3 septembre 2013

#Non à la guerre en Syrie : hier, l'idée aurait pu être bonne ; aujourd'hui, elle est profondément nuisible.

Drapeau syrien

La situation en Syrie est absolument dramatique. Près de 110 000 personnes ont perdu la vie depuis deux ans et demi. Ces citoyens morts sont les victimes de la folie de Bachar el-Assad mais aussi celles, collatérales, des lâchetés diverses de l'Occident.

Aujourd'hui, on nous propose une intervention nécessairement destinée à renverser le président syrien, nécessairement hors de l'ONU, et nécessairement objet aux plus pathétiques joutes politiciennes.

Ce que nous aurions voulu que cette intervention fût est tout différent.

La guerre civile syrienne a éclaté dans le sillage du printemps arabe de 2011. Au printemps 2011, Bachar el-Assad décide de répondre à l'indignation de son peuple par une répression sévère. Aujourd'hui, le président syrien se pose en défenseur de l'équilibre proche-oriental et en gardien de la région contre la déferlante islamiste. L'argument est repris dans les milieux nationalistes les plus pétréfiés, dans ces milieux qui vénèrent le dictateur néo-brejnevien Vladimir Poutine. Cet argument est un non-sens total. La crise actuelle en Syrie, la déferlante jihadiste et les menaces sur la sécurité du Proche-Orient, tous ces fléaux sont causés par une seule chose : la folie meurtrière de Bachar el-Assad. 

Pour autant, il n'appartient pas à l'Occident ou à quelque puissance extérieure à la Syrie de s'inviter dans les affaires intérieures d'une Nation souveraine. La chute de Bachar el-Assad est le devoir (et le droit) du peuple syrien soulevé. Cependant, il n'est pas interdit aux puissances occidentales d'encourager un parti. Nous savons que l'Iran soutient le régime syrien, tout comme la dictature russe. Pourquoi l'Occident ne pourrait-il pas soutenir l'opposition syrienne ? Non pas en se substituant à elle pour renverser le régime mais en l'aidant à parvenir à une résolution de la crise.

De surcroît, alors qu'aujourd'hui nous avons plus ou moins l'affreuse alternative entre la dictature d'el-Assad et une révolution jihadiste, il y a encore un an nous pouvions soutenir une opposition démocratique et libérale.

C'est à ce moment que l'Occident aurait dû s'investir. L'intervention aurait dû être entièrement différente des projets étudiés aujourd'hui, tous nuisibles à des degrés différents.

Les forces démocratiques occidentales auraient dû négocier avec les soutiens de Bachar el-Assad (la Russie et la Chine) un accord pour parvenir à voter une résolution de l'ONU. Une résolution qui n'aurait pas pris position en faveur d'un camp ou de l'autre mais afin de mettre un terme définitif aux effusions de sang. Une armée internationale serait venu s'interposer et la communauté internationale aurait permis aux partis en présence de négocier une sortie de crise. Les massacres auraient cessés et les négociations auraient pu commencer (sur le modèle de la "révolution" au Yémen qui vit le départ du président Saleh). De nombreuses vies auraient été épargnées.

La France aurait pu être, avec l'Europe, en première ligne dans cette manoeuvre internationale. Malheureusement, au moment où une telle décision aurait dû être prise, lors des massacres du printemps 2012, la France était noyée dans l'élection présidentielle, paralysée par des petitesses politiciennes. Petitesses politiciennes dont le temps actuel ne manque pas : comment François Hollande peut-il aujourd'hui se refuser à un vote du Parlement alors même qu'il réclamait une telle mesure en 2003 ? On peut être "pour" ou "contre" le vote de l'Assemblée sur cette intervention, mais on ne peut que s'indigner face à la bassesse politicienne du président Hollande et de sa majorité. L'opposition n'est pas non plus vertueuse : ayant refusé pendant des années tout vote sur une intervention extérieure, elle le réclame aujourd'hui. Honte.

Aujourd'hui, notre classe politique se divise honteusement, chacun retournant sa veste. Les Etats-Unis se détournent de l'intervention, et l'Occident s'apprête à abandonner le peuple syrien. Si une intervention parvient à se monter, elle ne résoudra rien. Elle consistera seulement à dire au dictateur syrien qu'il a le droit de massacrer son peuple mais non avec des armes chimiques. 

La situation est aujourd'hui ubuesque. Hier, avec du courage, la conscience des devoirs de notre Nation et une certaine idée de la solidarité internationale, nous aurions pu sauver le peuple syrien et amener à une résolution du conflit à, minimum, moyen terme. Malheureusement, de courage, de conscience et de vision nos (ir)responsables politiques en manquent cruellement.

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