23 avril 2013

A-t-on jamais vu l'Empereur en campagne sans troupe ni stratégie ?

Bonaparte, Premier consul

Cet article répond à une interrogation assez récurrente dans les mails que vous m'envoyez. Cela concerne l'évolution de Renouveau Bonapartiste en mouvement politique à part entière. Au-delà de ma réticence personnelle à toute forme de structure partisane, les raisons pour lesquelles nous demeurons encore au stade de blog sont assez claires et me semblent tout à fait cohérentes. Il y a peu, j'exposais les raisons pour lesquelles, selon moi, il ne faut pas abandonner la référence claire au "bonapartisme" ou à l'Empereur, ainsi que le symbole de l'Aigle ; aujourd'hui, je voudrais exposer les raisons pour lesquelles, selon moi, le temps de la structuration politique ne serait que vaine précipitation.

Petit retour sur l'histoire, les engagements et la vocation de Renouveau Bonapartiste.

Ce blog est né le 21 décembre 2011 de l'humble et simple ambition de vouloir partager des opinions revendiquées comme bonapartistes avec le plus grand monde. Au-delà du partage d'avis sur l'actualité ou des sujets particuliers, RB avait pour but de poser quelques jalons de définition au bonapartisme, mouvement aux contours flous et dramatiquement abîmés par une histoire tissée de compromissions malheureuses. Réinscrire le bonapartisme dans le XXIe siècle fut mon premier travail, notamment à travers mon premier article, une première profession de foi bonapartiste.

Les premiers mois (plutôt confidentiels) furent jalonnés d'articles divers, défendant des idéaux propres au bonapartisme comme le recours au référendum, et commentant la joute présidentielle avec une seule exigence : l'exigence elle-même. C'est ainsi sans concessions qu'un article fut dédié aux composantes staliniennes du Front de Gauche ou un autre à blâmer la dérive populiste de Dupont-Aignan. Au-delà de ces articles consacrés à l'actualité, Renouveau Bonapartiste continuait son entreprise de "pédagogie bonapartiste" avec les dix commandements de notre mouvement ou la célébration du quinzième anniversaire de l'accession de Jean-Christophe Napoléon à la tête de la famille impériale.

A l'élection présidentielle, au premier tour nous avions pris position pour le vote blanc, et au second tour contre Nicolas Sarkozy.

Le 7 mai, la trajectoire de RB connut un important changement avec son adhésion à l'Union Bonapartiste, entité crée quatre jours auparavant. Désireux de prendre toute sa place dans la recomposition de notre famille et à sa renaissance dans le paysage politique français, cette adhésion faisait suite à un appel en faveur d'Assises de la Rénovation destinées à la fois à rassembler et à rénover le bonapartisme.

Nous avons assumé avec fidélité nos devoirs au sein de cette nouvelle confédération bonapartiste formée par France Bonapartiste, la Nouvelle Société du 10-Décembre, le Mouvement Bonapartiste et la Ligue Bonapartiste. Nous étions même en charge de la construction d'un bulletin régulier, baptisé "Unité", qui permettrait une meilleure circulation de nos idéaux communs. Favorables à un rapprochement d'instances trop nombreuses pour une population si réduite de militants, j'avais même proposé la création d'une entité plus forte, avec un processus lent ponctué de prises de paroles fortes afin de montrer la vigueur du bonapartisme et son unité.

Cependant, notre lecture approfondie du programme de France Bonapartiste nous sidéra. Et les rivalités personnelles dérisoires entre les membres de chaque "parti" achevèrent de nous décevoir. Voilà pourquoi, en réaction à la dérive quasi fasciste du bonapartisme sous la régence de FB, nous avons décidé de rompre nos liens avec l'Union Bonapartiste le 15 août 2012 (signant là l'article le plus populaire de ce blog, avec plus de 5000 lecteurs). Quelques semaines plus tard, nous publions "Le chemin de Sedan", une analyse approfondie d'un programme qui a été aujourd'hui retiré du site de FB mais qui demeure malgré tout ce qu'ils ont pensé pendant dix ans, et ce qu'ils penseront pendant dix autres années.

Dans cette querelle, j'ai reçu le soutien de nombreux bonapartistes indépendants, et même de quelques bonapartistes militants à FB, conscient de cette dérive morbide. A l'intérieur même de l'Union Bonapartiste, j'avais quelques alliés qui n'ont jamais tenu leurs engagements, n'assumant pas leur devoir à l'égard du bonapartisme.

Isolé, j'étais paradoxalement moins seul puisque rejoint par de nombreux bonapartistes désireux de participer au grand projet de la Rénovation. Ce sont eux qui m'encouragent régulièrement à transformer ce qui est un blog en véritable organisation politique et militante. Je m'y refuse, pour plusieurs raisons.

Le titre de cet article résume parfaitement ma pensée quant à cette question : a-t-on jamais vu l'Empereur en campagne sans troupe ni stratégie ? Aujourd'hui le bonapartisme est exsangue, osons-le : le bonapartisme est mort. Nous ne sommes encore que quelques poignées à croire en cet idéal. L'hypocrisie ne menant à rien, si ce n'est à l'aveuglement, reconnaissons que les bonapartistes sont ultra-minoritaires, quasi inexistant, dans la masse immense du peuple français.

Et pourtant nous nous payons encore le luxe de nous diviser en multiples chapelles ! Quatre partis (FB, MB, LB et NS10) pour quelques poignées de personnes dans toute la France ! Le bonapartisme ne sera jamais viable tant que chaque bonapartiste s'autoproclamera lui-même président de je-ne-sais-quel groupuscule.

Regardons le contre-exemple de France Bonapartiste : ce parti a fait le choix de l'organisation politique et militante. Est-ce le bon ? Son expérience m'incline encore davantage à répondre "Non !". En dix ans, l'audience du bonapartisme a-t-elle été élargie ? Les caricatures sur cet idéal ont elles été efficacement combattues ? Après dix ans de travail militant, le bonapartisme existe-t-il davantage ? Non, la réponse est sans appel : le bonapartisme n'existe pas plus aujourd'hui qu'il y a dix ans. Tout discours contraire est hypocrite ou aveugle.

Même sans tenir compte du programme fascisant qui était celui revendiqué par ce parti pendant toute une décennie, il faut se rendre à l'évidence qu'on ne mène pas la guerre de la même manière si on a une seule brigade sous ses ordres ou si on dispose d'une armée toute entière.

Nous ne sommes pas assez nombreux pour entrer dans la politique "réelle". Les troupes manquent. Il faut donc prendre patience et, pour acte de militantisme, diffuser le plus possible nos idées et notre idéal de rénovation, notre volonté d'ancrer de nouveau le bonapartisme dans une pleine modernité. Car ce qu'il nous manque aussi, c'est une stratégie, un programme politique défini et audacieux.

Avant de partir au combat, il nous faut rassembler et rénover le bonapartisme. Une fois cette étape achevée, seulement, nous pourrons construire un parti autour de nous. Je réitère donc mon appel en faveur d'Assises de la Rénovation du Bonapartisme où tous les sympathisants seront bienvenus. Ces Assises prendront sans doute la forme d'un "rassemblement virtuel" et non celle de véritables "assises physiques".

Renouveau Bonapartiste veut se donner le temps, car, à l'image d'un grand blessé, le bonapartisme a besoin de temps pour se reconstruire et retourner au front. Ce n'est pas en précipitant les choses et en revendiquant cinq ou six candidats bonapartistes (en réalité candidats DLR de surcroît) qui font entre 0,1% et 0,2% aux Législatives que la Cause avancera.

Notre première visée n'est pas achevée, et nous demeurons donc encore dans le temps de la pédagogie. Ce qui n'empêche pas une attitude militante ! Parlez de ce blog autour de vous, diffusez ces idées et ces articles, étendez son audience, et ainsi vous servirez pleinement notre Cause. Ne perdez pas votre temps dans des batailles perdues d'avance et sans intérêt pour le bonapartisme.

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