20 avril 2013

Le retour des cendres de Napoléon III : où, quand, comment ?

Photomontage représentant la famille impériale à Chislehurst

En ce deux-cent-cinquième anniversaire de la naissance de Napoléon III, cet article entend répondre à plusieurs interrogations que vous m'avez adressées afin de connaître ma position quant au retour des cendres de la famille impériale en France. 

Peu de français le savent mais tous les bonapartistes se le remémorent avec émotion : l'empereur Napoléon III, l'impératrice Eugénie et le Prince impérial, leur fils, reposent aujourd'hui encore dans la crypte de l'abbaye Saint-Michel de Farnborough, au sud-ouest de Londres. Alors qu'ils ont tant apporté à la France, ils ne jouissent même pas d'une dernière demeure digne d'eux sur le territoire de cette Nation qu'ils ont si brillamment servie.

Le retour des cendres est une évidence. Oui, mille fois oui, la dernière famille impériale régnante de notre pays doit revenir parmi son peuple. Aucun bonapartiste ne saurait défendre l'option contraire. Mais l'art politique est une pratique exigeante qui a soif de précision, et affirmer seulement le caractère nécessaire de leur retour est un peu sec. De nombreuses questions demeurent. 

Quand ? Pourquoi ? Où ?

L'empereur, l'impératrice et le prince impérial doivent revenir à la place qui est légitimement la leur, au milieu des français, mais pas à n'importe quel prix. Le retour de Napoléon III et de sa famille ne doit pas être un évènement instrumentalisé. Il doit se dérouler dans un attachement sincère aux souverains et plus encore à l'héritage que nous leur devons. Lors du retour des cendres de son oncle en 1840, Louis-Napoléon Bonaparte affirmait, dans L'idée napoléonienne, que "ce ne sont pas seulement les cendres mais les idées de l'Empereur qu'il faut ramener."

Essayons d'être fidèles à ce principe. Napoléon III n'est pas le seul souverain exilé reposant hors du territoire national. Charles X, renversé en 1830 par la révolution de Juillet, repose, aux côtés de son fils et de son petit-fils (le comte de Chambord), dans une ville slovène, Nova Gorica. Nous pourrions ramener le corps de ce roi sans nous poser beaucoup de questions. Il s'agirait de ramener à Saint-Denis le corps d'un chef d'Etat français qui, malgré ses lourdes erreurs, n'en demeure pas moins roi de France. Nulle intention de ramener avec sa dépouille ses idées réactionnaires.

Ramener Napoléon III en France ne peut pas être seulement un acte de "rapatriement" d'un chef d'Etat mort hors du territoire; Il ne s'agit pas de faire revenir simplement un chef d'Etat mais d'organiser le retour en France d'un de ces chefs les plus glorieux. Plus encore que son corps, c'est bien son âme qu'il faut faire revenir en France, et tel doit être notre première intention à nous, bonapartistes.

Pour vous en convaincre, je veux vous proposer un petit exercice de fiction politique. Imaginez, un instant, qu'un Bonaparte d'opérette comme Nicolas Sarkozy, en 2008, décide le retour des cendres de la famille impériale : la mémoire de l'empereur aurait été instrumentalisée, par le gouvernement mais plus encore par l'opposition, son héritage remis en question et son souvenir sali. Imaginez, encore un instant, que François Hollande, nouveau Louis-Philippe, demain, décide que Napoléon III doit revenir en France : accepteriez-vous que l'empereur revienne au milieu de son peuple entre deux rangées de socialistes et sous les crachas d'une opposition obnubilée par sa victoire aux municipales ?

Nous devons nous prémunir contre toue forme de récupération.

Le retour des cendres de Napoléon Ier le 15 décembre 1840
Le retour des cendres de l'empereur doit être un évènement véritablement national. Sa mémoire doit être unanimement acclamée, dans une exigence d'unité nationale enfin reconstruite. Pour cela, il faut, tout d'abord, réussir un travail de destruction de l'indécente et insultante légende noire qui continue de salir son héritage. Il faut aussi s'assurer que l'empereur revienne au milieu d'un peuple et d'une Nation dont il ne puisse pas avoir honte. Il faut s'assurer que l'empereur revienne dans une France acquise à ses idéaux.

Vous comprendrez peut-être qu'à la question "Quand ?", je veux répondre "Le jour où l'Empire sera rétabli, avec son cortège d'idéaux bonapartistes." Notre dernier empereur ne rentrera en France que sous le règne de son lointain successeur. Ce sera là un langage d'authenticité et de sincérité, ainsi qu'un moyen de s'assurer que le retour de l'empereur ne sera pas une cérémonie en mousse mais bel et bien un symbole fort, reliant le passé, le présent et l'avenir. "Pourquoi ?" Simplement parce que Napoléon III mérite une cérémonie digne de ce que nous lui devons.

Cette question tranchée, il faut désormais en aborder une qui est peut-être encore plus sujet à discussions : "où ?" Bien entendu, une réponse s'impose : à Paris. Mais où exactement dans la capitale ? Les lieux pourraient être nombreux.

Nous pourrions tout d'abord édifier un monument ex nihilo qui serait le mausolée construit au XXIe siècle d'un empereur du XIXe. Un monument entièrement neuf, incarnation de l'audace et du renouveau français, de la réconciliation populaire, qui pourrait parfaitement abriter les trois membres de la famille impériale. Où construirions-nous un tel monument ? Le champ des possibles est extrêmement vaste. Au milieu du Champ-de-mars ? Dans le jardin des Buttes-Chaumont (pour rappeler le souvenir de l'empereur urbaniste) ? Ou alors, avec une force symbolique beaucoup plus grande, sur l'emplacement de l'ancien palais des Tuileries ? On pourrait aussi envisager de lier ce mausolée à un symbole du modernisme impérial en l'aménageant en annexe d'une gare parisienne.

Les Invalides semblent s'imposer comme une option naturelle, le neveu rejoignant l'oncle, toute la famille Bonaparte se trouvant enfin réuni. L'idée est belle, avec une charge symbolique forte, mais je n'y suis pas très attaché pour plusieurs problèmes pratiques. Napoléon III ne risquerait-il pas de disparaître dans l'ombre immense de son oncle ? Comment réaménagerait-on l'église du Dôme ? Pourrait-on accepter que Napoléon III se trouve dans une chapelle latérale tandis que Napoléon Ier occupe le centre de l'édifice et Napoléon II une place d'honneur dans la crypte ? Une autre question se pose avec l'entrée aux Invalides de l'impératrice Eugénie : ne faudrait-il pas ramener dans ce cas aux Invalides les cendres des impératrices Joséphine et Marie-Louise ?

L'église Saint-Augustin (Paris, 8e)

Une dernière option est envisageable, avec l'église Saint-Augustin de Paris. C'est là que depuis longtemps on commémore la mémoire de l'empereur lors des messes anniversaires du 9 janvier. C'est là aussi que Napoléon III envisageait de fonder le "Saint-Denis impérial" avec l'établissement du mausolée des Bonaparte. Ne devrions-nous pas respecter cette volonté ? L'église Saint-Augustin est de surcroît un magnifique bijou du modernisme de l'Empire, consacré en 1868. Cette église se trouve de surcroît dans la perspective du boulevard Malsherbes, artère dont la construction a été décidée par Napoléon Ier en 1808 et réalisée par le baron Haussman sous le règne de Napoléon III. Le retour des cendres de la famille impériale dans l'église Saint-Augustin justifierait qu'on renomme ce boulevard, qui part de la place de la Madeleine (temple de la Grande Armée) jusqu'à la place de Wagram, du nom glorieux de "boulevard Napoléon III"

Inscrit dans la restauration de la dignité impériale en France, le retour des cendres de la famille impériale serait un évènement retentissant qui permettrait d'inaugurer le futur mausolée des souverains français, placé sous la haute protection de l'empereur, de l'impératrice et du prince impérial. Vous le comprenez, cette belle église du XIXe style roman byzantin, dont le parvis est orné d'une statue de Jeanne d'Arc, ce lieu que Napoléon III voulait comme ultime demeure pour lui et ses successeurs, tel est mon choix personnel pour répondre à la question "Où ?".

A vos questions sur le retour des cendres je veux maintenant répondre avec conviction. L'empereur Napoléon III reviendra en France quand ses idées auxquelles il tenait tant l'auront précédé au milieu de la Nation. L'empereur et sa famille reviendront en France lors d'une cérémonie digne d'eux, une cérémonie présidée par un nouvel empereur, qui transformera le boulevard Malesherbes en boulevard Napoléon III et l'église Saint-Augustin en sépulture de nos glorieux souverains.

2 commentaires:

  1. Indubitablement, il est évident, et très bien justifié, que le lieu fatidique pour conserver les cendres de l'Empereur et de l'Impératrice ne peut être que l'église Saint-Augustin.
    En revanche, je ne partage absolument pas le même avis d'attendre l'échéance convenable pour rapatrier lesdites cendres. En effet, si les cendres de l'Empereur et sa famille revenaient en notre territoir, l'impact médiatique ne permettrait il pas justement de relancer les idées bonapartistes? Ne serait-ce pas un tremplin idéal pour que le peuple s'attarde à redécouvrir le bonapartisme...........? A débattre......

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    1. Si ce retour est protégé de toute forme de récupération partisane ou politicienne quelconque, bien entendu, j'y suis favorable.

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