26 avril 2013

Un non-débat attristant révélateur de toutes les faiblesses de notre vieille Nation

Hémicycle de l'Assemblée nationale

Le débat sur l'ouverture du mariage aux couples de même sexe est terminé. L'Assemblée nationale a adopté le projet de loi. Enfin ! Cet épisode politique peut enfin se clore, et la France retourner vers le calme et le sens de l'unité nationale. Pour certains, l'adoption de ce texte est une victoire, pour d'autres un revers.

Au-delà des clivages et des partis, nous, bonapartistes, nous reconnaissons que ce non-débat est avant tout une défaite pour la France, au niveau national comme démocratique. Après ces heures interminables, "le mariage pour tous" est adopté au prix d'un divorce national effrayant.

Retour sur un non-débat, sa médiocrité et tout ce qu'il nous dit sur l'état lamentable dans laquelle notre Nation, notre République et notre Démocratie sont arrivées en ce début de XXIe siècle.

Ce qui apparaît comme le plus affligeant dans ces derniers mois, polarisés autour de l'ouverture du mariage aux homosexuels, c'est l'incapacité du peuple français à s'écouter lui-même. Non, et mille fois non, il n'y a pas eu de débat sur la question. Les injures, les invectives et les vociférations diverses ne font pas un débat. Les manifestations et contre-manifestations ne font pas un débat. Les slogans et les caricatures ne font pas un débat. Notre République mérite mieux. Notre démocratie exige mieux.

Jamais le camp des "anti" n'a vraiment écouté le camp des "pro", accusé de détruire la civilisation et d'amener à l'effondrement de la société, à la guerre civile. Rien que ça. Le sens de la mesure est une qualité perdue. Et de l'autre côté, le camp des "pro" n'a pas davantage tendu l'oreille à ce que disait le camp des "anti", taxé immédiatement, et irréversiblement, de rassembler tous les éléments réactionnaires et fascistes de la société.

Or, si on écoute les deux camps, dans l'apaisement, et avec une approche exigeante de la démocratie, on peut parvenir à une synthèse nationale qui se passerait de ce pis-aller ridicule qu'aurait été l'utilisation du référendum pour une question aussi banale.

D'un côté, celui des "pro", on ne peut qu'accepter l'ouverture du mariage, aucun argument des "anti" ne se tenant ici. Ceux qui refusent cette ouverture au nom de la religion violent ouvertement le principe laïque de notre République. Et quant aux autres, ceux qui, comme Nicolas Dupont-Aignan, demandent une "union civile" en tous points pareille au mariage, ils se moquent du monde. Si on accorde une "union" absolument identique au mariage, pourquoi ne pas accorder le mariage ? La proposition de "l'union civile" est une approche discriminatoire indigne. Le mariage est un contrat laïque. Il ne peut être refusé.

De l'autre côté, celui des "anti", lorsqu'on a balayé l'irrecevabilité des arguments contre l'ouverture du mariage, on arrive à la question de l'adoption, qui est le vrai problème de cette loi. Et si on écoute vraiment, au-delà des slogans et des caricatures, en dehors de ces manifestations, qui ne sont que puérilités politiques, quelqu'un comme Frigide Barjot, on découvre que ses revendications sont tout sauf radicales. Elle est d'accord sur l'ouverture du mariage, et même sur l'adoption, mais pas sur l'adoption plénière qui modifie la filiation naturelle, privant potentiellement l'enfant de connaître un de ses deux parents biologiques. Peut-on s'opposer à cela ? Absolument pas.

Si chaque camp avait pu s'écouter, il y aurait eu un débat. Et le débat aurait mené à une loi de rassemblement, plutôt qu'à cette "guerre civile" d'opérette, dont sont autant responsables les abrutis de Gauche que les abrutis de Droite. Et cette loi aurait été simple : ouverture du mariage, ouverture de l'adoption, mais mécanismes juridiques afin de conserver à l'enfant la possibilité de connaître son autre parent biologique, et transfert de l'autorité parentale vers le tiers adoptant, via un renforcement juridique du statut de beau-parent. Ainsi les homosexuels auraient eu satisfaction, pouvant se marier et adopter, le parent non-biologique obtenant l'autorité afférente à un parent, tout en respectant la "filiation naturelle", chère à une part non négligeable de la France.

Il y aurait eu avancée ET rassemblement. Au lieu de cela, la France a offert le spectacle unique de divisions partisanes et politiciennes détestables dont aucun pays n'a fait preuve lors d'un débat sur la même question. Et que dire des récupérations politiciennes ? L'instrumentalisation par la Droite est d'autant plus honteuse que ceci n'a mené qu'à la radicalisation, et de ce dialogue de sourds, de ces discours proférés par des sourds-et-muets, la France a sombré dans la pire des haines. L'unité nationale a volé en éclat, les blocages sont apparus insurmontables et le brouhaha de la rue est venu supplanter les échanges parlementaires, absolument stériles puisque voués à un affrontement idéologique et non à un véritable débat.

Combien de victimes collatérales ? D'homosexuels inquiétés ? D'homosexuels touchés au plus profond d'eux-mêmes ? Ce non-débat est une honte, une immense honte pour le prétendu pays des Droits de l'Homme que nous sommes censés être.

De surcroît, ce non-débat reprenant les clivages les plus stériles, aucun parti, aucune organisation, au moment du déferlement de haines homophobes, n'a eu le courage d'appeler à un rassemblement dépassant les divisions pour lutter contre cette homophobie meurtrière et inacceptable au XXIe siècle, de surcroît dans un pays comme le nôtre.

Ce jour est donc un jour de honte, non relativement au projet de loi, mais relativement au débat qui n'a pas eu lieu. Honte aux responsables politiques qui n'ont su que s'invectiver et non s'écouter. Honte aux responsables politiques qui n'ont voulu qu'instrumentaliser une situation à des fins bassement politiciennes. Honte à tous ceux qui n'ont pas eu le courage de dépasser leurs divisions pour lutter ensemble contre la haine la plus immonde.

La France est devenue non seulement le parent malade des économies occidentales, mais aujourd'hui on voit qu'elle est devenue le parent malade des démocraties du monde. Une Nation en proie aux clivages les plus destructeurs.

Si la France, si notre vieille Nation, c'est ça, ces manifestations de gens irresponsables, ces débats stériles, ces dialogues de sourds, alors oui, notre vieille Nation est morte, et notre démocratie en passe de l'être bientôt.

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