16 septembre 2014

L'Assemblée a définitivement cessé d'être nationale

Le Palais-Bourbon

Depuis cet après-midi, et de manière exceptionnelle, le gouvernement de la France est un gouvernement minoritaire ne disposant seulement plus que de la confiance de 269 députés sur 577 élus.

Ceci acte le pourrissement de jour en jour de plus en profond du pouvoir socialiste. Mais ce jour met aussi en lumière l'incroyable déliquescence institutionnelle que la France traverse.

Notre Assemblée nationale ne représente plus notre Nation : elle ne représente désormais plus rien d'autre qu'une caste politicienne en déclin et des institutions en crise.

Il y a cinq jours, le 11 septembre, un sondage YouGov pour le Huffington Post indiquait que 19% des français accorderaient leur confiance à Manuel Valls tandis que 57% la lui refuseraient et 23% s'abstiendraient. En excluant du calcul les indécis, le résultat est sans appel : seulement 25% des français voteraient pour la confiance au gouvernement s'ils étaient à la place des députés contre 75% qui choisiraient de le faire chuter.

En avril dernier déjà, le peuple n'aurait pas accordé son soutien, mais sur un résultat moins massif : un sondage YouGov donnait alors 30% à la confiance, 42% à la défiance et 28% d'abstentions (soit, sans ces dernières, 42% de personnes favorables au nouveau gouvernement et 58% défavorables).

La mission de l'Assemblée nationale est d'assurer la représentation de la Nation, seule détentrice de la souveraineté. Aujourd'hui, les circonstances politiques dramatiques que nous vivons montrent avec cruauté combien le divorce est consommé. L'Assemblée ne représente plus la Nation. Et la Nation ne se reconnaît plus dans son Assemblée.

Comment expliquer, démocratiquement, qu'une chambre chargée de porter la volonté populaire du bas vers le haut de nos institutions valide un gouvernement si massivement rejeté par le souverain ?

Cet état de fait montre que nos institutions politiques sont désormais profondément corrompues par le régime des partis, des clans et des divisions politiciennes. Le discours de politique générale lui-même n'est qu'une affligeante hypocrisie institutionnelle : avant même d'entendre le discours sur lequel ils sont censés fonder leur vote, presque tous les députés avaient déjà arrêté leurs décisions.

La réponse à ces problèmes doit s'appuyer sur la seule donnée importante de notre démocratie nationale : le seul souverain, c'est le peuple. Et ainsi, la seule autorité légitime pour attribuer la confiance souveraine au gouvernement de la Nation, c'est le peuple.

La souveraineté parlementaire, si ce n'est même la souveraineté politicienne, a aujourd'hui usurpé une souveraine populaire captive d'institutions en déclin. La représentation présumée nationale n'est en réalité plus que la représentante d'intérêts politiciens et partisans d'une caste attachée à la défense acharnée de ses privilèges. Notre caste politique est l'exacte réplique en 2014 de ce que pouvait être la noblesse de robe en 1788.

La souveraineté populaire n'est autorisée par sa tutrice - la classe politique - qu'à une seule expression tous les cinq ans : l'élection présidentielle. Et encore, la qualité de cette expression est toute relative, l'élection "majeure" de notre république demeurant elle-même captive de biais politiciens et de traitements partisans.

La vraie réponse à tous ces défauts est une réponse bonapartiste : l'abolition de l'élection présidentielle et la désignation par les électeurs d'une Assemblée vraiment nationale élue au scrutin proportionnel (à prime(s) majoritaire(s) afin que les principaux courants puissent se détacher du paysage politique et que la formation des coalitions gouvernementales en soient facilitée).

Dans le cadre des institutions bonapartistes, le gouvernement ne serait plus confirmée par l'Assemblée nationale mais directement par le peuple. Une fois désigné, le Premier ministre de la France ne se présenterait plus devant la chambre basse mais directement devant le Peuple souverain afin d'obtenir sa confiance.

Avec de telles institutions, Jean-Marc Ayrault (ou surement, dans ce cadre, une personnalité plus charismatique et compétente) serait devenu chef du gouvernement en 2012 mais, après la chute de ce dernier, Manuel Valls ne serait sans doute pas parvenu à arracher Matignon, et une vraie alternative, sans doute un gouvernement d'union nationale, se serait imposée.

Nos institutions pseudo-démocratiques où la souveraineté a patiemment, mais avec succès, été usurpée par la caste politicienne, ces institutions doivent être remplacées par des institutions pleinement démocratiques fondées sur un seul credo, l'idée fondatrice du bonapartisme : la souveraineté du Peuple.

Et ces institutions ont un nom. Il ne s'agit ni d'institutions présidentielles ni d'institutions parlementaires. Ce dont la France a besoin, c'est d'une alternative audacieuse. Ce qu'il faut à la France, ce sont des institutions authentiquement représentatives, démocratiques et nationales : des institutions plébiscitaires.

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