17 octobre 2013

[Billet d'humeur] Montée du FN : quelques chiffres à rappeler à M. Copé

Jean-François Copé

Jean-François Copé a affirmé aujourd'hui lors de la pseudo-convention sur l'inventaire du quinquennat de Nicolas Sarkozy que le Président François Hollande faisait le jeu du FN. Il a notamment, au milieu d'une grande énumération, condamné l'idée de la représentation proportionnelle qui, pour lui, n'aurait d'autre but que de faire entrer le Front Nationale à l'Assemblée. Serait-il possible pour lui d'imaginer qu'il y a aussi des raisons de sincérité démocratique derrière la volonté d'adopter un scrutin vraiment représentatif ? Mais il est vrai que M. Copé ne connaît guère la démocratie. Et sans doute encore moins la sincérité.

Il affirme, ainsi, reprenant une vieille idée de la Droite que la Gauche est l'alliée du Front Nationale. Le PS parle d'un système UMP-FN. Le FN d'un système UMP-PS. L'UMP d'un système PS-FN. Et, tant qu'à faire, ajoutons que le Front de Gauche met dans le même sac PS-UMP-FN. Nos (ir)responsables politiques parviennent à descendre à un niveau que même la métaphore de la cour de maternelle ne parvient plus à exprimer.

Mais là n'est pas le plus insupportable dans les propos indignes du président de l'UMP. En effet, il affirme que c'est la Gauche, et seulement la Gauche, qui fait le lit du FN. Mais alors, comment explique-t-il ces résultats, ceux du Front National aux élections présidentielles de 2007 et 2012 ?

En 2007, Jean-Marie Le Pen rassemble 10,44% et 3 834 530 électeurs. Cinq ans plus tard, sa fille, Marine Le Pen réunit 17,90% et 6 421 426 électeurs autour de sa candidature, signant au passage le meilleur score de toute l'histoire de son parti (son père avait accédé au second tour en 2002 avec 16,86% des voix).

2007  - 2012 : le Front National conquiert 2,5 millions d'électeurs et grimpe de 6,46% dans l'électorat. Qui était Président de la République ? Etait-ce François Hollande ? Qui était président du groupe UMP au Parlement puis Secrétaire général du parti majoritaire ? Etait-ce Jean-Marc Ayrault ?

De 2007 à 2012, Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé étaient aux responsabilités, et le Front National a prospéré de manière historique. Alors que M. Copé cesse ses outrances : la montée du Front National, c'est aussi son échec, celle de son camp, et seule la réconciliation de toutes les énergies démocratiques de notre Nation, au-delà des clivages et des vieux partis, peut contrer ce péril.

2 commentaires:

  1. Bonsoir,

    Ne peut-on pas expliquer cette montée par le changement de candidat FN et l'effet "Marine" ?

    Le FN progresse aussi bien sous la gauche (cf période 97-2002 et 2012-2013) que sous la droite.

    Sachez que pour beaucoup de gens, le bonapartisme est un populisme comme le FN.

    Il serait intéressant de faire un billet traitant, selon vous, des différences entre ces deux courants de la droite nationale.

    Bien à vous

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    1. Le FN n'a pas progressé sous le gouvernement de Lionel Jospin. En 1995 il enregistre 4 600 000 voix. En 2002 il en rassemble 4 800 000. Le FN prospère sur l'effondrement des partis traditionnels. Quant à "l'effet Marine", de nouveau un chiffre suffit à dissiper cette idée : Jean-Marie Le Pen rassemble 5 200 000 voix en 2002 au second tour ; sa fille réunit sur sa candidature en 2012 un total de 6 400 000 électeurs. Or, les deux scores sont comparables, puisque dans les deux cas l'abstention atteignait 20%. En dix ans, elle a donc reconstitué le socle historique du FN. Et n'imaginez pas que la progression de 1 200 000 voix est une "montée" : en dix ans, la France a gagné 5 millions d'électeurs. Avec une force électorale représentant approximativement un cinquième des voix, il est arithmétiquement attendu qu'elle progresse d'un million.

      En bref, il faut arrêter d'écouter ce que disent les médias et regarder par soi-même aux sources de la vérité historique.

      Enfin, pour conclure, je dirais que pour beaucoup de gens le bonapartisme n'existe plus. Nous sommes dans une dynamique de reconstruction, et nombre de nos propositions différent du FN. Brièvement, nous sommes monarchistes, europhiles et opposés aux outrances extrémistes.

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