4 juin 2013

La Droite pourrie


L'opposition ne semble pas lui aller très bien au teint. Après dix années ininterrompues passées au pouvoir, le patient vit mal sa cure sur les bancs d'en face. Ces dernières semaines, au fil de l'actualité, et notamment autour de la question du mariage gay, la Droite dite républicaine a montré toute sa capacité à pourrir de l'intérieur.

De plus en plus radicalisée, de plus en plus caricaturale, de plus en plus offensive, la Droite a donné naissance à une forme nouvelle d'idéologie politique, plus que jamais ancrée dans le régime des partis, la manipulation des masses et la politique politicienne.

Utilisant un parallèle totalement bancal, et on-ne-peut-plus idiot, les admirateurs de ce "printemps français" l'ont comparé aux événements de mai 68, décrivant modestement un "mai 68 de Droite". Oubliant au passage combien mai 68 fut un désastre pour la Gauche. Et pour la France.

Par cette comparaison à mai 68, si on la prend avec un respect vertueux de la réalité historique, sans le vouloir, les meneurs de ce dérapage laissent apparaître la réalité immédiate de cette Droite nouvelle qui est à la Droite ce que le gauchisme est à la Gauche : une mascarade grotesque. Le droitisme est né. D'un virage de la Droite sur sa propre droite, dérapage amenant cette partie de l'échiquier politique directement dans un sordide cul-de-sac.

Cette nouvelle Droite renie tous les principes censés fonder cette moitié de notre paysage politique. Elle menace l'unité nationale. Elle bafoue les principes les plus élémentaires de la démocratie. Elle remplace le débat républicain par l'invective permanente.

Cette nouvelle Droite s'incarne dans quelques noms. Le président putschiste de l'UMP, Jean-François Copé, dont les méthodes d'arrivée au pouvoir sont à elles seules tout un programme. L'un des nombreux vice-présidents de ce parti, Guillaume Peltier, ancien du Front National. Et enfin, l'égérie de la réaction catholique, l'insupportable Mme Boutin.

Quelques faits pour étayer le caractère putréfié du mouvement qu'ils initient dans la société française. Tout d'abord, l'indignation républicaine de voir des gens continuer à appeler à manifester contre une loi votée par la Nation, et approuvée par elle dès le moment où elle a porté majoritairement ses voix sur François Hollande qui s'était engagé à la mettre en oeuvre. Indignation d'entendre Mme Boutin affirmer qu'il y a des lois supérieures à la loi de la République, brisant par là les bases mêmes de notre démocratie. Indignation de voir M. Peltier et ses alliés du "Printemps français" comparer cette mobilisation avec la Résistance à l'occupant nazi, M. Peltier allant jusqu'à citer Jeanne d'Arc. Indignation d'entendre le terme de "traître" appliqué à l'abstentionniste NKM ou encore à Alain Juppé qui se contentera d'appliquer la loi de la Nation dans sa mairie.

La caricature et le raccourci sont les armes principales de cette Droite nauséabonde. Ainsi, Guillaume Peltier ne rougit pas lorsqu'il annonce sans rire que le mariage est aussi ancien que la civilisation. Ne confond-t-il pas Civilisation et Occident ? Et Occident avec Chrétienté ? Et "chrétienté éternelle" avec "chrétienté" du second millénaire ? Cette capacité à asséner ainsi des vérités absolues qui ne sortent de nulle part, assénant des arguments révoltants, voilà les méthodes du droitisme.

Comment doit-on réagir à ces gens qui répètent partout qu'un enfant ne peut pas grandir correctement s'il n'a pas un papa et une maman ? Pensent-ils aux milliers d'orphelins ? Pensent-ils aux millions d'enfants élevés, et avec quel courage, par des mères ou des pères célibataires ? Deviennent-ils tous des délinquants ? Voulant défendre "sa" civilisation, le droitiste vit dans un monde figé, qu'il construit à coup de slogans réducteurs et d'insultes permanentes.

Mais le droitisme c'est aussi l'instrumentalisation de tout un arrière-fond référentiel. Je m'explique. Le meilleur de cette récupération bassement politicienne, à mes yeux, c'est la mise en avant d'un pseudo "gaullisme" pour dénoncer le système des primaires. Or, au-delà des mots, il n'y a aucune réalité qui fonde cette assertion. En effet, laisser les militants encartés d'un parti choisir le candidat à la présidentielle, est-ce plus gaulliste que laisser toute une partie du peuple s'en emparer, et construire ainsi bien avant l'élection un lien direct avec SON candidat ? Et c'est ainsi que ces partisans du droitisme invoquent l'héritage du Général de Gaulle pour défendre la conception d'une désignation partisane d'un candidat national. Honte.

Christine Boutin, Jean-François Copé, Guillaume Peltier, et le faux gaulliste Henri Guaino, tant de noms qui amènent la Droite républicaine à devenir chaque jour de moins en moins respectable. Heureusement, la primaire UMP pour l'élection municipale parisienne, tenue la semaine passée, et dont les résultats publiés hier sont sans appel, montre qu'il y a encore une force démocratique et républicaine qui vit dans les rangs de la Droite.

Tandis qu'à Gauche, le quinquennat de François Hollande verra l'affrontement entre le pragmatisme social-démocrate et l'hystérie néo-communiste, à Droite, ces quatre prochaines années verront s'affronter d'un côté la vraie Droite gaulliste, c'est-à-dire honnête, fondée sur des valeurs et un humanisme sincère, et de l'autre un droitisme outrancier, caricature des pires caricatures de la Droite, cadavre en putréfaction.

Ce que M. Copé appelle la Droite décomplexée ce n'est rien d'autre que cette Droite pourrie.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire