25 mars 2015

Les défauts et handicaps d'un chef d'Etat politicien par l'exemple

S.M. le Roi d'Espagne et M. le Président de la République

Même dans le drame, les affaires continuent pour certains. Et notamment les affaires les plus mesquines de la politique politicienne. Alors que cent-cinquante personnes venaient de perdre la vie dans un accident aérien tragique, notre Assemblée nationale a réussi "le tour de force" de montrer, une énième fois, ce spectacle guignolesque qui caractérise tant (trop) notre politique nationale.

Le point d'appui de ces attaques déplacées ? Le chef de l'Etat. Au-delà des contingences politiques du moment, c'est un modèle d'incarnation nationale qui doit être remis en cause.

Tout d'abord, les faits. Hier matin, un avion s'est écrasé dans les Alpes du sud, entraînant la disparition de l'ensemble de ses passagers et de son équipage. Les images montrant les débris pulvérisés de l'appareil ont choqué tout le monde. Naturellement, l'Assemblée nationale a respecté une minute de silence en témoignage de solidarité pour les victimes et leurs proches. Mais le temps du deuil n'a pas duré.

Le député Lionel Luca s'est fendu d'un tweet attaquant le Président François Hollande et ramenant ce dernier au rôle de "commentateur", lié à la défaite des départementales de dimanche dernier. Critiqué pour ce commentaire déplacé, il ne s'en est pas excusé, au contraire : dans son tweet suivant il vitupère "l'indécence" du Président. A l'Assemblée nationale, une députée de la majorité socialiste a commencé sa question au gouvernement par une dénonciation de ce tweet. L'opposition s'est soulevée dans une abondance de récriminations et de cris de vierges effarouchées. Quelques minutes seulement après un drame humain plongeant des milliers de personnes dans le deuil de parents ou de proches, nos députés s'invectivaient comme des enfants de maternelle ...

On pourrait remettre en cause la dignité de certains de nos représentants. On pourrait questionner l'intelligence du député Luca ; en effet, où est l'indécence du Président de la République ? Alors qu'il recevait le Roi d'Espagne et que plus d'une centaine de personnes venait de mourir sur le territoire de la Nation, que devait-il faire ? Se taire ? Être totalement indifférent ?

De surcroît, n'est-ce pas le rôle du chef de l'Etat de porter la voix attristée de la Nation française auprès des autres peuples endeuillés ?

C'est ainsi que nous arrivons à la dénonciation qui nous occupe. On remettra en cause non seulement l'attitude de nos représentants, indigne, mais aussi les défaillances internes de la fonction présidentielle. Il ne s'agit pas d'attaquer François Hollande (de nouveau, il n'a fait qu'accomplir le rôle qui incombe au chef de l'Etat) mais d'affirmer, par l'exemple, qu'un chef de l'Etat politicien, issu du régime périmé des divisions partisanes, un tel chef de l'Etat ne peut pas correctement accomplir sa mission.

Parce qu'il est autant chef de l'Etat que chef de gouvernement, de majorité et de parti, le Président de la République a toujours un pied embourbé dans la fange des mesquineries de la contingence politicienne. Réagissant à un drame humain important, il peut ainsi être attaqué parce que deux jours avant il a perdu le premier tour d'élections locales ... Pathétique absence du sens des mesures.

Avec un chef de l'Etat non élu, issu non des partis mais hérité de l'Histoire, massivement populaire et non massivement rejeté, de telles indécences ne pourraient pas avoir lieu. Un monarque n'a en effet aucun lien avec la politique politicienne et il est impossible de pouvoir le ramener sur ce plan quelque peu misérable. Face à un drame, un Roi a une attitude royale. Et de même dans la joie.

On accusera toujours un Président de tenter une récupération politicienne des drames ou des joies d'une Nation. Un monarque ne peut pas faire de récupération politicienne car il n'est pas un politicien : il ne peut pas récupérer les sentiments d'une Nation, au contraire il les laisse vivre authentiquement et librement. Et c'est ainsi que la monarchie est seule capable de nous dispenser, par la présence au sommet de la Nation d'un vrai chef d'Etat transpartisan, des plus immondes petitesses politiciennes.

Et rien que cela, ce serait une libération considérable. Repos fabuleux pour un peuple français littéralement exaspéré par les indécences quotidiennes et les outrances impardonnables de sa vie politique.

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