1 juillet 2015

[1815|2015] Bicentaire de la victoire de Rocquencourt

Le maréchal comte Exelmans

Il y a très exactement deux siècles, aujourd'hui, les soldats de l'armée impériale remportaient l'ultime victoire de leur éclatante carrière. Celle-ci, comme le point final d'une grande épopée, venait s'ajouter à toutes celles déjà remportées, que ce soit sous le commandement de l'empereur Napoléon ou d'un de ses maréchaux. Nous avons déjà eu l'occasion de rendre hommage à ce chapelet de noms ruisselant de gloire il y a deux semaines, lors du bicentenaire de la victoire de Ligny.

C'est à une nouvelle commémoration que nous vous invitons désormais. Continuant à dérouler ce contre-programme mémoriel de célébration de la mémoire impériale, voici venu l'heure de fêter le bicentenaire de l'ultime victoire impériale, la bataille de Rocquencourt, et à travers elle tous ces soldats, individus anonymes ou célèbres, qui firent la gloire de la France et la légende de Napoléon.

Une mise au point historique pour introduction. Après la défaite face aux trouples anglo-prussiennes le 18 juin 1815, ce qui reste de l'armée française retraite au sud, poursuivi notamment par Blücher. La France doit de nouveau faire face à l'invasion de son territoire. Dès le 20 juin, des places fortes du Nord du pays sont assiégées, dont Maubeuge. A l'Est, les autrichiens attaquent Huningue, ville alsacienne qui essuie son troisième siège ; elle résistera héroïquement jusqu'au 26 août. Le 29 juin, l'armée du Rhin est vaincue par les troupes de l'empereur d'Autriche. Sept jours auparavant, Napoléon avait abdiqué au profit de son fils, désormais l'empereur Napoléon II. Paris menacé par les forces de Blücher, le sanctuaire national craquant de toutes parts, les forces françaises hagards et désorganisées, la partie semble totalement désespérée ...

C'est dans ce contexte d'écroulement et de débâcle que les armées impériales font une ultime démonstration de leur vaillance. Alors qu'au sommet de l'Etat la commission de gouvernement déclare la défense de Paris impossible et que le président de celle-ci, le duc d'Otrante, Fouché, manoeuvre pour permettre le retour des Bourbons, les soldats français continuent de se battre et de mourir pour la défense de la Nation. Plus encore, ils continuent de vaincre.

Le 1er juillet 1815, les troupes prussiennes sont sous les murs de Paris : Blücher et son armée s'installent à Saint-Germain-en-Laye et le maréchal Davout échafaude des plans de contre-offensive pour vaincre l'ennemi, défendre Paris et renouer avec la gloire de la Grande Armée. C'est dans ce contexte que les soldats commandés par les généraux Exelmans et Piré croisent la route d'une brigade de cavalerie prussienne. Culbutés à Vélizy, ceux-ci reculent puis sont pulvérisés à la bataille de Rocquencourt. 

Cette belle et ultime victoire de l'armée impériale ne change pas fondamentalement la donne malheureusement. Si elle laisse un peu de répit à la capitale, elle ne repousse en réalité sa chute que de quelques jours. Le 3 juillet, les français sont défaits aux combats de Sèvre et d'Issy et le même jour, l'armistice de Saint-Cloud est signé. Le 6, Paris est évacué. Les troupes coalisées entrent dans la ville le lendemain, provoquant la dissolution de facto de la commission de gouvernement installée à l'abdication de Napoléon, mettant un terme au bref et virtuel règne de l'Aiglon. Le 8 juillet 1815, le roi Louis XVIII retrouve sa capitale tandis que la Terreur blanche commence à s'abattre sur la France.

Ainsi furent les derniers combats de nos braves. La défaite finale de l'Empire napoléonien clôturait un cycle de vingt-trois ans de conflits qui s'était ouvert le 20 avril 1792 avec la déclaration de guerre de la France révolutionnaire au "roi de Bohême et de Hongrie", l'empereur du Saint-Empire. Pendant ces longues et difficiles années de lutte, les français se battirent, vainquirent et moururent pour la défense des acquis de la Révolution et la grandeur de la Nation.

La victoire de Rocquencourt est l'ultime victoire d'un récit guerrier ouvert par celle de Valmy. Durant ces années de feu, les troupes français firent retentir le choc de leurs canons à travers tout l'Europe. Ils se battirent en Italie, en Belgique, en Allemagne, en Pologne, en Espagne. Ils combatirent également dans le territoire de la future Yougoslavie, devenu "Provinces illyriennes" de l'Empire, mais aussi en Orient, durant la campagne d'Egypte. Leurs exploits embrasaient la Terre entière, et ils continuent encore d'y résonner.

Le bicentenaire de cette victoire de Rocquencourt, qui ferme le livre des gloires de nos armées révolutionnaires et impériales, doit être l'occasion de rappeler la dette que nous avons à l'égard de ces millions de citoyens qui défendirent la France, phare du monde, au cours des années les plus importantes de notre Histoire. Leur poudre et leurs marches forgèrent le roman national de la Grande Nation et nos rêves sont toujours faits du fil qu'ils ont tissé il y a deux siècles. Nous, générations bienheureuses d'un siècle sans guerre, nous ne devons jamais oublier les soldats qui luttèrent hier pour que nous puissions être aujourd'hui ce que nous sommes. Les oublier, ce serait nous oublier, ce serait nous perdre.

Nous devons également profiter de ce bicentenaire de Rocquencourt pour évoquer les chefs qui menèrent ces hommes à travers les plaines du monde entier et l'occasion précise de ce 1er juillet 2015 nous invite à le faire à travers la personne du futur maréchal Exelmans, surnommé "le Lion de Rocquencourt". Cette vie hors-norme, ce parcours exemplaire, tout entier consacré au service de la Nation en armes, cette carrière brillante comme l'Empire a su en susciter tant doit être une source de contemplation et de respect pour nous tous.

S'enrôlant dès le jeune âge de 16 ans dans les armées révolutionnaires et ayant combattu à Valmy comme à Fleurus, le ci-devant sous-lieutenant Rémy Exelmans rejoint l'armée d'Italie en 1797, participant brillamment aux expéditions menées contre le royaume de Naples. Aide-de-camp de Joachim Murat à partir de 1801, c'est sous les ordres de ce dernier qu'il s'illustre avec vaillance à la bataille de Wertingen, le 8 octobre 1805. Envoyé par le maréchal au devant de l'Empereur, ce dernier lui remet la Légion d'Honneur. C'est avec le grade de colonel qu'il participe à la bataille d'Austerlitz.

Commandant du 1er régiment de chasseurs, il s'illustre durant les campagnes de Prusse et de Pologne, devenant en 1807 le général Exelmans. Passé en Espagne, il est fait prisonnier mais parvient à reprendre sa liberté en 1811. Participant aux campagnes de Russie en 1812 puis d'Allemagne en 1813, il se distingue de nombreuses fois, y compris à Leipzig, décrochant ainsi le cordon de grand-officier de la Légion d'Honneur. Durant la campagne de France, sa bravoure ne le quitta pas davantage.

Inquiété sous la Restauration à cause de sa fidélité à Murat, il est traduit devant un conseil de guerre qui l'acquitte bienheureusement en janvier 1815. En mars suivant, il se rallie naturellement à l'Empereur et retrouve un commandement dans l'armée en plus d'intégrer l'éphémère Chambre des Pairs de l'Empire. Placé sous les ordres du maréchal Grouchy, il participe à la bataille de Ligny et à la poursuite des troupes de Blücher. Le 18 juin 1815, il aurait conseillé à son supérieur, infructueusement, de pivoter pour rejoindre Napoléon à Waterloo. Une idée qui, si elle a été réellement avancée et si elle avait été suivie, aurait changé la face du monde.

Revenant en France avec ses troupes, c'est alors qu'il participe aux ultimes combats de l'Empire et parvient à remporter la dernière victoire à Rocquencourt. Proscrit par la répression anti-bonapartiste du second retour des Bourbons, il est amnistié en 1819. A la suite de la Révolution de Juillet, il retrouve la Chambre des Pairs où il est nommé en 1831 et où il ne se gênera jamais d'exprimer toute sa fidélité à la mémoire impériale. Cette fidélité sera récompensée lors de l'arrivée au pouvoir du prince Louis-Napoléon qui en fera successivement le grand-chancelier de la Légion d'Honneur (en 1849) puis un maréchal de France (en 1851). 

Proche conseiller du futur Napoléon III, le maréchal comte Rémy Exelmans décède le 22 juillet 1852 des suites d'une grave chute de cheval, à l'âge de 72 ans. Sa descendance se distinguera avec brio dans le service des armées de la Nation. 

Le maréchal Exelmans ne cessa jamais d'être toute sa vie durant un homme à la fois de bravoure et de fidélité. Que son parcours et ses vertus demeurent un modèle à nos yeux parfois ensommeillés par le ronronnement de prospérités trop fragiles que seul le courage de tels hommes peut durablement consolider. 

Fidélité et bravoure : ne serait-ce pas là une excellente devise pour tout bonapartiste ?

Cet article ne se ferme pas, comme pour les autres publications du cycle 1815|2015, avec l'image d'une pièce de monnaie impériale mais avec celle d'une médaille du  Second Empire qui nous rappelle l'importance que doit avoir à nos yeux de successeurs bienheureux la mémoire de ces soldats. Cette médaille c'est celle de Sainte-Hélène et, en effet, quoi de mieux pour rendre hommage à tous ces soldats que de leur dédier le message de cette décoration, cette pensée de l'Empereur défunt à ceux qui se sont battus pour lui, à ceux pour qui il était plus qu'un chef d'exception : une légende.

Mais pas une légende de papier. Une légende bien vivante qu'ils ont eu le formidable honneur de côtoyer, une légende vivante qui avait l'honneur formidable de les commander.

Reprenant donc à notre compte la phrase de cette médaille*, en ce bicentenaire de la victoire de Rocquencourt, nous, citoyens français du XXIe siècle, nous adressons à ces compagnons de la gloire, à ces enfants de France, notre première et très reconnaissante pensée.


* A l'avers de la médaille de Sainte-Hélène figure cette phrase : "A ses compagnons de gloire, sa dernière pensée. Sainte-Hélène. 5 mai 1821."

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