1 juillet 2014

Europe : la farce du progrès démocratique

Hémicycle vide du Parlement de Strasbourg

Depuis quelques jours et la désignation de Jean-Claude Juncker au poste de président de la Commission européenne (en attente de la confirmation du Parlement le 16 juillet), les médias et les responsables politiques semblent être à l'unisson autour du même thème : les dernières élections européennes auraient été le théâtre d'une considérable avancée démocratique au niveau des institutions européennes.

En réalité, ce progrès n'est qu'une farce grotesque. Derrière un emballage démocratique primitif, les institutions de l'Union européenne demeurent toujours aussi ubuesques et éloignées des peuples qu'elles l'étaient au début de l'année.

M. Juncker a bel et bien été désigné par le Conseil européen après avoir été désigné par son "parti" (arrivé en tête) et les parlementaires. Le meneur du premier parti d'Europe devient donc le président de la Commission européenne. Mais si cette mécanique peut être respectable au niveau d'une Nation, où on confie au meneur du premier parti la tâche de former le gouvernement, elle est absolument ahurissante au niveau européen où elle masque derrière un pâle vernis de démocratie un approfondissement des travers anti-démocratiques de l'Union.

Regardons les chiffres. Tout d'abord, celui de l'abstention : 56,91% au niveau européen. Le Parlement a donc été élu par moins de la moitié des peuples d'Europe. Le "premier parti d'Europe", le PPE (Parti Populaire Européen) de Jean-Claude Juncker, n'est donc celui que de 29,43% de ces 43,09% de participants, soit le parti de 12,68% d'européens. Premier parti, vraiment ?

Au niveau du Parlement, le spectacle offert est celui de la plus totale fragmentation, ce qui mène à cette alliance politiquement contre-nature entre M. Juncker et M. Schutz, rivaux d'hier et amis de demain. Le PPE n'affiche "que" 221 députés sur 751. Si la coalition avalisant la Commission venait à rassembler conservateurs et socialistes mais aussi libéraux, le groupe du président de cette Commission y serait minoritaire (221 conservateurs contre 258 socialistes (191) et libéraux (67)).

Si la façade est donc "démocratique", les soubassements demeurent aberrants et loin de l'idéal européen d'une Europe des Peuples. Au niveau même de la mécanique du scrutin de mai dernier, les choses sont ahurissantes. Si certaines Nations optent pour une circonscription unique, d'autres choisissent la division en sous-circonscriptions régionales (Royaume-Uni, France, Italie, Pologne, Belgique, Irlande). Et si le seuil de représentativité ne peut être supérieur à 5%, les pays membres demeurent libres de le fixer au niveau qu'ils veulent. Le Parlement européen est donc l'émanation d'une élection de bric et de broc où la sincérité de la représentation est toute relative. On ajoutera à cela que les différentiels de représentants sont peu respectueux de la légitimité individuelle des députés :

- un députe maltais pèse (au point de vue théorique, c'est-à-dire sans envisager d'abstention) 75 000 citoyens ;
- un député estonien monte à 200 000 citoyens de représentés ;
- un député français quant à lui se doit d'être le porte-parole individuel de 890 000 compatriotes approximativement ;
- et, enfin, un député allemand représente 830 000 citoyens d'Outre-Rhin.

Un député étant un député, les voix de 75 000 maltais pèsent autant que celles de 900 000 français.

M. Juncker est donc l'émanation pleinement démocratique (et en cela on ne peut contredire les pro-européens) d'une institution aberrante de mauvaise foi représentative.

Enfin, que dire de Jean-Claude Juncker lui-même ? Alors que ces élections ont été principalement l'occasion pour les partis euro-alternatifs, eurosceptiques et europhobes de progresser, on place à la tête des institutions européennes un fédéraliste, ancien chef du gouvernement d'un pays à la réputation bancaire sulfureuse pendant près de 19 ans. D'ailleurs, M. Juncker aurait-il postulé pour la Commission s'il avait été maintenu au poste de Premier ministre du Luxembourg en décembre 2013 ? Certainement pas. Le sommet de l'Union est donc un lot de consolation pour celui qui a été battu quelques mois auparavant dans son propre pays par l'opposition menée par Xavier Bettel.

Les louanges adressées aux institutions européennes après la désignation du chef de file des conservateurs européens est une farce guignolesque. Ce n'est pas ainsi que l'Europe, chaque année de plus en plus éloignée de ses peuples constituants, parviendra à se réformer efficacement dans un sens démocratique mais aussi représentatif et populaire. On ne peut sabrer le champagne pour une mécanique anecdotique d'une assemblée non-représentative et non-populaire imposant à l'Europe une personnalité en décalage par rapport aux sentiments réels des peuples européens.

Les pistes néo-bonapartistes pour réformer l'Union européenne sont les suivantes :
- un Parlement européen bicaméral, constitué d'un Conseil des Peuples (élection directe) et d'un Conseil des Nations (élection indirecte, doté de pouvoirs de blocage pour protéger la souveraineté des Nations constituantes) ;
- un Conseil des Peuples élu dans le cadre d'une élection sincèrement représentative : des circonscriptions nationales non divisées, dotant chaque Nation d'un nombre de représentants réellement proportionnel à sa population, et avec un seuil de représentativité unique dans toute l'Europe (5%), afin que les députés soient pleinement représentants d'une Europe réelle ;
- une obligation pour les partis et listes concourants à l'élection parlementaire européenne de s'affilier à une organisation européenne de représentativité politique et parlementaire afin d'unifier le paysage politique européen : les citoyens voteraient directement pour des groupes constitués a priori, évacuant les manoeuvres politiciennes de couloir comme on a pu voir Marine Le Pen en mener pour former son groupe, des critères allégées par rapport à ceux des groupes actuels encadreraient la constitution de ces organisations, et la constitution des groupes au Parlement serait soumis à des critères de résultat (des députés issus de tant de pays OU un score supérieur à tel pourcentage (ex. : 2%) dans toute l'Union) ;
- un Président de l'Union élu directement (via un système de collège électoral représentatif) par les citoyens européens afin de poser une autorité au sommet des institutions européennes capable de faire fonctionner l'Europe sans se lier à des majorités politiciennes contre-natures.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire