30 avril 2013

Union sans rénovation n'est que ruine de l'âme

"La Rue Montorgueil", Claude Monet

C'est la dernière solution miracle à la mode pour lutter contre les crises multiples qui assaillent notre pays, crise économique, crise sociale, crise politique et crise morale : l'union nationale, plus exactement un gouvernement d'union nationale. Selon un sondage IFOP pour le Journal du Dimanche, 78% se déclaraient favorables à cette option politique et institutionnelle, tous les camps politiques y adhérant majoritairement, selon des degrés divers.

Mais au-delà de l'effet d'annonce, au-delà du slogan et de l'intention bienveillante, au-delà des bons sentiments, que devrait-on faire en France pour faire triompher non pas seulement dans la forme mais également dans l'idée une authentique unité nationale ?

L'union nationale telle que désirée par une majorité des français actuellement rassemblerait, selon les résultats du sondage, tous les partis, à l'exception du Front de Gauche et du Front National, soit le PS, le MoDem, l'UMP, les Verts, l'UDI. Union nationale au rabais donc, avec près d'un tiers des français (selon les scores enregistrés à l'élection présidentielle) exclu de ce gouvernement.

De manière peu étonnante, l'option "Union nationale" fait davantage recette dans les partis aujourd'hui tenus à l'écart du gouvernement, comme l'UMP (à 89% favorable à l'idée), que dans les partis de gouvernement, comme le PS (à 66% favorable à l'idée). Une conviction ainsi fortement teintée d'opportunisme. Ce qui est plus étonnant, et presque paradoxale, ce sont les 79% de sympathisants FN qui se déclarent partisans d'une telle mesure. En effet, ne passent-ils pas leur temps à blâmer le supposé système UMPS, cette vieille rengaine fumeuse qui simplifie d'un trait trente ans de tourmentes politiques ?

Marine Le Pen a réagit en déclarant qu'elle formerait un tel gouvernement si elle accédait au pouvoir, tout en précisant bien qu'elle en exclurait le PS et l'UMP ... Un gouvernement d'union nationale sans la moitié de la Nation est on-ne-peut-plus paradoxal, et montre avec une force redoublée l'imposture du Front National.

Parce que le vrai problème est là : que signifie vraiment une union nationale ? Que signifie vraiment l'idée de réunir toutes les forces politiques de la Nation ? Que veulent vraiment les français ?

Les français y sont favorables à de fortes majorités mais, étrangement, lorsqu'on leur pose la question "Tel responsable politique devrait-il intégrer un tel gouvernement ?", ils ne donnent à ceux-là que des minorités numériques. Ainsi, celui que les médias autoproclament comme "plébiscité", François Bayrou ne reçoit que 47% d'opinions favorables à son entrée dans le gouvernement. Martine Aubry 37% et Claude Bartolone 29%.

Quel étrange constat que ce peuple français désireux de retrouver l'unité de la Nation face à la crise mais tout en demeurant frileux sur les responsables à intégrer à ce gouvernement. En réalité, il n'y a là rien d'étonnant. Car derrière ce gadget de l'union nationale, ce que les français désirent vraiment c'est la réconciliation nationale et populaire.

Et pour cela ils veulent balayer les principaux responsables des politiques des trente dernières années, car s'ils ne firent pas la même politique, quoique les extrêmes puissent dire, durant ces trois dernières décennies, les hommes et les femmes du PS et de l'UMP ont gouverné et le constat de leur échec est donc total. Il ne s'agit pas de balayer les partis et les forces réelles de la Nation, comme le propose l'apprentie sorcière Marine Le Pen, ou encore Jean-Luc Mélenchon. Il s'agit de les régénérer en portant à leurs têtes de nouvelles têtes, et en mettant en place de nouvelles institutions qui pourraient traduire le poids authentique de ces forces dans le paysage politique.

Aujourd'hui, les institutions sont viciées et les responsables irresponsables. Ce n'est pas avec l'actuel paysage politique qu'on pourrait bâtir un gouvernement d'union nationale. Ce n'est pas avec François Bayrou, qui fut ministre sous Balladur, avec Jean-François Copé, l'éternel arriviste, ou Martine Aubry, la dame des 35 heures. Les français veulent l'union nationale, mais aussi, et principalement, la rénovation nationale et, antérieurement à l'union, la réconciliation : une réconciliation fondée sur l'authenticité des rapports de force, le dialogue entre les courants politiques et le service intransigeant de l'intérêt général.

Rénovation, vérité et intérêt général : trois valeurs-forces qui se cachent derrière ce gadget de l'union nationale et qui ne peuvent être portés par aucun des irresponsables politiques actuels. Plus qu'un gouvernement d'union nationale, les français désirent de tout coeur un vaste gouvernement de rénovation patriotique. Et la rénovation patriotique, c'est le bonapartisme.

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