1 juin 2014

"Polémique" du 14 juillet : les relents d'un nationalisme nauséabond

Défilé du 14 juillet

Depuis quelques jours, lancée par un article du site sulfureux Boulevard Voltaire et reprise par une pétition initiée par France Bonapartiste, une campagne s'attaque aux volontés commémoratives du 14 juillet prochain.

En effet, lors de la prochaine fête nationale, et afin de fêter le centième anniversaire de la première guerre mondiale, la France a invité 72 pays belligérants de ce conflit à défiler sur la plus belle avenue du monde. Pour les acteurs de cette campagne de protestation, il est insupportable d'y inviter des soldats algériens et vietnamiens.

Une campagne aux relents de nostalgie coloniale qui nous rappelle (opportunément) qu'il existe encore à combattre dans notre pays un nationalisme nauséabond prêt aux plus basses polémiques.

Pour France Bonapartiste, ces invitations seraient une joue tendue "aux tenants de la repentance et de la communautarisation". Pour l'article de Boulevard Voltaire, la ligne est encore plus radicale : les armées d'Algérie et du Vietnam seraient à la France ce qu'Al-Qaïda peut être pour les Etats-Unis aujourd'hui ...

Pour le parti nationaliste France Bonapartiste il ne s'agit de rien de moins que d'une "tentative d'abaisser et de ridiculiser notre Nation et son Histoire".

L'instrumentalisation de l'Histoire est toujours une chose grave. Surtout quand elle est intellectuellement malhonnête.

Ainsi il ne faudrait pas inviter les armées d'Algérie et du Vietnam, alors même que des algériens et des vietnamiens sont morts durant le premier conflit mondial, parce que des soldats français sont morts face aux armées algériennes et vietnamiennes quand celles-ci se sont battues (avec les moyens regrettables de la guerre) pour la liberté des leurs Nations.

N'est-il pas temps d'en finir avec la mémoire blessée de ces guerres ? Sauf à croire que l'Algérie et l'Indochine auraient dû demeurer françaises, comment peut-on condamner si durement les troupes algériennes et vietnamiennes d'aujourd'hui pour une lutte sanglante vieille de cinq ou six décennies ?

Aucun soldat défilant sur les Champs-Elysées le 14 juillet prochain n'aura combattu l'armée française. Ils ne seront là que pour représenter dignement ceux qui sont morts, il y a un siècle, pour la liberté, non de leur pays, toujours placés sous le joug colonial, mais du nôtre.

Dans ce cas, s'il fallait appliquer la logique ahurissante de cette campagne polémique nauséabonde, pourquoi inviter l'armée allemande ? Si un conflit nous a opposé aux algériens il y a cinq décennies, il n'y a que sept décennies entre nous et un conflit autrement plus violent qui nous a opposé à nos voisins allemands.

Et puis pourquoi pas jeter l'opprobre sur l'armée espagnole en nous souvenant de la guerre sanglante qui nous a opposé à eux entre 1808 et 1814 ? Et quant à l'Allemagne, ne devrait-elle pas refuser tout contact avec l'armée française au simple souvenir des destructions causées par Louis XIV dans le Palatinat ?

A prolonger la logique de cette campagne, au nom du respect des pertes militaires passées, nous ne devrions avoir de relations avec l'armée d'aucun autre pays !

Cette polémique ridicule serait "amusante" si elle ne révélait pas la persistance en France d'un nationalisme nauséabond capable d'agir encore aujourd'hui, en 2014, sur un fond de musique coloniale.

L'armée, et l'Histoire napoléonienne nous l'enseigne avec force, c'est la Nation. "L'armée, c'est la Nation" est d'ailleurs une citation présumée de l'Empereur.

Ainsi, l'armée algérienne, c'est la Nation algérienne, avec ses grandeurs, ses malheurs, ses gloires et ses bassesses, tout comme la Nation française a les siennes. De même pour l'armée vietnamienne.

Refuser d'inviter les armées de ces deux pays c'est jeter à la face de ces Nations libres un camouflet particulièrement insultant. A ces insultes, préférons le symbole de la réconciliation (idéal si cher au bonapartisme !) et le fait que la violence dramatique des guerres, les déchirures qu'elles impliquent, dans les vies individuelles autant que dans celles des Nations, que ces tragédies appartiennent aujourd'hui au passé.

Il ne s'agit pas d'un affront mais d'un honneur pour notre mémoire collective autant que pour notre avenir commun.

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