéLe rapport de la Cour des comptes montre l'indécence de certaines dépenses.

891 585 euros en 2010 pour que le président de la SNCF adresse ses voeux lors d'une soirée à ses éminents invités. Soit 2020 euros par invités, pour une seule et inutile soirée. L'équivalent de 794 SMIC en une seule et inutile soirée.

Séminaire annuel des managers de la même société. A Tanger, société pourtant française. Un total de 2 700 000 euros pour quatre jours. 1430 euros par personne et par jour. Dans l'absolu, ce qui signifie qu'en réalité le chiffre est plus élevé, 468 euros dépensés par minute.

Avant de parler au peuple français d'austérité et de rigueur, ne faudrait-il pas commencer par proposer une politique de décence ?

Politique. Municipale parisienne : beaucoup de bruit, et rien que du bruit.

Déjà des sondages. Et déjà des polémiques. Aucun programme, aucune proposition. Rien que des noms, mais pourtant les sondeurs sondent et les politiciens aboient. On crie sur le côté "dynastique" de la candidature d'Anne Hidalgo, et ? N'aurait-elle pas le droit de se présenter car elle a travaillé pour Paris pendant toutes ces années comme numéro n°2 ? Cette logique est ahurissante. De même, on crie sur le "parachutage" de Nathalie Kosciuzko-Morizet, et ? D'un côté, on ne peut se présenter car on appartient trop à Paris, et de l'autre on ne peut pas se présenter car on y appartient pas assez ...

Que d'aboiements ! Que de papiers gâchés à écrire des articles sans intérêts ! Que de temps d'antenne consacrés à du vide ! Que de paroles inutiles qui nous brisent les oreilles !

Mais par pitié, messieurs les politiques, mesdames les politiques, lorsque vous n'avez rien à dire, car simplement il n'y a rien à dire, ne dîtes rien ! Nous sommes en République, Paris est la capitale, Paris est la ville de tous les français, et tout français a le droit de se présenter à la première magistrature de sa capitale ! Et de surcroît, nous sommes dans une démocratie libre, si un citoyen ou une citoyenne veut porter un programme pour une ville ou un territoire, qu'on le laisse porter ce programme et ces idées, et ce sont ce programme et ces idées uniquement que nous pourrons discuter, attaquer, critiquer !

Mais cessez de parler quand il n'y a rien à dire. Cessez de parler du vide, ou vous, sondeurs, de sonder le néant ! Il reste plus d'un an avant ces élections, et personne ne connaît le programme de Mme Hidalgo ou de Mme Kosciuzko-Morizet ! Les sondeurs ne font que donner l'habitude aux français de réfléchir en termes de logiques partisanes et en termes de personnes, deux logiques de réflexion qui n'ont aucunement leur place dans une vraie démocratie, celle que nous appelons, nous, bonapartistes, de nos voeux : la démocratie nationale.

Alors, pitié, taisez-vous.

PolitiqueLe perpétuel ajournement du non-cumul des mandats.

Après tant de responsables de Gauche, parmi lesquels on peut citer le plus éminent d'entre eux, le président de l'Assemblée, Claude Bartolone, c'est au tour de Manuel Valls de se vêtir tout de noir pour participer à l'enterrement première catégorie du non-cumul des mandats. Une mesure cent fois promise par la Gauche, et cent fois trahie par la même Gauche.

Un symptôme évident de l'impuissance de nos institutions et la profonde couardise de nos dirigeants qui, élus par le peuple souverain, appuyés par le peuple souverain, ne font même pas ce pour quoi ils ont été nommés par ce peuple souverain. S'ils ne font pas ce qu'ils promettent, s'ils ne font pas ce qu'on leur demande, alors nous nous passerons d'eux.

A vouloir cumuler les mandats, ils les perdront tous !

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