8 juillet 2013

Les primaires, une idée authentiquement gaulliste

Affiche pour la campagne référendaire de 1962

Certains, à l'UMP, aiment à le répéter sur tous les tons : l'institution de primaires pour désigner un candidat à l'élection présidentielle serait en rupture totale avec le gaullisme. Jean-François Copé suit cette ligne en affirmant qu'il préfère quant à lui "un rapport direct entre celui qui se présente à la présidence de la République et les français".

Selon Henri Guaino, les primaires "enferment le candidat aux présidentielles dans son camp". "C'est, on le veuille ou non, une trahison de l'esprit de la Ve République". Et pourtant, il n'est jamais trop bon de le répéter, affirmer quelque chose ne suffit pas à rendre ladite chose vraie : et ainsi, je tiens à exprimer mon désaccord le plus total avec les propos de messieurs Guaino et Copé qui instrumentalisent le gaullisme d'une manière absolument indigne.

Si le général de Gaulle avait la capacité de s'exprimer aujourd'hui, il fait peu de doutes qu'il soutiendrait la logique des primaires qui balayent les partis pour leur substituer l'expression souveraine de la volonté du peuple.


L'argumentaire des anti-primaires est absolument invraisemblable en réalité. Cette fumisterie relève du dogmatisme le plus absolu. En effet, quand on entend M. Guaino affirmer que les primaires enferment un candidat à la présidentielle dans son camp on aurait bien envie de rire si ce clown pathétique ne nous donnait pas déjà quotidiennement envie de pleurer sur la décadence de notre classe politique.

En 2007, Nicolas Sarkozy est ainsi désigné candidat lors d'un vote interne avec un score de dictateur africain (100%), sur un corps électoral restreint de 230 000 adversaires. Aujourd'hui, dans la bataille de Paris, l'UMP a tort d'attaquer une candidat socialiste élue sans opposition car c'est ainsi que fut désigné leur Grand Timonier. Nicolas Sarkozy était donc le candidat d'un camp, comme le fut Ségolène Royal la même année, désignée candidate lors d'une primaire interne avec un peu moins de 110 000 militants. On connaît le destin de sa campagne présidentielle.

De même, en 2012, le parti vert a désigné sa candidate lors d'une primaire interne, 25 000 militants désignant Eva Joly, à 58%, contre Nicolas Hulot. Pour un score final de 2,31% des voix, alors que M. Hulot était crédité parfois de 10% d'intentions de votes. Eva Joly était le candidat d'un camp, sectaire et gauchisant, tandis que Nicolas Hulot était le candidat d'un peuple et d'une idée.

L'affirmation des adversaires de la primaire est donc ahurissante. Elle l'est d'autant plus d'ailleurs qu'elle ne s'appuie sur aucune argumentation ; il ne s'agit que d'une pure incantation. Voilà où en est arrivé le gaullisme, aujourd'hui, une religion rituelle, dénuée de sens, vidée de ses idées, comme ses religions mortes où on accomplit des gestes et des paroles tout en trahissant à chaque instant dans sa façon d'être et de vivre le message originel.

A l'opposé de ces primaires claniques, on voit le succès écrasant de la primaire socialiste de 2011. François Hollande est désigné par un corps électoral de 2 600 000 électeurs, soit dix fois plus que Sarkozy en 2007. 7,10%  des votants du premier tour de l'élection présidentielle se déplacent pour élire le candidat de la Gauche. C'est un triomphe populaire, et une dynamique invincible s'enclenche, amenant un candidat désigné par le peuple à la magistrature suprême, et ce malgré la faiblesse de son programme.

La primaire est une méthode authentique pour mesurer le poids des différents courants politiques à l'intérieur d'une même famille politique. Lors de l'élection présidentielle de 2002, l'éparpillement des candidatures prive les français d'une véritable élection. Tous ces courants d'opinion auraient pu s'exprimer lors d'une primaire, s'affirmer et ainsi contribuer au programme global du candidat présidentiel. En faisant des scores minuscules, ils ne servent à rien, si ce n'est à produire un effet final désastreux.

Le mythe de l'homme providentiel doit prendre fin. La France est une Nation assez mûre pour se débarrasser de ce réflexe puéril. Les responsables politiques ne sont pas des demi-dieux mais rien de plus que des délégués du peuple. Ils doivent lire, comprendre et porter la volonté du peuple, l'animer et la faire s'exprimer. La primaire est un outil formidable pour cela. Lors de la primaire, le responsable politique doit faire céder ses réflexes bassement politiciens et tactiques face à un besoin stratégique de compréhension du peuple. Là réside la démocratie authentique.

La primaire, c'est l'expression du peuple, et c'est de cette expression franche que les politiciens d'aujourd'hui ont besoin. L'homme providentiel, arrivant de nul part avec un programme parfait, est une fumisterie. Il n'existe pas de lien naturel entre un homme et un peuple. C'est aux institutions de construire ce lien, de bâtir cette compréhension mutuelle. Ce maintien dans le délire de l'homme providentiel, qu'on croit à tort bonapartiste, a mené notre pays droit dans l'impuissance. Nous n'avons pas besoin de demi-dieux mais d'hommes responsables, capables de comprendre et d'assumer la volonté souveraine du peuple. C'est cela que nous voulons défendre dans notre projet institutionnel de gouvernement plébiscitaire. Et c'est pour cela que nous pensons que la primaire est une institution gaulliste.

A travers la primaire, c'est le peuple qui balaie les partis. Les militants d'un parti n'ont aucune légitimité à désigner le probable futur chef de la politique nationale. Ce droit n'appartient qu'au peuple, et c'est légitime, si ce n'est nécessaire, que le peuple reprenne ce droit à travers la généralisation des primaires.

Le gaullisme, c'est l'anéantissement sans concession du régime des partis. Aujourd'hui, ceux qui s'affirment gaullistes ne sont que des hommes de clan, les hommes d'un camp, ils sont les défenseurs acharnés d'une confiscation par les partis de la souveraineté populaire. C'est une honte. Le temps est venu de rendre le Peuple au Peuple !

Le raisonnement est simple. Qu'est-ce que le gaullisme ? La lutte contre le régime des partis. Qu'est-ce que l'institution des primaires ? Le dépassement des partis. La primaire est une idée gaulliste.

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