20 août 2013

[Hommage] Centième anniversaire de la mort d'Emile Ollivier

Emile Ollivier

Il y a cent ans, jour pour jour, un personnage peu connu de l'Histoire de France disparaissait. Peu connu, si ce n'est aujourd'hui totalement absent de la mémoire collective de son peuple, l'Homme joua pourtant au XIXe siècle un rôle primordial dans la politique de son pays, assurant enfin, avant la réussite dans ce domaine de la IIIe République, une parfaite réconciliation entre l'Ordre et la Liberté.

Cet homme s'appelle Emile Ollivier. Personnalité unique, il est le premier (et avant-dernier) chef de Cabinet, c'est-à-dire "Premier ministre", du Second Empire. Si l'Histoire en avait voulu autrement, si elle n'avait pas trébuché sur la rouerie diabolique de Bismarck, il occuperait aujourd'hui une place éclatante dans la mémoire collective des français, et il serait, aux côtés de son empereur, Napoléon III, un des plus grands hommes de notre Histoire.

Né en  1825, Emile Ollivier est nommé, en 1848, à vingt-trois ans, à la préfecture des Bouches-du-Rhône (sous le titre de "commissaire du gouvernement provisoire") par le ministre de l'Intérieur, Ledru-Rollin, après la révolution de Février. Muté par Cavaignac en Haute-Marne, il finit révoqué, pour ses opinions républicaines, dès janvier 1849, suite à la victoire du Parti de l'Ordre et de "son" candidat, Louis-Napoléon Bonaparte.

Dès l'origine, les deux hommes sont naturellement adversaires, si ce n'est même politiquement antinomiques.

Elu en 1857, parmi les "Cinq", c'est-à-dire les cinq députés républicains élus lors des élections législatives, opposant viscéral à l'Empire autoritaire, il s'affirme rapidement comme le "leader de l'opposition". Mais loin de l'opposition stérile et systématique dans laquelle 99% des hommes politiques des oppositions de toutes les époques s'enferment facilement, Emile Ollivier s'affirme comme un démocrate sincère, décidé à se rallier à l'Empire si l'Empire évolue vers le parlementarisme et la démocratie.

Réélu en 1863, il accepte d'être le rapporteur de la loi de 1864 instaurant le droit de grève. L'année suivante, il rencontre Napoléon III. En reconnaissant la dynastie impériale, il demeure cohérent avec sa politique pragmatique de démocratisation de la Nation française ; cette audace lui vaut immédiatement un fort rejet de la part de ses anciens collègues, républicains dogmatiques, ceux-là mêmes qui, en 1868 - 1870, par leur opposition à la loi Niel puis leur enthousiasme dans la guerre, joueront la ruine de la France avec le secret espoir du triomphe de la République ...

Sollicité pour entrer au gouvernement dès cette époque, il refuse. Toujours cohérent, il ne désire pas être une caution pour un régime autoritaire faussement libéral. S'il entre au gouvernement, c'est pour le diriger, et dans le cadre d'un Empire constitutionnel réellement démocratisé.

La consécration arrive fin décembre 1869. Dans la continuité des réformes libérales, promises implicitement dès 1852, annoncées dès la fin des années 1850 et graduellement mises en place dans les années 1860, l'empereur Napoléon III appelle Emile Ollivier à former un gouvernement représentatif de la majorité parlementaire du Corps législatif.

Le 2 janvier 1870, avec la nomination d'Emile Ollivier au poste de "chef de Cabinet", l'Empire entre dans l'ère démocratique. La date mériterait d'être un lieu essentiel de la mémoire bonapartiste, au même titre que celle du 8 mai 1870 où le peuple français, à une majorité écrasante de 82,70%, dans le cadre d'un plébiscite libre, valide les réformes libérales de Napoléon III et la politique de son "Premier ministre" officieux, Emile Ollivier.

La politique du gouvernement Ollivier est un réel succès. Il rompt avec les ruines de l'Empire autoritaire (il renvoie Haussmann) et se pose comme un rassembleur (il amnistie son ancien ministre de tutelle, et leader social-démocrate, Ledru-Rollin). Sa position politique est réellement bonapartiste : authentiquement au-dessus des partis, au centre réel de la vie politique française, c'est-à-dire au coeur de celle-ci, il rejette autant les républicains dogmatiques que les bonapartistes réactionnaires. En alliant républicains sincères, orléanistes ralliés et bonapartistes libéraux (c'est-à-dire louis-napoléoniens), il forme une grande alliance au service de la réussite patriotique de la France.

Le 7 avril 1870 il est élu, grâce notamment à l'appui d'Adolphe Thiers, à l'Académie française, irréductible foyer d'opposition à l'Empire désormais rallié. L'Empire est plus fort que jamais.

Puis l'Histoire trébucha. Le diabolique chancelier Bismarck manipule les passions françaises et, autour d'une broutille diplomatique, déclenche une guerre entre la France et la future Allemagne. La guerre est un désastre. L'empereur le sait. Il sait l'armée française mal préparée mais, affaibli par la maladie, il cède. Le piège se referme. Il est double : d'un côté, Bismarck joue la défaite de la France pour unifier l'Allemagne, et de l'autre les républicains, ayant saccagé la loi Niel et poussé à la guerre, espèrent un cataclysme militaire pour détruire, providentiellement, un régime désormais rendu invincible par la volonté souveraine du peuple, exprimée le 8 mai.

Emile Ollivier cède aussi aux passions populaires et il part à la guerre "le coeur léger". Son rôle aurait dû être de contrer le piège de la dépêche d'Ems et de ne pas laisser la France aller à une guerre perdue d'avance. Une rare erreur dans sa carrière, mais quelle erreur !

Il est renversé dans la foulée des premiers revers militaires, le 9 août 1870. Ses ennemis triomphent, avec d'un côté le retour en grâce des bonapartistes autoritaires et de l'autre le futur triomphe des républicains, faisant, soixante dix ans avant 1940, de la défaite de la Patrie une "divine surprise" pour leurs dogmes.

Nous connaissons la suite de l'Histoire, dont nous nous passerons du récit, toujours douloureux à une conscience bonapartiste. La guerre pulvérise une entreprise radicalement innovante dans l'Histoire de France et réellement unique dans celle-ci (seul Charles de Gaulle se tentera des décennies plus tard à une telle audace). Sans cette guerre, l'Empire aurait perduré de nombreuses décennies encore. Peut-être jusqu'à nos jours.

Et Emile Ollivier serait un symbole unanimement reconnu d'honnêteté politique, de rassemblement national et de réconciliation entre les deux principales valeurs chères au coeur des français, l'Ordre et la Liberté. Un grand homme. Cette place, il doit l'occuper dans la mémoire des bonapartistes. Réhabiliter Emile Ollivier c'est réhabiliter le grand projet démocratique et patriotique du grand Napoléon III.

Exilé, l'ancien chef de Cabinet de l'empereur échouera à se faire élire en 1876 et 1877. Le reste de son existence consistera à laver sa mémoire, salie par l'indigne propagande républicaine. Il publiera notamment sa grande oeuvre, en dix-sept volumes, l'Empire libéral, où il justifie sa politique, ainsi que celle de l'empereur.

Devenu doyen de l'Académie en 1906, il disparaît le 20 août 1913. Cent ans plus tard, sa mémoire peut entamer la reconquête d'un peuple qu'il a si bien servi.

1 commentaire:

  1. Merci pour cette page d'histoire nécessaire à notre culture bonapartiste. C'est grâce à ces connaissances que le bonapartisme pourra s'étendre au plus loin, et donc par la voie de l'Histoire que notre mouvement se fera connaître et admettre auprès de la population et des incrédules.
    Vive l'Empereur, vive le Bonapartisme.

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