2 décembre 2014

Faut-il commémorer le coup d'Etat du 2 décembre 1851 ?

Ralliement de la Garde nationale lors du coup d'Etat, Pierre-Eugène Lacoste

Il y a cent soixante-trois ans, le président de la République, Louis-Napoléon Bonaparte, lançait une vaste opération politico-policière connue comme le coup d'Etat du 2 décembre 1851. Il entendait par là mettre un terme au conflit l'opposant à l'Assemblée royaliste, fruit des blocages inhérents à la constitution républicaine de 1848, rétablir le suffrage universel sur le territoire national et aussi permettre sa prolongation à la tête du pays.

Le 2 décembre a toujours été une date à la portée symbolique forte pour les bonapartistes : Napoléon Bonaparte se fait sacrer empereur le 2 décembre 1804 et il remporte l'étincelante victoire d'Austerlitz le 2 décembre 1805. C'est aussi la date à laquelle la Couronne impériale est rétablie selon le voeu populaire le 2 décembre 1852 dans la personne de Napoléon III.

Mais que faire du quatrième événement attaché dans la mémoire nationale au 2 décembre ? Que faire du coup d'Etat dans l'optique d'un bonapartisme du XXIe siècle ?

Il serait tout d'abord ahurissant, si ce n'est même aberrant, d'accorder une place démesurée au coup d'Etat dans la célébration du 2 décembre : l'empereur Napoléon III lui-même n'avait aucune sympathie particulière pour un événement dont il a toujours regretté les débordements. Plusieurs témoignages nous indiquent clairement que Napoléon III était hanté par le sang versé malgré sa volonté lors des journées d'insurrection consécutives au coup d'Etat. L'Empereur n'a jamais cherché à en faire un lieu mémoriel, au contraire il tendait plutôt à noyer le 2 décembre 1851 dans les autres événements célébrés ce jour-là.

Il ne s'agit donc surtout pas de fêter le coup d'Etat et d'applaudir à tout rompre chaque 2 décembre le plan Rubicon. Cette sortie de la légalité pour faire rentrer le peuple dans son droit fut un remède malheureux rendu nécessaire par un blocage institutionnel annoncé dès 1848.

S'il ne s'agit pas de commémorer le 2 décembre 1851, ne serait-ce que pour ne pas heurter inutilement des consciences qui, charmées par les idées bonapartistes, pourraient être rebutées par une telle commémoration, il est hors de question d'avoir honte ou, pire, de condamner l'action entreprise par le prince Louis-Napoléon Bonaparte il y a cent-soixante-trois ans. Si, tout comme lui, nous nous affligeons sincèrement du sang versé, nous n'oublions pas que le futur Napoléon III, alors président de la République, n'a mené cette action que dans le seul but d'empêcher un royalisme réactionnaire de s'emparer du pouvoir et de priver le peuple français de ses droits.

En rétablissant le suffrage universel le 2 décembre 1851, Louis-Napoléon Bonaparte a permis, en le maintenant durant tout son règne, d'ancrer ce principe dans le coeur du peuple français et de le rendre irréversible. Tout comme le règne de son oncle avait rendu impossible le retour à l'Ancien Régime partout en Europe, le règne de Napoléon III rendait impossible en France l'usurpation de la souveraineté par une fraction privilégiée du peuple.

Commémorer le coup d'Etat du 2 décembre 1851 est une posture inutilement polémique : le 2 décembre est assez fort symboliquement, avec le Sacre de 1804, Austerlitz et la Restauration de 1852, pour qu'on puisse se passer d'y inclure un acte aussi controversé sans en affaiblir la valeur mémorielle.

Plus que fêter le 2 décembre 1851 il ne faut pas oublier, à chaque 2 décembre, et plus largement encore à chaque instant de l'engagement bonapartiste, de rappeler les grands principes directeurs pour lesquels Napoléon III, sur le modèle plus ou moins fantasmé de son oncle, s'est battu tout son règne durant : la grandeur de la Nation et la souveraineté du Peuple.

Deux idéaux que notre siècle pourrait bien abandonner si les peuples demeurent inactifs : c'est ce message qu'il faut faire retentir chaque 2-Décembre.

1 commentaire:

  1. Alors soyons actifs, témoignons, à qui veut bien l'entendre, de la parole authentique, historique et bien fondée de Napoléon III. Que le peuple se réveille et que la grandeur de la Nation et la souveraineté du peuple deviennent les maitres mots de notre Etat...............A bon entendeur...........

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