28 février 2013

Les idées souverainistes triomphent. Pas les souverainistes.

Il existe une habitude chez certains militants et cadres de Debout la République qui consiste à agiter régulièrement des sondages en proclamant "Regardez, nous triomphons !" alors que si on se penche sur ceux-ci on en déduit facilement le contraire. Je me souviens ainsi d'un sondage exhibé quelques semaines avant le premier tour qui faisait état d'un potentiel électoral de 9%. Le sondage montrait là un maximum (indépassable, rien de glorieux donc) et, de surcroît, l'étude datait de septembre 2011.

On dira que je m'acharne sur Debout la République. En effet, et je revendique mon exigence critique et pointilleuse, simplement car je crois au souverainisme avec sincérité, et que le souverainisme n'est la propriété de personne. Il serait d'ailleurs absolument contradictoire d'être souverainiste et d'afficher un militantisme partisan intransigeant, d'obéir davantage à un parti ou à un homme qu'à une idée.

Aujourd'hui, l'étude mise en avant est une étude BVA concernant le désenchantement français vis-à-vis de la construction européenne, instrumentalisée comme un trophée. Permettez-moi d'en douter, et d'essayer de vous démontrer que ce sondage, au lieu d'être brandi avec fierté, devrait être caché, tant il montre le triste échec du souverainisme français en ce début de XXIe siècle.

Alors que le coeur des français leur ouvre un boulevard, les souverainistes empruntent une ruelle. Tandis que le souverainisme triomphe dans l'esprit du peuple français, les souverainistes échouent. Triste et curieux paradoxe.

Le sondage BVA publié le 22 février est cruel pour l'Europe et ses partisans les plus aveugles. 37% des français affirment que la construction européenne est pour eux une source de crainte. Et 75% condamnent l'inefficacité de l'Europe. Les cadres de Debout la République auront vite fait de proclamer que leurs idées triomphent ; le sondage est un peu plus intéressant qu'une simple condamnation de l'Europe.

En réalité, les français dénoncent-ils vraiment l'Europe dans ce sondage comme les militants et cadres de DLR le font eux-mêmes ? Aucunement. Si 37% voient en l'Europe une source de crainte, 38% la considèrent comme une source d'espoir, et quand bien même ce chiffre enregistre un net effondrement par rapport à celui de décembre 2011 (50%), ce n'est pas au profit de la crainte, qui n'enregistre qu'une hausse de cinq points par rapport au dernier sondage (32%). La majorité des "déçus de l'espoir européen" passent dans la catégorie intermédiaire, qui augmente de sept points par rapport à décembre 2011 : "Ni l'un ni l'autre / Ne se prononcent pas".

Comme j'avais déjà eu l'occasion de le dire à propos de la question du franc, il n'y a aucune forme de basculement quelconque mais une lassitude vis-à-vis des positions caricaturales et des propositions simplistes. Les deux camps demeurent quasiment à égalité parfaite (37% contre 38%), tandis qu'au milieu un nombre de plus en plus importants de citoyens s'extirpent de débats stériles pour adopter un vrai "désir d'alternative". Contre les passionnés du fédéralisme ou les monomaniaques angoissés de l'Europe, les français désirent principalement une troisième voie. Apaisant les craintes, comblant les espoirs. Le but de la politique n'est pas un bon score mais LE score : 100% ("j'ai retrouvé mon chiffre", disait Napoléon III).

On remarquera ainsi que dans la catégorie "Sans proximité partisane", la "crainte" vis-à-vis de l'Europe est majoritaire (55%), et c'est là le seul cas. L'alternative européenne possède bien une dimension de dépassement des clivages et des partis traditionnels. L'Europe est critiquée, mais les français n'en déduisent pas d'adhésion à un parti.

Selon un sondage OpinionWay - CEVIPOF datant de janvier 2013, 52% des français n'ont ni confiance dans la Gauche ni confiance dans la Droite. 68% des français pensent même que ces deux notions ne veulent plus rien dire.

Dans la même enquête, les français affirment à 63% que c'est en votant qu'on exerce le plus d'influence sur les décisions prises, tandis que "militer dans un parti" ne recueille que 9% de réponses à cette question.

Les partis sont donc clairement disqualifiés, tout comme la division Gauche / Droite, qui s'applique aussi, et avec quel malheur, au souverainisme, divisé (grossièrement) entre MRC et DLR (pour le souverainisme fréquentable), et entre Front de Gauche et Front National (pour ceux qui s'égarent). Dans cette enquête les français montrent un rejet particulièrement fort de la classe politique. Quand on leur demande ce qu'ils éprouvent en premier lieu à l'égard de la politique, ils répondent à 38% de la méfiance, à 26% du dégoût et à 12% de l'ennui. Seulement 6% osent le terme "espoir". Pire, le terme "respect" ne recueille rien de moins que 1%.

Cette démonstration me mène à une conclusion. Oui, les idéaux souverainistes se répandent en France. Mais cela ne date pas d'hier, rappelez-vous du 29 mai 2005. Oui, l'Europe actuelle est condamnée. Oui, les français désirent une autre Europe. Le désir est fort. Les français ouverts à cette alternative sont très nombreux. D'autant plus si cette offre se double d'un dépassement des clivages et d'une volonté de rassemblement. (Tout ceci ressemble affreusement à du bonapartisme !) Presque la moitié des français sont disponibles pour porter ce double mouvement. En effet, le souverainisme triomphe.

Mais cela signifie-t-il que les souverainistes triomphent eux aussi ? Au contraire. Rappelons tout de même que Nicolas Dupont-Aignan n'a obtenu que 1,74% des voix à la dernière présidentielle. Qu'il n'est pas testé par les instituts de sondage. Et que sa popularité stagne toujours autour de 10%.

On peut toujours se cacher derrière des excuses mais les faits sont têtus. Presque la moitié des français ont une attitude "souverainiste" (critique de l'Europe et des partis), mais le souverainisme n'existe pas politiquement. Entièrement récupéré par Marine Le Pen pensez-vous ? 81% des français, selon le sondage de TNS Soffres, n'adhèrent pas aux solutions de Marine Le Pen. Il y a donc bel et bien une immense partie de notre peuple touché par l'idéal souverainiste, mais pas par les partis souverainistes actuels, ni grâce à eux. Je suis tenté de dire davantage qu'ils adhèrent à cet idéal malgré les partis souverainistes actuels.

Il faudra un jour faire le choix de la lucidité et de l'exigence. Notre idéal est le bon. Notre idéal a un écho très puissant dans le peuple français. Et pourtant, nous sommes depuis deux décennies proches de l'inexistence politique. Une vigueur anti-européenne ridicule, une critique sans lendemain (c'est-à-dire sans véritable proposition), des propos populistes si ce n'est parfois tellement caricaturaux qu'ils semblent inconcevables, un ancrage trop à Droite souvent.

Le souverainisme "idéologique" triomphe. Le souverainisme politique se meurt. Cherchez l'erreur. Ce sondage que certains agitent à DLR montre une seule et unique chose pour moi : les français sont souverainistes, mais ils ne sont pas d'accord avec la forme actuelle que prend le souverainisme sur l'échiquier et dans le paysage politique français.

Sans rénovation, point de salut.

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