22 juin 2015

[1815|2015] Bicentenaire du règne de Napoléon II

Médaillon de Napoléon II par Vauchelet (1857),
de nombreux détails sur cette oeuvre rare en fin d'article (en nota bene).

Il y a deux cent ans, le 22 juin 1815, l'empereur Napoléon abdiquait pour la seconde fois.

Immédiatement après sa défaite face à Blücher et Wellington, le vainqueur d'Austerlitz et de Montmirail n'avait pourtant pas encore abandonné la partie. Mais devant faire face à l'hostilité de la chambre des représentants, qui se déclare permanente et vote contre lui une motion de défiance, ainsi qu'aux sourdes menées de son ancien ministre, Fouché, qui veut permettre le retour (impopulaire) des Bourbons, et malgré le soutien de la population parisienne qui lui manifeste son attachement aux abords du palais de l'Elysée où il réside, l'Empereur préfère abdiquer plutôt que de précipiter la France dans la division, se refusant à être un "roi de jacquerie" et témoignant, dans son acte d'abdication d'un sens aigu de ses responsabilités (vous pouvez retrouver le texte de cet acte d'abdication sur notre page Facebook).

Retiré mais toujours au service du Peuple français, il proposera au gouvernement de reprendre la tête des troupes devant l'avancée de Blücher. Offre noble qu'un gouvernement qui l'était moins s'empressa de refuser.

Mais, si nous voulons naturellement rendre hommage aujourd'hui au comportement qui fut celui de l'Empereur dans ce moment tragique, c'est en réalité à un autre empereur à la commémoration du règne duquel nous voulons nous atteler en ce 22 juin 2015. C'est à l'histoire, à la symbolique et à la mémoire du second règne du premier Empire que nous nous intéresserons aujourd'hui.

Il y a deux-cent ans, le 22 juin 1815, débutait le règne de l'empereur Napoléon II.

Napoléon le Grand n'avait pas une ambition mesquine réduite à sa seule vie. Il ne voulait pas gouverner la France tout au long de son existence et laisser au hasard des circonstances historiques le soin de s'occuper de sa succession politique. Son plus grand but, à lui qui était convaincu de la supériorité des institutions monarchiques sur les institutions républicaines, son grand rêve était de refonder la monarchie capétienne sous une forme nouvelle, de bâtir une quatrième dynastie nationale, impérial et populaire qui prenne la suite des Mérovingiens, des Carolingiens et des Capétiens

Le titre d'empereur il ne le voulait pas pour sa gloire seule, il voulait que ce titre puisse se perpétuer et à travers lui son souvenir et son héritage. Il voulait que ce titre soit le premier d'une France nouvelle, régénérée par la Révolution.

En 1812, quand le général Malet voulut profiter de la campagne de Russie pour s'emparer du pouvoir en faisant courir le bruit que l'Empereur était mort au front, Napoléon, informé, se révolta. Mais ce qui l'indigna ce ne fut pas seulement la tentative de putsch, ce fut, dans les circonstances mensongères de sa disparition, l'oubli qu'il y avait un héritier dynastique désigné. Le coup d'Etat de Malet montrait à Napoléon que sa grande oeuvre, la fondation d'une dynastie, n'était pas achevée et que l'avènement naturel de Napoléon II à la suite de son père n'était pas acquis.

Si en 1814 il abdique en renonçant pour lui, ses successeurs et sa famille à toute souveraineté en Europe, la situation est toute différente en 1815. Revenu de l'île d'Elbe en renouant avec les accents révolutionnaires du début de son règne et en se posant comme défenseur de la souveraineté populaire face à la réaction royaliste, il revenait sur le trône en se voulant souverain constitutionnel et souverain de paix. Quand il abdique le 22 juin 1815, l'Empire ne prend pas fin. Commence le règne de son fils, l'Aiglon, le Roi de Rome, désormais l'empereur Napoléon II.

Quel grand et triste destin que le sien. Son règne fut exceptionnellement bref et totalement virtuel puisque le petit monarque se trouvait alors auprès de son grand-père maternel, l'empereur d'Autriche. Si la commission de gouvernement agit nominalement en son nom, tout n'est qu'illusion. Fouché préparait le retour sur le trône des Bourbons dont l'impopularité avait pourtant permis le retour de l'Empereur trois mois auparavant. Du 22 juin au 7 juillet 1815, la France vécut sous le règne de Napoléon II. Puis ce nom disparut et Louis XVIII reprit son trône. Mais s'il s'effaça des livres d'Etat, il demeura dans le coeur des peuples !

Le vrai règne de Napoléon II ce n'est pas ce règne titulaire de deux semaines mais le règne virtuel et symbolique qui fut le sien pendant plusieurs décennies. Alors même que le nouveau duc de Reichstadt, élevé en autrichien, n'avait plus rien d'un prétendant français, certains, en France, perpétuaient son souvenir et maintenaient l'attachement non pas tant à une personne précise qu'à une virtualité désirée : la succession napoléonienne. Si cette succession fut brisée par les élites parlementaires et politiques qui préféraient le règne des Bourbons, elle demeura dans l'esprit populaire. En 1830, on entendait au coeur des trois journées révolutionnaires de Juillet nul cri de "Vive Louis-Philippe" mais quelques "Vive la République" et nombre de "Vive Napoléon II".

Mais la succession était déjà en déshérence. Le grand empereur avait été envoyé au bout du monde, où il était mort en 1821. A sa suite, il y eut ce songe doux mais impossible que le recours à Napoléon II. Quand l'ancien roi de Rome trouva lui aussi la mort, prématurément, le 22 juillet 1832, la dissolution de cette succession dynastique qui tenait tant à coeur à l'Empereur fondateur n'en devint que plus évidente. Ni Joseph ni Louis, successeurs légitimes et constitutionnels, respectivement chefs de famille de 1832 à 1844 puis de 1844 à 1846, ne reprirent ce flambeau, et personne ne cria jamais "Vive Joseph Ier".

C'est l'audace et l'énergie d'une personnalité immense de la famille impériale qui permit de maintenir la cause napoléonienne. Destiné à hériter à la suite de son oncle et de son père de la prééminence dynastique, le prince Louis-Napoléon Bonaparte entra dans l'arène et poursuivit le combat, maintint en vie la virtualité de ce règne d'un second Napoléon.

Elu démocratiquement, il imposa par la force le silence à une Assemblée royaliste qui méprisait les droits du Peuple avant de relever le trône de son oncle. Faisant revivre le titre d'empereur, il ne se voulut ni "Napoléon II" ni "Napoléon V" et prit le nom de Napoléon III.

Il reconnaissait ainsi la double dimension de la succession napoléonienne : celle-ci est réelle, l'idée napoléonienne étant monarchique et Napoléon II ayant légitimement régné du 22 juin au 7 juillet 1815, et
celle-ci est populaire, puisque si la succession se maintient virtuellement en l'absence de trône elle n'est effective que par l'onction du Peuple souverain.

Enfin, comment ne pas évoquer Napoléon II sans évoquer son cousin et écho, celui qui aurait pu devenir "Napoléon IV" et dont le règne aurait sans nul doute été, au vu de l'affection populaire et de ses qualités personnels, un règne immensément glorieux : le Prince impérial, fils de Napoléon III. Plus encore que Napoléon II, qui eut un règne de deux semaines, il fut un monarque virtuel, mais contrairement à son prédécesseur et cousin il était un monarque possible, si ce n'est un monarque désiré. Et c'est face aux "Vive Napoléon IV", c'est face à la peur d'une restauration en faveur de ce prince bien aimé, que la République fut fondée par la coalition des républicains opportunistes et des orléanistes modérés.

La succession napoléonienne, si réelle et si populaire, n'est pas une farce, et la fondation de la République en est le témoin. Avoir peur de quelque chose c'est donner de la crédibilité et de l'épaisseur à l'objet de notre peur et ainsi fit la République de la succession des Napoléon. On peut rire de l'illusion de ce règne de quinze jours d'un très jeune enfant prisonnier de l'Autriche mais ce ne serait pas comprendre ce que signifie vraiment le beau titre de Napoléon II et les virtualités qu'il porte avec lui.

Napoléon II. En effet, quelle plus grande gloire pouvait-il alors exister que d'être le successeur du grand homme qui avait si profondément bousculé l'Europe que quoique vaincu et son système démantelé sa marque demeura ? Qu'aurait pu être le règne de Napoléon II s'il avait duré deux décennies et non deux semaines ? Si on avait trouvé en une personne plus fidèle que Fouché un régent dévoué, capable de défendre les droits du successeur dynastique et de l'imposer, comme le symbole et de la paix et de la souveraineté française, à l'Europe de Vienne ?

Exercice de pure uchronie qui n'est pas totalement sans intérêt car le retour de Napoléon en 1815 ce n'est pas seulement la campagne de juin, c'est aussi l'Acte additionnel aux Constitutions de l'Empire du 22 avril 1815, document qui nous dit qu'un autre règne était possible. Napoléon n'avait pas à être éternellement ce monarque absolu et militaire attelé à la seule conquête du monde. Il pouvait aussi devenir un monarque paisible et constitutionnel, sous le sceptre duquel les libertés populaires se seraient sans nul doute plus vite accrues que sous le règne des Bourbons puis des Orléans. Certes, imaginer le grand conquérant en monarque d'apparat est difficile, mais ce rôle constitutionnel aurait sans nul problème pu être endossé par son successeur. Et de là à penser qu'après le souffle légendaire de Napoléon Ier la France aurait pu se reposer dans la lumière bienveillante du règne de Napoléon II ... Un doux rêve qu'il est inutile de faire puisque l'Histoire est ce qu'elle est mais auquel il n'est pas inutile de réfléchir quelques instants.

Napoléon II, l'alliance de la continuité d'un nom et d'un chiffre de succession, ce monarque virtuel qui parvint à nourrir les espoirs de beaucoup alors même qu'il n'était déjà quasiment plus français, ce souverain de deux semaines porte en lui et l'importance de la succession napoléonienne et la possibilité d'un autre règne. Deux choses que nous, bonapartistes du XXIe siècle, devons méditer pour tenter, du mieux que nous puissions, d'être fidèle à l'Empereur tout en étant fidèle à notre siècle.

La succession napoléonienne n'a pas à être un cycle d'éternelles répétitions, elle peut être aussi une dynamique et de fidélité et de renouveau. Tel est l'écho que nos âmes doit conserver en précieuse leçon du nom de Napoléon II.

N'oublions jamais le destin malheureux de notre petit empereur, restons fidèles à sa mémoire et aux espoirs qu'il incarnait de par sa naissance même. Et que demeure toujours dans nos coeurs et nos esprits la dernière phrase du grand Empereur à son peuple qu'il avait voulu donner en épilogue à son épopée et en introduction à celle de son fils : "Unissez-vous tous pour le salut public et pour rester une nation indépendante."


Nota bene : le médaillon présenté en tête d'article est une oeuvre rarissime. Les représentations du roi de Rome ne saturent pas l'espace mémoriel du patrimoine français, et quant aux représentations de celui-ci clairement figuré en Napoléon II elles sont exceptionnellement rares. Or, ce médaillon, qui entre donc dans cette dernière catégorie, se trouve de surcroît dans un lieu éminent : le palais du Luxembourg. On retrouve en effet ce portrait du deuxième empereur des français dans le salon des messagers d'Etat du Sénat, pièce située en haut du célèbre escalier d'honneur, entre la chambre de la reine et le cabinet du départ (ainsi nommé puisque c'est de là que le président de séance du Sénat se rend dans l'hémicycle). Commandé par le Second Empire, ce médaillon représentant Napoléon II est réalisé en 1857 par le peintre Théophile Vauchelet et miraculeusement préservé intact depuis lors.

Caractéristique exceptionnelle, le roi de Rome y est représenté entouré des regalia impériales que sont la couronne, la main de justice et le sceptre, les légendes l'entourant indiquant son nom de règne (Napoléon II) et sa date de naissance (XX MARS MDCCCXI (20 mars 1811)).

Dans ce salon des messagers d'Etat, le petit empereur fréquente une société de très grande qualité puisqu'il est entouré des bustes de Clemenceau, Albert Ier de Belgique, Schoelcher, et Poincaré ainsi que de six tableaux commandés par la monarchie de Juillet représentant entre autres Saint-Louis, Richelieu, et même l'illustre et lointain prédécesseur de son père, Charlemagne. Au centre trône une statue du dieu grec Harpocrate, allégorie du silence, comme un écho involontaire au triste destin de ce petit héritier silencieux mort prématurément.

Pour être tout à fait exhaustif, ce médaillon est placé dans le plafond du salon des messagers d'Etat, au-dessus de la porte qui permet de passer dans la salle la plus sublime du palais du Luxembourg, la salle des conférences, décorée sous le règne de Napoléon III. On trouve notamment au centre de celle-ci le trône de Napoléon Ier et, dans la coupole, une majestueuse représentation de l'apothéose de ce dernier. Innombrables échos napoléoniens qui rebondissent sur la pièce située à l'autre bout de la salle des conférences, comme un clin d'oeil malicieux du hasard : le salon Victor Hugo.

Je vous dois également quelques explications concernant la pièce de monnaie Napoléon II qui clôt l'article. Datées de 1816, elles sont en réalité bien évidemment apocryphes et réalisées plusieurs décennies après la mort de celui qui était alors devenu le duc de Reichstadt. Ces monnaies "commémoratives" étaient frappées directement sur des pièces réelles, ce qui permet d'en affiner la datation : on trouve une pièce Napoléon II frappée à partir d'une pièce Napoléon Ier, une autre à partir d'une Louis-Philippe, mais c'est surtout grâce à la découverte d'une pièce figurant le roi de Rome frappée sur une Cérès de 1871 qu'on peut dater la frappe de ces monnaies à la décennie 1870 (on penchait jusqu'alors pour une frappe sous le règne de Napoléon III). On peut sans doute les rapprocher de l'autre série de faux essais figurant un prétendant impérial, les pièces Napoléon IV datées 1874.

6 commentaires:

  1. M.W

    Bonjour, Renouveau Bonapartiste

    Merci pour cette article rappelant l'existence de Notre empereur Napoléon II, en effet, il serai intéressant de faire une uchronie sur lui. On pourrai supposer qu'en 1830 c'est lui qui est remis sur letrône impérial en lieu et place de Louis-Philippe.

    Au fait, j'ai une question à vous poser. En cas d'instauration du Troisième Empire, qu'allons nous faire des Orléans ? Je pensais faire du comte de Paris le roi d'Andorre, qu'en pensez-vous ?

    PS : Vous avez été voir les uchronies que je vous suggéré sur une autre page ?

    Cordialement

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    1. Attachons nous à crédibiliser la solution monarchique avant de songer à instaurer dans un pays étranger une dynastie qui n'a rien à voir avec l'Histoire de celui-ci. Andorre est un pays de langue et de culture espagnole. Le paréage qui régit sa tête est multiséculaire ; il a résisté à tous les changements de régime, de la féodalité à la République. Si le trône impérial est relevé, l'empereur sera co-prince d'Andorre. Quant aux Orléans, ils exerceront le magistère qu'ils veulent, comme chacun de nous pouvons ambitionner de le faire, comme citoyens privés.

      Concernant les uchronies, en réalité je travaille sur un projet depuis longtemps et je ne peux répondre à vos questions sans le dévoiler (mais bien obligé de finir par y apporter cette réponse / non-réponse tant vous insistez).

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    2. M.W

      Bonjour, Renouveau Bonapartiste

      Excusez-moi mais je pense que vous m'avez mal compris, concernant les uchronies je fais référence aux uchronies que j'ai trouvé sur des sites internet et que je vous ai mentionné sur une page précédente, la page sur la réponse aux nostalgiques de la guillotine.

      En tout cas, bonne chance pour votre projet, sachez que je serai ravi de lire.

      Cordialement

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  2. M.W

    Bonjour, Renouveau Bonapartiste

    j'ai vu votre article sur la fin des Guignols. Je la trouve affreuse et liberticide, j'aime les guignols depuis longtemps et je regarde avec plaisir leurs sketch alors oui, parfois ils vont un peu loin mais globalement cette émission est géniale. Non, je refuse qu'il l'a supprime et j'espère bien que Bolloré va renoncer à ce projet. Courage les guignols, vous avez plusieurs fans qui vont vous défendre.

    Cordialement

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  3. M.W

    Bonjour, Renouveau Bonapartiste

    Petite nouvelle concernant les guignols de l'info, ils ne seront pas supprimer mais auront un horaire différend. Et oui, Canal plus à eu peur que d'autres chaînes ne récupèrent nos marionnettes préférées et a décidé de les garder mais de modifier leurs horaires. Reste à savoir où elle va la mettre....

    Pour la Grèce, bon ben j'attends de voir mais bon je suis tout de même un peu gêné quand vous parlez du peuple. Le non l'a emporté certes mais avec 61% de voies, cela fait prêt de 40%de grecs qui ont dit oui, eux aussi font partie du peuple. la victoire du non est-elle une bonne chose ? J'attends de voir.

    Si vous vous intéressez à la position de la famille royale et bien le roi titulaire Constantin II n'a pas prit position mais son fils, le prince Paul, à appelé à la victoire du oui par crainte que le non ne fasse perdre à son pays toutes chances de négociations. Une violation de sa neutralité de prince que nombres de royalistes grecs lui reprochent.

    Cordialement

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  4. M.W

    Bonjour, Renouveau Bonapartiste.

    J'ai vu sur votre page Face book votre article sur Emmanuel Macron. Oui, moi aussi je pense que seul un chef d'Etat héréditaire peut être un chef d'Etat hors parti capable d'être un rassembleur et un arbitre hors partie.

    Par contre, je voudrai également réagir devant votre commentaire sur les Orléans. Non, il n'est pas nécessaire d'être ultra-catholique pour défendre les Orléans, il suffi de voir en eux les héritiers de nos rois comme nous, bonapartistes, voyons dans notre Prince impérial l'héritier de nos rois. On trouve de tous chez les Orléanistes : des croyants et des non-croyants (rappelez-vous que Maurras était agnostique) ; des progressistes et des réactionnaires ; des néofascistes et des démocrates etc... Je voulais juste le préciser car votre jugement relève d'un clichés et je n'aime pas les clichés.

    Cordialement

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