13 mars 2015

Qu'ils fêtent Waterloo, nous fêterons Austerlitz !

L'empereur Napoléon

L'anecdote a fait le tour du continent, révélée par des journaux anglais toujours amusés de se moquer de leurs cousins français et de leur patriotisme. La Belgique avait pour projet d'émettre une pièce commémorative de 2€ figurant le bicentenaire de la bataille de Waterloo. La France s'est opposée au projet et celui-ci a avorté (tout comme, d'ailleurs, au passage, celui, français, de pièce commémorative de la bataille de Marignan).

On entend déjà certains tomber en pâmoison, d'horreur et d'indignation, accusant l'Europe d'un vif sentiment anti-français et l'Angleterre (enfin, pour eux, toujours la "Perfide Albion") de continuer à nourrir des rêves d'abaissement de notre Nation (alors même que le Royaume-Uni n'appartient pas à la Zone Euro).

Et pourtant, il nous semble que cette affaire ne soit pas le scandale du siècle. Surtout, et de cela nous en sommes sûrs, nous ne sommes plus en 1815. La bataille est finie.

Si la mémoire de l'Empereur mérite d'être défendue avec vigueur, ce n'est pas en niant la liberté des autres Nations qu'il faut le faire ou en sombrant dans l'outrance anglophobe, mais bel et bien en affirmant, bien plus que nous ne l'avons fait par le passé, notre liberté, si ce n'est notre devoir, de commémorer la mémoire impériale.

Dans un premier temps, ne peut-on pas, avec dignité, reconnaître que le monde entier n'est pas forcément obligé de révérer l'Empereur ? Peut-on accepter la pluralité des opinions tant qu'elles ne sont pas malhonnêtes ? Les défenseurs des libertés françaises que nous sommes, souverainistes, ne devraient-ils pas reconnaitre les libertés des autres Nations ?

Mais surtout, est-ce si grave ? Est-ce si grave que surgissent dans le paysage des éléments de commémoration de l'Histoire napoléonienne vue par ceux qui ont vaincu l'Empereur ?

Ne peut-on pas être bonapartiste et admirer Trafalgar Square ? Nous est-il interdit de prendre le train à Waterloo Station ? Dans ses projets, Napoléon s'est heurté à des Nations pour qui il ne fut qu'un adversaire et un ennemi. C'est ainsi que se fait l'Histoire. L'Iran, héritière de la Perse antique, doit-elle s'indigner que la Grèce ait émise une pièce commémorative de la bataille de Marathon ? Doit-on interdire aux Russes de célébrer leur "victoire" de 1812 ? Que dirions-nous si l'Allemagne et l'Autriche se coalisaient pour interdire aux Alliés de fêter la bataille de la Marne, celle de Verdun, voire même la victoire de 1918 !

A vouloir imposer une vision manichéenne et simplifiée de l'Histoire, on tue non seulement la conscience historique des peuples mais aussi leur liberté.

Car la France n'est pas la seule à avoir ce droit à la liberté. Les autres Nations aussi sont libres et souveraines. On doit d'autant plus le reconnaître quand on est soi-même attaché à la souveraineté de sa Nation. Et dans cette liberté souveraine réside l'attachement à son Histoire, un attachement singulier, personnel et particulier.

Alors que la Belgique fête donc sa victoire de Waterloo si telle est son bon plaisir. Nous, nous fêterons Austerlitz, nous fêterons Iéna, nous fêterons Wagram.

Quelle incroyable incohérence que ces adversaires de l'euro qui se retrouvent bien heureux que les mécanismes européens permettent à la France de retirer à la Belgique le droit souverain et sacré à leurs yeux de battre librement monnaie ...

Plutôt que de chercher "discrètement" à faire avorter les volontés commémoratives de ses voisins, la France ferait mieux de reconnaître et de promouvoir son héritage napoléonien. La Belgique commémore la bataille de Waterloo ? Commémorons alors le retour de l'Aigle, l'audace des Cent-Jours, son souffle, sa gloire.

Ils commémorent une bataille gagnée de justesse et en partie grâce à la pluie ? Commémorons une légende qui n'a d'autre équivalent dans l'Histoire que l'épopée d'Alexandre, ou celle de César ! N'ayons pas honte. Soyons fiers de notre Nation, de notre Histoire, de notre Empereur, et n'essayons pas de le défendre en essayant de faire oublier au monde qu'il fut finalement vaincu.

Sans les Cent-Jours, sans Waterloo, la légende napoléonienne aurait moins de ce sublime éclat tragique qui en fait la somptueuse grandeur. Alors, allons jusque-là, si nous en avons l'audace, et célébrons Waterloo, non la défaite de l'Empereur mais son génie, son génie toujours vif même dans la chute. Commémorer la fin de l'épopée impériale, qui de toute façon est un fait, c'est encore commémorer l'Empereur.

Faudrait-il effacer de notre conscience tout ce que Napoléon le Grand a perdu ? Quelle horreur ! Il nous faudrait alors oublier la campagne de France, cet épisode tragique se jouant sur notre propre territoire, envahi, où, avant de chuter, l'Aigle démontra une ultime fois sa supériorité militaire et où, écrasé par la supériorité numérique de l'Europe toute entière coalisée, il continua à se battre et à vaincre, avant finalement, lui-même, d'être vaincu.

Ne soyons pas des thuriféraires obscurantistes. Laissons les autres Nations libres de leur rapport à leur Histoire et soyons le nous-même ! Le seul et unique scandale qui soit c'est que la France ait toujours tant de réticence à célébrer son passé, où, au rayon de nos gloires nationales, Napoléon occupe une place sans égal.

1 commentaire:

  1. Un autre très bel article, continuez comme ça c'est un réel plaisir de vous lire !

    Vive l'Empereur ! :)

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