15 juillet 2015

[1815|2015] Bicentenaire du départ de l'Empereur en exil

Napoléon à bord du Bellerophon (Orchardson, 1880)

Le 15 juillet 1815, Napoléon, vaincu, quitte l'île d'Aix où il se trouve depuis une semaine pour monter à bord du HMS Bellerophon, se rendant aux anglais en vue de leur demander l'asile politique. L'Empereur dit alors adieu à une terre qu'il aimait tant mais qu'il ne reverra jamais plus, la France.

Arrivé le 8 juillet sur l'île d'Aix, petite larme de terre située entre Rochefort et l'île d'Oléron, le jour même de la seconde entrée de Louis XVIII dans Paris, l'Empereur définitivement défait par les forces européennes coalisées caresse une ambition ultime : le voyage aux Etats-Unis. A quoi aurait pu ressembler ce séjour américain de Napoléon ? A quoi aurait pu ressembler cette dernière page du roman de sa vie ? Mystère éternel d'un rêve étouffé dans la moiteur d'un autre exil où les vainqueurs voulurent enfermer leur si redoutable adversaire.

Empêché de rejoindre l'autre côté de l'Atlantique par le blocus du HMS Bellerophon, navire vétéran de la bataille de Trafalgar, Napoléon finit par accepter l'offre du commandant de celui-ci, Maitland, et, après avoir adressé une lettre célèbre au régent anglais, le futur George IV, le 13 juillet, il y embarque le 15.

Dans sa lettre au souverain anglais, il se compare à Thémistocle, cet athénien vainqueur de Salamine et ennemi des perses qui, banni de sa patrie, acheva son existence sous la protection de l'empereur Artaxerxès, le fils du vaincu de 480. De même, Napoléon demande asile et protection à celui qu'il gratifie du titre de plus puissant, de plus constant et de plus généreux de ses ennemis. Suite à la reddition de l'Empereur, Maitland dirige le Bellerophon vers l'Angleterre.

A l'aube du 23 juillet 1815, alors que le navire approche de l'île d'Ouessant, au large de la pointe bretonne, Napoléon se place sur la partie surélevée à l'arrière du bâtiment et regarde, silencieusement, disparaître la dernière parcelle de territoire français visible de tout le voyage. C'est la dernière fois de son existence que l'Empereur verra un morceau de cette terre sur laquelle il avait si glorieusement régné pendant quinze ans.

Les anglais n'ont pas le projet de le laisser se reposer au foyer du peuple britannique ou de rejoindre leurs anciennes colonies d'Amérique. Informé de la décision britannique le 31 juillet, Napoléon passera sur un nouveau navire, le HMS Northumberland, le 7 août, en direction de son exil final, au milieu de l'Atlantique sud, à Sainte-Hélène. La reddition de celui qu'on ne devait appeler que "général  Bonaparte", mais pour lequel tous les soldats anglais avaient une vive admiration, fut la dernière mission du Bellerophon qui resta ensuite à l'ancre, devenant une prison flottante jusqu'à sa démolition en 1836. Destin significatif.

On ne racontera pas les détails de l'exil à Sainte-Hélène, arrêtant notre récit et nos commémorations à cette date du 15 juillet, bicentenaire du départ de l'Empereur en exil. Même si la décision de le déporter sur un ilot perdu dans l'océan ne fut révélée que deux semaines plus tard, c'est bien ce 15 juillet 1815 que l'Empereur Napoléon devient l'exilé qu'il fut jusqu'à sa mort en 1821. Les puissances qui étaient enfin parvenues à le vaincre définitivement souhaitaient qu'il ne puisse plus jamais nuire au repos du monde. En violant les principes d'hospitalité, en lui refusant le destin de Thémistocle, ils lui donnèrent un destin plus grand encore. Et le vaincu de Waterloo devenant l'exilé de Sainte-Hélène, la Légende commença immédiatement à prendre forme, à grandir et à se renforcer. On avait voulu étouffer le nom de Napoléon. On ne lui donna que davantage de puissance.

Paraphrasant l'Empereur lui-même, selon des propos du Mémorial, Jésus de Nazareth n'aurait pas été Jésus-Christ s'il n'était pas mort sur la croix. Napoléon Bonaparte n'aurait pas été Napoléon le Grand s'il n'était pas mort dans cet exil lointain.

La terre de France quittée le 15 juillet 1815, l'Empereur la retrouva très exactement vingt-cinq ans et cinq mois plus tard, le 15 décembre 1840, où, malgré un froid glacial, une foule prodigieuse de français accompagna le cercueil de son ancien monarque jusqu'à sa dernière demeure où il repose encore aujourd'hui, le dôme des Invalides.

La lumière éclatante et sublime du 15 décembre 1840 dissipait à tout jamais les ténèbres qu'on avait voulu faire tomber sur Napoléon le 15 juillet 1815. Il n'y a pas d'exil véritable pour celui dont le nom demeure à jamais gravé dans le coeur des français.

1 commentaire:

  1. l heritage de notre empereur napoléon 1er vivra a travers les siecles, celui qui a fait la grandeur de la france vive l empereur vive napoléon 1er

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