19 juin 2014

Viva el Rey ! Viva España !

Sa Majesté le roi Philippe VI d'Espagne

Depuis cette nuit, l'Espagne a un nouveau roi en la personne de Philippe VI. Brillant et sérieux, l'ancien prince des Asturies, âgé de 46 ans, incarne l'avenir et de l'institution monarchique en Espagne et de l'Espagne toute entière.

L'abdication de son père, le roi Juan-Carlos, n'a pas été sans provoquer quelques remous. Les forces républicaines se sont réveillées et elles se sont montrées, réclamant un plébiscite sur la nature du régime espagnol. Si cette demande semblait, selon les sondages, majoritairement acceptée par les espagnols, très paradoxalement la réponse apportée à une telle occasion aurait été, toujours selon les sondages, une validation de la monarchie bourbonienne.

L'avènement de ce fils de Saint-Louis et Louis XIV (Philippe VI est quatrième dans l'ordre de succession légitimiste au trône de France) nous permet de nouveau d'attirer l'attention sur les qualités incontestables de l'institution dynastique tout en apportant des réponses claires à ses détracteurs.

Prioritairement, il faut balayer les attaques ignobles, tant du point de vue de l'Histoire que de la simple honnêteté intellectuelle, qui visent le roi Juan Carlos pour mieux toucher la Couronne espagnole. Juan Carlos ne serait que le successeur du dictateur Franco, sa légitimité ne reposant que sur l'héritage d'une dictature irrévocablement condamnable. Les républicains qui professent de telles contre-vérités feraient bien de se taire ...

Certes,  Juan Carlos de Bourbon est devenu roi en succédant au Caudillo, après la mort de ce dernier, en novembre 1975. Mais a-t-il jamais été un roi franquiste ? Un an après son intronisation, il adopte une loi de réforme politique, qu'il fait de surcroît adopter par le peuple espagnol via référendum, afin que puissent se tenir dès 1977 des élections libres. La voie vers une nouvelle Constitution démocratique est ouverte. Elle sera close le 6 décembre 1978 par un nouveau vote du peuple espagnol, acceptant cette nouvelle loi fondamentale avec 88% de "Oui". Un procès en fascisme d'un homme viscéralement attaché à la souveraineté réelle du Peuple qui rappelle celui que tant de personnes ont voulu, sans succès, heureusement, intenter au Général de Gaulle.

Inutile de rappeler qu'en février 1981, enfin, le roi Juan Carlos balaye avec une autorité incomparable une tentative de putsch franquiste mené contre le Congrès des Députés.

Les qualités historiques de Juan Carlos ne minorent en aucune façon la gravité des scandales qui ébranlent la monarchie espagnole depuis plusieurs années, que ce soit ce malencontreux (et ridicule) safari au Botswana ou encore cette gravissime affaire de détournement d'argent public mettant en cause sa fille et son gendre. Considérant ces événements tragiques, l'avènement de Philippe VI est une bouffée d'oxygène.

Mais la monarchie n'est pas, n'en déplaise à ses détracteurs, une institution du passé, tant dans sa structure que dans son intérêt. La monarchie est certes un héritage, et un héritage précieux, mais c'est aussi une force vive pour l'avenir. La monarchie n'est pas un fossile d'une époque révolue mais un héritage vivant. En dehors de la défense par le passé, la monarchie peut se défendre en appartenant pleinement au présent. Et l'Espagne offre pour cela des exemples saisissants.

En premier lieu, Philippe VI, tout comme l'était son père, Juan Carlos, est le garant de l'unité de l'Espagne. Si demain la monarchie venait à s'effondrer et une troisième république espagnole à être proclamée, il fait peu de doutes que l'élection à la présidence de ce nouveau régime serait un casse-tête indissoluble. La famille royale d'Espagne est espagnole, elle n'appartient à aucune province. Une spécificité dont nul politicien ne peut jouir. De surcroît, les tensions inhérentes aux élections, et encore plus aux élections présidentielles, qu'elles soient directes ou indirectes, mèneraient inévitablement à l'aggravation des forces centrifuges en Espagne. D'un pays monarchique et uni on passerait à une république morcelée et menacée par les indépendances basques et catalanes ou encore les particularismes galiciens ou andalous. Si on désire conserver une Espagne unie, seule une Espagne monarchique est possible.

A l'international, la monarchie montre ses atouts les plus scintillants. Le roi d'Espagne est un effet un gage d'efficacité et de qualité dans les rapports avec les territoires culturellement proches (pour ne pas dire "les anciennes colonies"). En France, le moindre mot prononcé par un président sur l'Afrique ou en Afrique vire quasiment toujours au drame. A chaque intervention, à chaque pas, à chaque parole, la France est accusée de colonialisme et de Françafrique. La culture francophone en Afrique recule, notre aura également. L'Espagne n'a pas ce problème, et la clé de voûte de ce système c'est le roi. Il incarne une Espagne culturelle et pacifique, il demeure pour le monde hispanophone une référence. Le roi d'Espagne est tout sauf l'émanation d'une puissance prédatrice, c'est un symbole, historique et culturel, ce qu'aucun président ne pourra jamais devenir.

Le roi est aidé dans cette mission par sa fonction même, par son héritage et aussi par la spécificité de son mandat : tout au long de son règne, et même avant, en tant que prince ou prince héritier, et à travers sa famille toute entière, le roi se forme et surtout rencontre, aussi bien les responsables politiques du moment que les peuples de toujours. En France, un monarque serait ainsi le gage d'une relation plus apaisée avec les territoires francophones, comme cela peut l'être pour l'Angleterre ou l'Espagne avec les territoires respectivement anglophones et hispanophones.

La monarchie est ainsi une institution pleinement positive, structurée par le rassemblement et la joie autant que la gravité et la splendeur. A travers la monarchie, c'est tout un peuple qui vit et qui vibre. Grâce à la monarchie, et à travers elle, le monde tout entier découvre un pays, une culture, là où la république n'est qu'un monstre froid et désincarné, sans personnalité, si ce n'est politicienne.

La monarchie rassemble les peuples autour d'événements positifs. En France, et cela est triste à admettre, la république ne sait nous rassembler que dans le deuil, qu'il s'agisse de grandes personnalités, de responsables en activité ou de nos vaillants soldats. Seul le souffle de la mort fait taire nos divisions pour nous unir autour de nos symboles et de nos institutions. Et encore, quand on se souvient des sifflets du 11 novembre 2013, on n'est plus forcément sûr de cela ... La monarchie est un système totalement différent qui rassemble autour de joies partagées : naissances, mariages, avènements. Joie réellement partagée : en France, nous connaissons de fastueuses cérémonies de passations de pouvoirs, mais pouvons-nous imaginer que cela réjouisse autant les vaincus que les vainqueurs de la veille ? Nullement. En Espagne, électeurs du PSOE comme du PP acclament Philippe VI.

Se tenir dans la joie et le rassemblement loin de l'hystérie électorale permanente qui paralyse et affaiblit notre Nation, tel est peut-être le principal (et le plus grand) bienfait que la monarchie puisse apporter. Nous parlions quelques paragraphes plus haut de la dimension territoriale de l'unité garantie par la Couronne : il y a aussi une unité humaine. Cette mission de réconciliation assurée par la monarchie est sans doute plus admirable encore au sein des Assemblées politiques. Tandis qu'en France, nos chambres ne se distinguent que par l'ambiance "cour de récrée" qui y règne, au milieu de divisions partisanes stériles, on a pu voir, il y a quelques semaines en Angleterre à l'ouverture du Parlement, ou aujourd'hui en Espagne avec Philippe VI, une représentation réellement nationale, faisant taire ses divisions pour mettre en avant une réalité simple : l'unité d'un peuple. En somme, des représentants assumant, grâce à la monarchie, leur mission de représentation.

Cette discipline appliquée tant aux territoires qu'aux représentants se retrouve aussi dans le rapport à la Nation toute entière. Dans les pays monarchiques, le rapport à la Nation dans sa dimension symbolique comme affective est nettement plus disciplinée et plus sacrée, notamment grâce à la présence (pacifique) de l'élément militaire. La présence massive aujourd'hui à Madrid du drapeau rouge et or ou de l'hymne national (la Marcha Real) était frappante. De même le respect discipliné exprimé par le roi devant ses forces armées et son drapeau. La communauté nationale étant structurée par une somme merveilleuse de rituels simples mais essentiels, la monarchie s'affirme comme l'institution la plus naturellement nationale qui puisse être.

A rappeler ainsi toutes les qualités de l'institution monarchique, on est frappé par tout ce qu'il y a d'affectif dans ce régime, dans le rapport à l'unité, à la démocratie et aux autres cultures. Une dimension véhiculée par des femmes et des hommes à la fois merveilleusement éloignés de par la nature de leur fonction et merveilleusement proches de par l'horizon de leur mission. Certes, le peuple "choisit" (et encore, il faudrait y apporter de lourdes nuances) son président, et il le choisit en son sein (encore bien des nuances à apporter), mais en est-il pour autant proche ? D'un simple regard porté sur les différents pays européens, on voit bien que les britanniques sont plus proches d'Elizabeth II, les hollandais de Willem-Alexander et les espagnols de Philippe VI que les français de François Hollande, Nicolas Sarkozy ou Jacques Chirac.

La République est une chose abstraite, sans consistance ni incarnation. Elle n'existe que sur les papiers officiels et dans des formules prononcées sans émotion. La monarchie est elle un système structuré autour d'une famille, avec tout ce que cela apporte de chaleur et d'affection. La monarchie est une institution concrète.

Paradoxalement, elle permet d'ailleurs d'appliquer parfois plus efficacement des idéaux martelés sans cesse par des Républiques impuissantes à les mettre en oeuvre. Sur le plan du renouvellement des générations tout d'abord, avec des princes héritiers qui, à leur avènement, redonnent de l'oxygène à la succession générationnelle et un peu de jeunesse à la tête de l'Etat. En France, François Hollande va fêter prochainement ses 60 ans. François Mitterrand et Jacques Chirac ont accédé à la magistrature suprême respectivement à 65 et 63 ans. Seuls Nicolas Sarkozy et surtout Valéry Giscard d'Estaing font figures d'exception avec 52 et 48 ans. Des records qui paraissent exceptionnels pour la République français.

En Belgique, Philippe a accédé au trône à 53 ans, âge relativement proche des "records" français. Ailleurs, l'âge baisse très rapidement : Willem-Alexander des Pays-Bas et Philippe VI d'Espagne montèrent sur le trône tous deux à 46 ans. De même, si la reine Margrethe II du Danemark (74 ans) abdiquait demain, son fils, Frederik, deviendrait roi à 46 ans. Légèrement plus vieux à son avènement, Albert II de Monaco a succédé au prince Rainier à 47 ans. En Norvège, le retrait du roi Harald V (77 ans) amènerait demain à la tête du pays un nouveau roi, "Haakon VIII", âgé de 41 ans. Enfin en Suède, si, au terme de quatre décennies de règne, le roi Charles XVI Gustave prenait la décision de passer la main, la très populaire princesse Victoria ceindrait la couronne des Bernadotte à seulement 37 ans ! Ainsi, avec cette magie qui lui est propre, la monarchie est à la fois une institution plus jeune et plus vieille. Elle donne sa prime à l'audace de la jeunesse tout autant qu'à la sagesse d'un âge avancé. Les souverains embrassent relativement jeunes les responsabilités suprêmes, et cela deviendra d'autant plus vrai si à l'avenir la pratique de l'abdication après deux ou trois décennies sur le trône se généralise. Quand ils vieillissent, apportant à la Nation leur part de sagesse acquise par l'expérience, les monarques sont alors secondés (et soutenus) par leurs enfants et successeurs. L'Espagne nous en montre hier et aujourd'hui l'exemple parfait.

Le dernier idéal "républicain" si formidablement servi par la monarchie c'est la parité. Depuis l'abolition générale en Europe des lois saliques ou de préférence masculine, la voie est pleinement ouverte au règne de reines souveraines. Alors que dans les assemblées politiques ou à la tête des Républiques tout autour du monde, les femmes ont bien du mal à se faire une place au milieu d'un paysage de costumes-cravates glacés, la monarchie met en avant nombre de femmes exemplaires. Cet après-midi, ainsi, aux Cortes, une standing ovation particulièrement émouvante est venu saluer le rôle fondamental de la reine Sofia, tandis que Philippe VI était accompagné par sa femme et ses deux filles, dont la nouvelle princesse des Asturies, et future reine, Léonor. La génération de cette dernière sera par le jeu du hasard une génération de Reines en Europe : Elisabeth en Belgique, Ingrid Alexandra en Norvège, Estelle en Suède et Catharina-Amalia aux Pays-Bas. Tout reste encore possible pour les couronnes luxembourgeoises et monégasques. Ainsi, si les princesse Charlène de Monaco et Stéphanie de Luxembourg venaient à donner naissance à des héritières, la génération de la toute fraiche princesse des Asturies serait dominée par sept souverains pour trois souverains (Danemark, Liechtenstein et Royaume-Uni).

En terme de parité, on se souviendra que les Pays-Bas n'ont eu à leur tête que des femmes de 1890 à 2013, et, en terme de parité ET de jeunesse, que règne sur l'Angleterre une femme légendaire devenue reine à 26 ans.

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