17 octobre 2013

Dupont-Aignan populaire ? Les approximations de "Debout la République"

Affiche de la campagne présidentielle

Hier, 16 octobre, le parti Debout la République s'est fendu d'un communiqué signé de ses deux vice-présidents, Jean-Pierre Gérard et François Morvan. Ils y attaquent Franz-Olivier Giesbert. Sur ce point, je ne peux pas leur donner tort : M. Giesbert ne faisant pas, dans ses prestations guignolesques à Des paroles et des actes, une excellente publicité à sa profession.

Mais ici s'achèvent mes points d'accord avec Debout la République. Très paradoxalement, dans une démonstration magistrale de la règle "Faîtes ce que je dis, pas ce que je fais", ce communiqué fait exactement ce qu'il reproche à F.O.G. : instrumentaliser un sondage. L'art d'utiliser des chiffres pour leur faire dire ce qu'ils ne disent pas.

Le communiqué affirme que Nicolas Dupont-Aignan connaît actuellement une hausse sensible de sa popularité, chiffres à l'appui. Reprenons ces derniers, revenons aux études convoquées, et voyons ce que les chiffres nous disent exactement.

Les études en questions sont d'une part le classement d'octobre 2013 des personnalités politiques, réalisé par YouGov, et d'autre part le tableau de bord politique Paris Match - Ifop du même mois.

Sur le premier, DLR  a raison : le sondage n'est pas infamant pour Nicolas Dupont-Aignan ... Il l'est pour la classe politique française toute entière ! En effet, dans ce classement des responsables politiques selon le pourcentage de bonnes opinions, nos (ir)responsables nationaux se démarquent surtout par la médiocrité marquée de leurs résultats. Une fois passés les scores de Valls (33%), Le Pen (27%), Sarkozy (27%) et Juppé (24%), on dégringole déjà sous la barre des 20% de bonnes opinions. 

Les affirmations de DLR selon lesquelles "Nicolas Dupont-Aignan est 12e du classement sur 50 personnalités" sont un peu biaisées. Elles ne sont pas fausses puisque tel est le cas dans le classement des différentiels bonnes / mauvaises opinions. Mais il est intellectuellement malhonnête de répondre ainsi, par une autre étude, à M. Giesbert qui évoque le classement des bonnes opinions. Dans celui-ci, Nicolas Dupont-Aignan est 18e sur 50, et il n'y a là rien de glorieux puisque parmi les 32 personnalités suivantes plus de la moitié (19) recueillent entre 10% et 7%. La distance entre eux n'est donc pas astronomique, et, encore une fois, dans son écrasante globalité, la classe politique jouit d'une opinion plus que médiocre auprès de ceux qu'elle doit représenter.

Passons à la seconde étude. Nettement plus intéressante. En effet, le communiqué affirme : "Hier le baromètre  Ifop / ParisMatch, qui est l'indice de référence de la vie politique, a publié son classement mensuel. Le Président de DLR enregistre la plus forte progression du classement et atteint pour la première fois la 29e place.

Je veux mettre sur le compte d'un manque d'attention cette dernière coquille, puisque la 29e place est occupée par Jean-François Copé.

Nicolas Dupont-Aignan est ici 31e, avec 39% de bonnes opinions, en hausse, il est vrai, de quatre points. Il passe ainsi du 43e au 31e rang, et la progression peut sembler importante. Mais peut-on affirmer pour autant qu'il enregistre la plus forte hausse du classement ?

Oui, mais la réalité est un peu plus complexe. Tout d'abord parce qu'il n'est pas seul à enregistrer cette "plus forte hausse" : il fait jeu égal avec Marine Le Pen qui elle, de la 36e à la 23e place, passe de 38% à 42% d'opinions positives. Si Nicolas Dupont-Aignan enregistre en effet la plus forte hausse, il n'est pas seul, et cela le communiqué de DLR oublie étonnamment de le mentionner.

De surcroît, il faut resituer l'étude dans le contexte général de l'opinion. Sur 47 personnalités (Gaudin, Estrosi et Collomb entrant dans le classement), seulement 5 enregistrent une hausse : Najat Valaud-Belkacem (+1), Valérie Pecresse (+3), Marine Le Pen (+4), Nicolas Dupont-Aignan (+4) et Nadine Morano (+2). Les autres chutent. C'est donc bien un mouvement général de recul et de perte de crédibilité de la classe politique dans l'opinion des français qu'il faut noter ; et ceci, tout comme dans l'étude YouGov, devrait tous nous inquiéter, au-delà de nos clivages et de nos intérêts partisans.

Enfin, en guise de conclusion, je poserais simplement la question : "Nicolas Dupont-Aignan fait-il vraiment, comme l'affirme son parti, une percée dans les sondages ?". Pour y répondre, il suffit de regarder les chiffres de sa côté de popularité.

Aujourd'hui il a atteint 39% d'opinions positives, mais en juillet il en obtenait 40%. De même, en mars, avril et mai dernier il était déjà à son niveau actuel de 39%. Quant à son rang dans le classement, mis en exergue par le communiqué de Debout la République (qui ne précise même pas le score brut d'ailleurs), est-il vraiment déterminant ? Absolument pas. Et toute personne qui a déjà eu à faire partie d'un classement sait que des facteurs extérieurs entrent dans sa composition, si bien que la valeur brut d'un résultat peut mener à un "mauvais" classement. Quand il obtenait, en juillet, 40% de bonnes opinions (son meilleur score depuis que l'Ifop mesure sa popularité (en janvier 2013)), Nicolas Dupont-Aignan était à la 39e place du classement, alors même qu'en février, à son plus bas niveau (34%), il figurait au 37e rang.

Fait-il une percée dans les sondages ? Apparemment, il s'agirait plutôt d'une stagnation, ce qui est globalement le cas de nos hommes et femmes politiques. Il recueillait 38% d'opinions positives il y a dix mois, il en recueille aujourd'hui 39%. Hausse enregistrée : +1%. 

Plutôt que de faire comme tout le monde et de mener exactement les mêmes tactiques tristement politiciennes que les vieux partis du vieux système, Debout la République ferait mieux de s'interroger sur la réalité extrêmement sévère que peignent, incontestablement, ces deux études. Ce que celles-ci montrent ce n'est pas le tableau d'une ascension irrésistible de M. Dupont-Aignan mais le tableau d'un peuple français désabusé qui n'a qu'une médiocre opinion de ceux qui le dirigent. Et ce n'est pas avec des montages numériques approximatifs qu'on changera cette calamiteuse situation.

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