12 octobre 2014

Ultimatum du PRG : une aberration démocratique



Jean-Michel Baylet, président du Parti Radical de Gauche depuis 1996 (!), a perdu son siège de sénateur du Tarn-et-Garonne qu'il occupait depuis 1995 (!) aux élections sénatoriales du 28 septembre dernier. Pour cet ancien ministre (délégué au tourisme) des gouvernements Rocard, Cresson et Beregovoy (!), sa défaite est imputable à une déloyauté du pouvoir socialiste.

Pouvoir socialiste auquel il estime pourtant avoir assez démontré sa fidélité depuis l'élection à la présidence de François Hollande en 2012. Allié du Parti Socialiste depuis le début de la mandature, et dernier allié depuis le départ des écologistes en avril dernier, le Parti Radical de Gauche a décidé de faire payer (cher) sa participation au gouvernement Valls (où il compte une ministre (au Logement) et deux secrétaires d'Etat (à la Francophonie et aux Sports)).

Le chantage d'un vieux dinosaure à un allié sans lequel il n'existerait même pas. Une aberration démocratique qui montre bien l'état de déliquescence de nos institutions.

En effet, que pèse le PRG dans le paysage politique français aujourd'hui ?

Sa dernière candidate autonome à l'élection présidentielle, Christiane Taubira, en 2002, avait rassemblé 2,32% des suffrages, treizième sur seize candidats. En 2011, à la primaire socialiste, Jean-Michel Baylet était lui-même arrivé bon dernier avec 0,64% des voix. Enfin, et il s'agit là du chiffre le plus significatif, au premier tour des élections législatives de 2012, le PRG avait réuni 428 898 voix, soit 1,65% des suffrages. Grâce à la magie de notre système institutionnel, ce score lui permettait de faire entrer au final, après le second tour (538 331 voix, 2,34%), pas moins de 12 députés à l'Assemblée nationale.

A titre de comparaison, le Front National qui avait rassemblé 17,90% à la présidentielle puis 13,60% aux législatives n'obtenait quant à lui que 2 députés à une Assemblée conçue pour représenter le peuple.

Cette Assemblée nationale est en réalité représentative de peu de chose si ce n'est des tractations politiciennes entre appareils partisans, et c'est ainsi qu'elle peut compter en son sein 12 députés PRG. C'est ce trésor de guerre qui permet aujourd'hui à un parti qui ne serait rien sans l'alliance avec le PS de faire chanter un gouvernement PS plus fragile que jamais. Un ami qui vous doit beaucoup mais qui menace de vous laisser tomber à un moment de faiblesse, est-ce bien charitable ?

Le PRG, émanation électoraliste du PS, exige que Manuel Valls renonce à ses réformes touchant à la fiscalité, à la famille et aux collectivités territoriales. Le parti de Jean-Michel Baylet, plus syndicat d'élus que mouvement d'opinion, ne représentant que peu de chose de la réalité du peuple français aujourd'hui, peut, demain, faire reculer le gouvernement et obtenir des modifications de politique là où on ostracise des pans entiers de notre peuple, coupables de ne pas voter pour les candidats désignés par les principaux partis du système institutionnel.

Nous avons aujourd'hui, en France, les pire défauts de la IVe République sans même en avoir les qualités de représentation. Peut-on trouver plus criante illustration de la dérive de nos institutions ?

La souveraineté n'appartient plus au peuple mais à des représentants qui ne le représentent même pas mais en exercent la souveraineté durant cinq ans de mandat, devrions-nous dire de tutelle. La souveraineté populaire a été abandonnée au profit d'une souveraineté politicienne : voilà le drame de nos institutions.

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