18 juillet 2015

[1815|2015/Uchronie] Bicentenaire de la paix de Bruxelles : un mois après la victoire de Mont-Saint-Jean, l'empereur Napoléon remporte la bataille de la paix européenne

L'empereur Napoléon le Grand

Nous commémorons à travers tout le continent européen, en ce 18 juillet 2015, le bicentenaire de la paix de Bruxelles qui ramena la stabilité en Europe il y a deux cent ans, tout en installant définitivement la dynastie napoléonienne sur le trône de France où elle demeure encore aujourd'hui en la personne de notre bien-aimée Impératrice Charlotte.

Un mois après la victoire de Mont-Saint-Jean, remportée le 18 juin 1815 par Napoléon sur les anglais de Wellington et les prussiens de Blücher, et qu'on appelle en Angleterre la défaite de Waterloo, après un mois entier de dures négociations qui avaient failli faire basculer de nouveau tout le continent dans une longue guerre, la paix était enfin conquise ! Retour sur ces événements et l'Histoire de notre dynastie impériale.

... Vous le savez, bien entendu, ce n'est pas ainsi que l'Histoire s'est déroulée. Le 18 juillet 1815, Napoléon ne signe nul traité de paix mais se trouve encore à bord du HMS Bellerophon, en direction de la Grande-Bretagne et de son exil final. 

Et nous ne vivons pas bien entendu sous le règne de l'Impératrice Charlotte.

Mais pour clore le cycle de commémorations napoléoniennes 1815|2015 proposé depuis le 16 juin dernier par Renouveau Bonapartiste (dont vous retrouverez le 31 juillet prochain le sommaire exhaustif) et avant de laisser ce blog s'endormir quelques semaines dans la douceur de l'été, laissons nous aller à une petite fantaisie sans conséquence du doux nom d'uchronie. 

Fondé sur une divergence historique fondatrice, ce récit n'en est pas pour autant une improvisation totale puisqu'il est tissé de références à l'Histoire réelle de l'Europe, références nombreuses qui font tout l'intérêt des réécritures uchroniques, clins d'œil multidimensionnels que nous vous invitons à découvrir.

Bienvenue dans un monde où l'empereur Napoléon a gagné Waterloo ! Pardon, un monde où l'empereur Napoléon a gagné Mont-Saint-Jean ...

De la victoire de Mont-Saint-Jean à la paix de Bruxelles

La bataille de Mont-Saint-Jean avait été une lutte âpre et indécise où les deux camps s'étaient vaillamment battus. Mais la France était sortie victorieuse de la mêlée, secondée par ce grand soleil digne d'Austerlitz qui avait succédé aux pluies du 17 et admirablement servie par celui qui récoltait pour fruit de sa bravoure le titre de "duc de Mont-Saint-Jean", le maréchal Rémy Exelmans. Sans ce grand nom, qui avait su s'imposer face à son supérieur, Grouchy, et osé l'audace de violer un ordre impérial pour interrompre la poursuite de Blücher au profit d'un mouvement de soutien à l'Empereur, sans l'inspiration providentielle d'Exelmans la bataille aurait été perdue à l'arrivée du feld-maréchal prussien.

Cet épisode reste gravé dans le coeur de chaque français à travers les célèbres alexandrins du poème L'exaltation de Victor Hugo : "Soudain, joyeux, il dit : "Grouchy !" - C'est Exelmans. / Le combat changea d'âme, l'espoir changea de camp."

Blücher arriva trop tard, les défenses de Wellington étaient déjà brisées. A l'arrivée des prussiens, Hougoumont tombait ; leurs troupes ricochèrent sur des forces françaises déployées vers Plancenoit. Abimées et découragées, les armées du roi Frédéric-Guillaume III retraitèrent en désordre sans être poursuivies par Napoléon.

Ce dernier ne désirait d'aucune manière poursuivre une guerre à outrance. En revenant sur le trône de France trois mois auparavant, il avait promis la paix au continent. Il comptait respecter sa promesse. La victoire de Mont-Saint-Jean fut pour lui une victoire essentielle sans être totalement décisive. Son principal effet fut de rebattre les cartes diplomatiques. Si la Prusse ne sortait que plus enragée de sa défaite, Blücher retraitant pour mieux reconstruire ses troupes et intégrer de nouveaux renforts à celles-ci, l'Angleterre venait de recevoir une déconvenue sévère. Wellington se retira sur Ostende et son pays demeura quelques temps dans l'expectative.

La grande surprise vint de l'Autriche. Alors que ses armées avançaient par le sud vers l'Alsace, l'empereur d'Autriche et son gouvernement exigèrent que cette avancée fut suspendue. Officiellement, on voulait laisser une dernière chance à l'empereur des français de s'expliquer et de donner les preuves de sa bonne foi tout en maintenant la pression militaire sur sa frontière orientale. En réalité, l'Italie étant pacifiée depuis la défaite de Murat à Tolentino et les autrichiens mécontents de ces Bourbons qui n'avaient même pas su tenir la France une année entière, l'empire des Habsbourg qui avait perdu sa prééminence en Allemagne dans la fureur des guerres napoléoniennes, cet héritier direct du Saint-Empire ne s'opposait pas à l'idée que la Prusse fut vaincue et que son ascension fut brisée. L'Autriche craignait, plus encore qu'elle ne craignait la France, la trop grande puissance d'une alliance des prussiens et des russes qui aurait pu la marginaliser. De surcroît, personne n'oubliait que l'enfant de quatre ans appelé à régner après son père sur l'Empire français était le petit-fils de l'empereur François.

Le tsar de Russie quant à lui ne changea pas d'un iota sa détermination et ses soldats continuèrent à marcher vers l'occident. Pour pousser le concert diplomatique à se montrer plus favorable à sa personne, l'empereur Napoléon reprit les armes et se jeta sur Blücher. Le 21 juin 1815, à la bataille de Lubbeek, la Prusse vit ses fils mourir par milliers puis fuir harcelés par le désespoir. Le vieux feld-maréchal refusa de se soumettre et mourut en plein combat, fidèle dans la mort à son ardeur patriotique. Le coup fut violent mais Frédéric-Guillaume III leva de nouvelles troupes dans un mouvement digne d'une croisade.

La victoire de Lubbeek permit à Napoléon de réaffirmer plus encore sa volonté de paix. Plutôt que de continuer le combat et d'entrer en Allemagne, il recula vers la frontière française. A travers Talleyrand, revenu dans le giron de son maître, notamment grâce aux manoeuvres de la diplomatie autrichienne devenue la première "alliée" de l'Empereur, l'Angleterre commença à céder. Elle fit savoir que son seul intérêt résidait dans la stabilité du continent et qu'il y avait au coeur de cette problématique la question du régime français. En coulisse, les diplomates anglais faisaient savoir à qui voulait l'entendre que les Bourbons avaient échoué, que la République n'était même pas envisageable et que les Orléans n'étaient pas une garantie suffisante.

Après plusieurs jours de négociations internationales intenses, Napoléon s'offrit une nouvelle victoire militaire pour affermir sa position, en offrant notamment à l'Autriche une défaite prussienne. Face à l'avancée des russes et à leur concentration avec les prussiens, rassemblant à eux deux 450.000 hommes dans l'est de l'Allemagne, il traversa la Belgique en un éclair et vint frapper la  Prusse sur son territoire même, en pulvérisant ses forces stationnées près de Coblence, le 30 juin, à la bataille de Wirschem. Cette victoire fut décisive pour l'Empire français. Face à la passivité de l'Autriche qui laissa les troupes napoléoniennes vaincre les prussiens, les autres Etats allemands se désolidarisèrent de la coalition et obtinrent de Napoléon de solides garanties quant au respect par lui des décisions du Congrès de Vienne. Ces garanties sans cesse répétées depuis la victoire de Mont-Saint-Jean deux semaines auparavant poussèrent enfin les anglais à envisager à haute voix la négociation d'une paix avec le "général Bonaparte". Ne demeurait qu'une alliance entre la Russie et la Prusse. Alliance affaiblie par les victoires impériales de Lubbeek et Wirschem et par la baisse des subsides anglais aussi bien que par le retournement extrêmement précoce de l'Autriche, véritable artisan de cette paix inattendue.

Napoléon retraita de nouveau et vint s'établir près de Strasbourg, renforçant ses capacités défensives et sa puissance de feu militaire en prévision de ces 450.000 hommes qui avançaient vers la France. Les négociations de Strasbourg furent difficiles et parfois violentes. Rapidement on vit se dessiner de nouvelles lignes de fractures menaçant l'Europe d'une nouvelle conflagration ; on craignait notamment que l'Autriche et ses alliés allemands n'en viennent à attaquer la Russie et la Prusse. Le jeu des alliances aurait alors laissé le continent s'enliser dans un nouveau conflit généralisé. Face à cela, l'Angleterre adopta une position énergique. L'alliance du vaincu de Mont-Saint-Jean, le duc de Wellington, de Metternich et de Talleyrand mena enfin à des conclusions encourageantes le 15 juillet. Le lendemain, les négociations aboutissaient et, deux jours plus tard, le 18 juillet 1815, l'empereur Napoléon se rendait à Bruxelles pour signer la paix.

Les lendemains de la paix de Bruxelles

De cet intense mois de manoeuvres militaires et diplomatiques, l'Histoire retint plusieurs vainqueurs. Le principal d'entre eux était évidemment l'empereur Napoléon qui, un peu plus d'un an après avoir été vaincu, en avril 1814, par l'Europe toute entière, imposait à cette même Europe et son évasion de l'île d'Elbe et le maintien de sa dynastie sur le trône français. L'autre grand vainqueur était paradoxalement le Congrès de Vienne offensé par le retour du souverain français mais finalement renforcé des garanties multiples offertes par celui-ci à la stabilité européenne telle que tracée les mois précédents dans la capitale autrichienne.

Les autres grands vainqueurs étaient d'un côté l'empereur François d'Autriche qui avait su convaincre Metternich de suivre une audacieuse diplomatie pro-française pour marginaliser la Prusse dans l'espace allemand et de l'autre le duc de Wellington, ce fascinant vaincu de Waterloo qui depuis Ostende avait manié toutes les options possibles avant de devenir le champion de la paix et de figurer parmi les trois hommes qui restèrent à jamais gravés dans le marbre de l'Histoire comme les trois principaux artisans de la paix de Bruxelles : Wellington, Metternich et Talleyrand.

Napoléon se rendit dès septembre 1815 en visite d'Etat à Vienne où son beau-père l'empereur François lui rendit son fils, l'Aiglon, duquel il jurait n'avoir voulu ni l'emprisonner ni le rééduquer mais simplement le protéger loin des querelles françaises. Marie-Louise, déjà entichée de Neipperg, et duchesse de Parme en vertu des décisions du Congrès, demeura l'épouse de Napoléon sur les plans juridiques et religieux, conservant son titre d'impératrice sans pour autant revenir en France. Cette entrevue de Vienne entre les deux empereurs est resté dans l'Histoire comme un des plus importants événements de l'amitié franco-allemande.

Le 20 novembre 1815 fut signé un second traité de Paris, effaçant le souvenir de celui de 1814 et actant la reconnaissance par la France napoléonienne du Congrès de Vienne à l'acte final duquel on ajoutait quelques articles faisant de Napoléon un souverain lui-même reconnu par le concert européen. Au retour de l'île d'Elbe, on avait menacé la France de sévérité, et notamment de revenir sur les frontières qui lui avaient été accordées en 1814. Il n'en fut rien et ces dernières furent confirmées. Sarrelouis et Sarrebruck, Bouillon et Philippeville, ou encore le département du Mont-Blanc demeurèrent en France.

Dès la signature du traité on ouvrit des négociations pour que l'intégralité de la Savoie fut rétrocédée à la France au nom de l'intégrité du territoire savoyard scindé entre partie occidentale française et partie orientale sarde. Ces négociations aboutirent assez rapidement au traité de Turin du 20 mars 1816, qui faisait de Napoléon le nouveau duc de Savoie, et ce malgré l'échec français relatif au comté de Nice que le roi de Sardaigne ne voulut abandonner pour aucune raison. Un échec dont le souvenir nous est revenu il y a quelques temps à travers l'actualité quand Cristiano Estrosi, maire Forza Italia de Nizza, proche de la Ligue du Nord et des indépendantistes, a déclaré qu'il souhaitait que sa ville commémore la déconvenue française et l'autonomie niçoise en grandes pompes.

La fin du règne de Napoléon Ier

Réinstallé pour de bon sur le trône français, Napoléon respecte ses engagements. Si l'Europe est désormais régie par le système issu du Congrès de Vienne, la France est quant à elle désormais placée sous le règne des Actes additionnels. Cette oeuvre de Benjamin Constant inaugure avec plus de force que n'avait pu le faire la Charte de 1814 l'ère du parlementarisme en France. Alors qu'on craignait assez légitimement qu'une fois vainqueur l'Empereur ne déchire ce papier semi-libéral, à la surprise de certains il préfère respecter les modifications constitutionnelles introduites avant son entrée en guerre.

Le premier gouvernement de cette nouvelle période de l'Histoire française est confié à celui dont le retournement a été central lors des négociations de juin et juillet 1815 : Talleyrand. Homme fort d'un régime qu'il avait pourtant abandonné en 1814, le prince de Bénévent préside aux destinées gouvernementales de la France jusqu'à son remplacement par Coulaincourt fin 1816. Fermant la marche des présidents du Conseil sous le règne de Napoléon Ier, le maréchal Exelmans, duc de Mont-Saint-Jean, prend la tête du gouvernement en 1819.

Ce règne libéral et parlementaire de l'ancien général Bonaparte s'achève précocement dans le sang au début de l'année 1820. Le 13 février 1820 précisément, l'Empereur entouré de presque l'intégralité de la Famille impériale se rend à l'opéra pour écouter quelques sonates d'Antonio Soler, compositeur espagnol du XVIIIe siècle. L'événement n'est pas totalement innocent. La programmation a été réclamée par l'Empereur, et son frère, le prince Joseph, est à l'honneur dans la loge impériale, lui, sa femme et sa fille cadette, Charlotte. Depuis un mois et demi, l'Espagne est en effet secouée par une révolte libérale menée par Rafel del Riego. Le peuple français n'a pas fait mystère de son soutien enthousiaste au mouvement et ce dernier est renforcé par nombre de vétérans de la Grande Armée.

Fin janvier, en déclarant que ceux-ci n'agissaient qu'à titre individuel et qu'il ne comptait rien y faire, tout en ajoutant que l'armée française n'interviendrait pas en Espagne, ni d'un côté ni de l'autre, Napoléon avait envoyé un premier signal de soutien qu'il voulait renforcer par quelques démonstrations supplémentaires. Après quelques autres déclarations et le bon accueil officieux fait par l'Empereur à un envoyé de Riego, cette soirée musicale consacrée à l'Espagne ne pouvait être comprise autrement que comme une nouvelle démonstration de soutien. En plus de la place accordée à l'ancien roi Joseph, on avait convié à l'opéra ce soir-là nombre d'exilés libéraux. L'Empereur avait d'ailleurs ostensiblement et longuement discuté à l'entrée du bâtiment avec un des leurs, un espagnol libéral et pro-français au visage traversé d'un bandeau, frère du comte de Montijo et grand d'Espagne, don Cipriano di Palafox y Portocarrero.

L'Europe s'inquiète alors à l'idée que le souverain français puisse de nouveau caresser l'ambition de faire de Joseph Bonaparte un roi d'Espagne. En réalité, il n'en est rien, Napoléon ne souhaitant que tester les limites de ses partenaires européens en mettant en avant Joseph, tout en soutenant réellement le triomphe des insurgés espagnols afin de conforter sa nouvelle image de monarque libéral. Mais alors que les milieux dirigeants français et, selon les rumeurs, jusqu'au duc de Mont-Saint-Jean, chef du gouvernement, craignent une condamnation de l'Europe et des ennuis diplomatiques sévères, c'est un drame d'une toute autre nature qui frappe la France ce 13 février 1820 lorsqu'une bombe artisanale d'une grande violence explose sous la loge impériale. Au coeur de cette boucherie qui décime le public, la famille impériale est lourdement touchée. L'Empereur est tué, ainsi que ses frères, Joseph et Jérôme, sa belle-soeur, Julie Clary, sa nièce, Charlotte. Louis Bonaparte et Hortense de Beauharnais sont les seuls survivants de la loge impériale. L'ancien roi de Hollande ayant fâché son frère quelques mois auparavant, il était alors en disgrâce. Une disgrâce qui lui sauva la vie en le plaçant à la plus mauvaise place de la loge.

La princesse Catherine de Würtemberg, absente pour cause de grossesse, figure parmi les autres membres survivants de la Famille impériale, et elle donnera naissance trois mois plus tard à la princesse posthume Mathilde qui se distinguera à l'âge adulte par son enthousiaste soutien aux Arts et aux Lettres. A sa mort en 1904, sans enfants, elle léguera sa fortune à une association, la Fondation Princesse-Mathilde qui organise chaque année à Paris le très prestigieux Festival International Princesse-Mathilde où sont récompensés les plus illustres écrivains, peintres, sculpteurs, cinéastes et, depuis quelques années, danseurs et chanteurs de la planète.

La seconde génération des Bonaparte est peu touchée par l'attentat, à l'exception de la princesse Charlotte qui venait à peine d'avoir dix-sept ans et faisait là sa première sortie officielle. Survivent Zénaïde, adulte mais sauvée car souffrante ce 13 février, le fils aîné de Jérôme [nb : il ne s'agit pas de Plon-Plon qui est le troisième enfant de Jérôme et donc n'existe pas dans cette dimension uchronique], les deux fils de Louis et le nouvel empereur, l'ancien Roi de Rome du temps de la splendeur napoléonienne, désormais Napoléon II. Survivent également tous les membres de la famille de Lucien, non dynaste.

La princesse Zénaïde demeurera jusqu'à sa mort en 1854 la personnalité la plus populaire de France, le peuple adoptant cette pauvre enfant privé sauvagement de père, de mère et de soeur. C'est en son souvenir que chaque année les chefs d'Etat français et espagnols remettent le Prix Princesse-Zénaïde de l'Amitié Franco-Espagnole.

L'attentat est le fait d'un militant royaliste arrêté deux jours après par l'impitoyable police de Fouché : le comte Antonin de Louvel. Celui-ci a pu réussir son oeuvre criminelle avec le soutien d'espagnols absolutistes qui souhaitaient se venger des positions pro-libérales de Napoléon et tuer, par la même occasion, l'ancien roi Joseph. Cet assassinat massif provoque une vive indignation en Europe et affaiblit du même coup le roi Ferdinand VIII d'Espagne qui doit se désolidariser de l'acte et finira par céder aux insurgés libéraux en reconnaissant la constitution de Cadix dès le début du mois de mars.

L'attentat affaiblit aussi paradoxalement le royalisme français que Louvel voulait pourtant servir en massacrant la famille impériale. Dès le 14 février, celui connu comme le roi des Trois-Cent-Vingt Jours, du compte exact de jours que dura son retour avorté entre le 3 mai 1814 (entrée à Paris) et le 19 mars 1815 (départ de Paris), l'ancien roi, Louis XVIII, condamne l'attentat, s'unit au peuple français dans l'émotion et va même jusqu'au geste incroyable et très noble de souhaiter un long règne à l'orphelin désormais empereur.

Suite à l'enquête, on découvrira rapidement que Louvel était un proche du neveu de Louis XVIII, le duc de Berry, et qu'il s'inscrivait dans un réseau protégé et vaguement présidé par le frère et héritier du roi, le comte d'Artois. Le roi en exil prend alors la lourde décision de prononcer une disgrâce perpétuelle sur son frère et ses descendants. Louis XVIII disparaîtra le 16 septembre 1824 dans son exil d'Addlestone, au sud-ouest de Londres, avec à ses côtés son cousin, Louis-Philippe, duc d'Orléans, et l'ambassadeur de France en Angleterre, dépêché auprès de lui par un ordre express du gouvernement impérial. Sa dépouille sera rapatriée à la basilique Saint-Denis en décembre 1840, parallèlement aux obsèques nationales offertes par l'Empire à Louis XVI, Marie-Antoinette et "Louis XVII".

La régence du prince Louis

Les obsèques de Napoléon Ier et des autres membres de sa famille furent un des événements les plus mémorables du XIXe siècle tant la foule fut dense et les célébrations pleines de majesté. Celles-ci furent présidées, au nom du nouvel empereur, par le nouveau régent : le prince Louis Bonaparte. Personnalité complexe mais libérale et compétente, il sut appliquer à la France durant ses neuf années de régence la même volonté bienfaisante que celle dont il avait fait preuve durant son règne hollandais. Impopulaire et tombé en semi disgrâce, cette même disgrâce, en le sauvant de l'attentat, fera de lui le Prince-Régent, célébré comme un des plus importants homme d'Etat de notre pays.

Sur le plan intérieur, il se montrera particulièrement libéral dans le domaine constitutionnel, renforçant les pouvoirs du Parlement sans abaisser ceux du Gouvernement, défendant continuellement l'idée d'un régime équilibré alliant démocratie et puissance. Il est célèbre pour avoir le premier défendu un suffrage universel sans entraves, oeuvre à laquelle il apportera sa pierre en élargissant considérablement les contours de l'électorat actif en 1824. Avocat enthousiaste du suffrage populaire, il disparaîtra malheureusement deux ans avant la mise en place de celui-ci par l'empereur Napoléon II, en 1848, une fois le conservateur Guizot remplacé à la présidence du gouvernement par Alphonse de Lamartine.

Mais l'apport le plus important du Prince-Régent à l'Histoire est incontestablement le rôle primordial qu'il joua dans la crise de l'indépendance belge. Le roi des Pays-Bas était sorti affaibli de la bataille de Mont-Saint-Jean, défaite qu'il avait vécu en première ligne, sur son propre territoire. Les belges déçus de leur prince s'agitèrent et réclamèrent que le royaume uni des Pays-Bas ne devienne pas le lieu de leur marginalisation. Aux doléances d'une partie de son peuple, Guillaume Ier répondit par la répression et la censure. Au début des années 1820, il mit en place une politique d'unification culturelle et d'autoritarisme politique qui heurta considérablement l'opinion belge, soutenue dès lors par l'opinion française puis très rapidement, en coulisses, par le Prince-Régent.

La révolution belge éclate à l'été 1828 et inquiète les Pays-Bas et l'Europe toute entière. En effet, les puissances continentales savent pertinemment que le prince Louis Bonaparte, ancien roi de Hollande, est un fervent défenseur de l'indépendance belge et on craint qu'il ne veuille pousser à la sécession pour s'imposer sur ce nouveau trône et enclencher, au profit du règne de son impérial neveu, une nouvelle période d'hégémonie française. Guillaume Ier, encouragé par le soutien international, se montre intraitable et s'il accepte aux premiers jours de la révolte de se plier au jeu des négociations c'est pour y envoyer son frère, le prince Frédéric, avec des conditions se résumant à la soumission pleine et entière du peuple belge contre de très maigres avancées.

Cédant à son orgueil royal, et alors même que la France se veut immobile et respectueuse du concert diplomatique, le régent se refusant à intervenir "sans raisons" dans les destinées d'un pays étranger, le roi Guillaume décide l'invasion de la Belgique par ses armées et, aux premiers jours de 1829, l'ancien "négociateur" Frédéric devient le commandant en chef des troupes chargées de rétablir l'ordre au sud du royaume. Cette agression inattendue alors que la France a rassuré l'opinion européenne et que la révolution belge modérait ses exigences, cette décision unanimement considérée comme insensée ouvre la voix à une intervention française que le Prince-Régent n'avait pas voulu lancer "sans raisons". La raison, il l'avait désormais et au printemps 1829 l'armée impériale s'ébranlait sous la direction du vieux maréchal Ney vers les plaines belges où elle repoussa sans difficulté les soldats du prince Frédéric. Cette décision historique est la dernière de la régence puisque l'empereur Napoléon II accède à sa majorité le 20 mars 1829, en pleine guerre franco-néerlandaise. S'il nomme le libéral Benjamin Constant à la tête du gouvernement, où il succède au duc de Mont-Saint-Jean, il délègue d'importantes responsabilités à son oncle le prince Louis qui prend le titre de "lieutenant général de l'Empire", lui permettant de continuer son oeuvre pour la Belgique indépendante.

Mais le roi des Pays-Bas demeure inflexible malgré sa défaite sur le théâtre militaire. Ayant considérablement déçu la communauté européenne en permettant par sa maladresse aux français d'entrer dans la partie, il n'est plus soutenu que par la Prusse. A l'automne 1829, le prince Louis et le duc de Gloucester, cousin du roi George IV du Royaume-Uni, mènent une offensive franco-britannique en territoire néerlandais afin de faire pression sur Guillaume. Ce dernier préfère abdiquer en décembre 1829 que plier et c'est son fils, Guillaume II, qui reconnaît l'indépendance belge en février 1830.

Un Congrès belge est élu en avril suivant et désigne par un vote unanime l'ancien Prince-Régent comme "roi des Belges". Mais Louis refuse la couronne qu'on lui offre, pour lui comme pour ses deux fils, arguant qu'il ne peut renoncer à la succession impériale française ni provoquer l'Europe en reprenant son ancienne couronne royale. Ce refus laisse le gouvernement belge démuni. De nouvelles solutions sont étudiées sans qu'aucune ne se démarque. L'instabilité renaît et une tentative de soulèvement orangiste éclate en juillet 1830, en lien avec le prince Frédéric des Pays-Bas que les insurgés veulent pour roi. L'insurrection orangiste vire à la guerre civile pendant les trois journées de Bruxelles des 27, 28 et 29 juillet 1830. Mais au soir du 29, les belges libéraux parviennent à défaire les orangistes autoritaires. Louis propose alors, en accord avec l'Angleterre, la candidature d'un homme avec qui il a des contacts réguliers depuis 1827, le prince Louis-Philippe d'Orléans. Le Congrès belge y consent et élit ce prince de l'ancienne famille royale française au trône de Belgique le 9 août. Le duc d'Orléans accepte et prête serment le 21 août 1830, ce jour de l'intronisation du premier roi des Belges étant aujourd'hui encore le jour de la fête nationale chez nos voisins d'outre-Quiévrain où les Orléans règnent encore en la personne de la reine Louise. Parmi les prétendants déçus à la couronne de Belgique se trouve le prince Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha qui, après avoir successivement accepté et refusé la couronne grecque en 1830, finit par de nouveau accepter de monter sur le trône athénien le 4 août 1831, où règne aujourd'hui, depuis 2013, le fils du roi Paul II, le roi Philippe de Grèce dont l'épouse, la reine Mathilde, est, ironie de l'Histoire, d'origine belge.

En mars 1831, au cours du soulèvement italien pour l'unité où il avait été envoyé comme médiateur, le fils aîné du Prince-Régent perdra la vie, faisant de cette branche de la Famille impériale un clan particulièrement lié à la liberté des peuples dont l'empereur Napoléon III, fils cadet de Louis, se fera le champion.

Le règne de Napoléon II

Napoléon II régnera personnellement pendant trente-neuf années, calmes et prospères, l'empereur ne souhaitant d'aucune manière s'investir directement dans la vie politique et parlementaire. Exerçant un rôle stratégique dans sa liberté de choisir le nom du président du Conseil, même si celui-ci ne peut exercer sans confiance des chambres, Napoléon II est attaché à un rôle de neutralité au service de l'unité nationale et ne chercha jamais à violenter les volontés parlementaires. A partir de l'introduction du suffrage universel, à l'avènement duquel il a fortement contribué en prenant l'initiative de renvoyer Guizot au profit de Lamartine le 24 février 1848, il devint pleinement un monarque constitutionnel, n'exerçant plus qu'une discrète influence en coulisses, notamment lors de ses entretiens avec le chef du gouvernement.

Sur le plan familial, l'empereur Napoléon II épouse en 1834 la fille du roi Maximilien de Bavière, la princesse Ludovica. Cette dernière avait refusé en 1828 de convoler avec son cousin, le duc Maximilien en Bavière, n'acceptant pas d'être la seule de la fratrie à ne pas contracter un mariage capable de lui faire ceindre une couronne. Cette bouderie lui avait valu d'être mise à l'écart par son frère, le roi, de la cour de Munich puis d'être envoyée en quasi exil à Paris. C'est là, en 1831, qu'elle rencontre, à un bal, l'empereur des français ; si le charme opère lentement il opère cependant avec persévérance et le 9 septembre 1834 ils se disent "oui" dans la cathédrale Notre-Dame. De ce mariage naîtront trois filles : Elisabeth, en 1837, Marie, en 1841 et Sophie, en 1847, qui seront respectivement impératrice d'Allemagne, reine d'Italie et grande-duchesse de Luxembourg. Ces trois destins sont liés à trois grands événements de l'Histoire européenne dont deux ont lieu durant le règne de Napoléon II, les deux plus importants puisque tout à fait essentiels au regard de l'Histoire du monde : l'unification des peuples d'Allemagne et d'Italie.

L'Unité allemande fait suite au Printemps des Peuples de 1848, écho européen de la réforme constitutionnelle française et du gouvernement progressiste de Lamartine (période d'un an surnommée "l'Année Lyrique"). A la fin 1848, l'empereur Ferdinand d'Autriche abdique au profit de son neveu, l'empereur François-Joseph. Ce jeune homme avait accepté le 3 avril précédent, en pleine révolution allemande, de devenir le champion de l'unité des territoires allemands. Dès son arrivée sur le trône, il amplifie ses promesses et ouvre un temps de négociations pour transformer la Confédération Germanique issue du Congrès de Vienne. Après avoir vaincu les armées prussiennes durant la guerre de 1852 - 1853, le roi Frédéric-Guillaume IV se refusant à voir l'Allemagne s'unifier sous le sceptre autrichien, il est couronné premier empereur d'Allemagne en 1854. En Prusse, suite à la double abdication de 1853 consécutive à la défaite militaire, Frédéric-Guillaume IV renonçant à la couronne, suivie une semaine plus tard par son fils Guillaume Ier, c'est le roi Frédéric III qui règne en ami de la paix et des libertés, bientôt marié, en 1858, à la fille aînée de la reine Victoria d'Angleterre.

La proclamation de cet Empire allemand sous domination autrichienne laisse cependant un problème non résolu : la question de la Hongrie, intégrée provisoirement comme "terre étrangère" à la nouvelle structure. En 1862, face à l'immobilisme impérial et aux vexations répétées, une révolte éclate à Budapest et la moitié du pays bascule dans la sédition. Cette période de deux ans connue comme la Sécession hongroise est résolue pacifiquement par François-Joseph, sur les conseils de son épouse (et cousine), l'impératrice Elisabeth Bonaparte, mieux connue par son surnom d'impératrice Sissi. Celle-ci lui conseille dès les premiers troubles de conférer la couronne hongroise à son frère, l'archiduc Maximilien. Pour l'impératrice Elisabeth c'est une façon de résoudre des problèmes autrichiens comme français, privant de candidat son cousin, le prince Louis-Napoléon Bonaparte, héritier de Napoléon II, investi à l'époque dans un projet de monarchie mexicaine qui ne verra pas le jour, le prince privé d'empereur mexicain se rendant rapidement compte de la complexité de son ambitieux projet. L'archiduc Maximilien devient roi de Hongrie le 10 avril 1864.

L'Unité italienne fut plus rocambolesque encore. De même, tout commence en 1848 durant le Printemps des Peuples lorsque le royaume lombard-vénitien, structure d'occupation pour l'Autriche, doit affronter un mouvement insurrectionnel particulièrement décidé. Déstabilisée, l'Autriche, qui se voit un destin en Allemagne, souhaite ne pas perdre la face en Italie mais surtout se refuse à voir la situation profiter au roi de Sardaigne à qui on prête l'intention d'unifier la péninsule à son profit. Le 23 mars 1848, au lendemain de la proclamation de la République de Saint-Marc à Venise, l'Autriche laisse le fils du maréchal Murat, Lucien Murat, entrer en Lombardie où il prend la tête des insurgés. Le prince Murat est alors proclamé prince souverain de Lombardie, avec la bienveillante passivité autrichienne, les armées impériales déferlant sur la Vénétie sans se préoccuper des menées lombardes. En 1849, le royaume lombard-vénitien est dissout au profit de deux principautés, la principauté de Lombardie gouvernée par Lucien Murat et la principauté de Venise, dont le prince est l'empereur autrichien. L'Autriche pense avoir joué finement et placé de grandes embûches sur le chemin du Risorgimento ; en réalité, ils ont placé au centre du jeu celui qui en sera l'artisan. Leur stratégie consiste à alimenter l'antagonisme lombardo-sarde en espérant que celui-ci paralyse l'unité italienne. Elle échouera complétement.

En 1855, le duché de Modène se soulève contre son souverain, l'ultra-conservateur François V. Présentant en Allemagne, son nouvel empire, l'image du plus parfait empereur moderne, François-Joseph, au tempérament pourtant conservateur, est incapable de soutenir son lointain cousin et se résout à laisser le prince Murat ceindre la couronne de Modène. En 1857, c'est au tour de Parme de tomber dans l'escarcelle du prince de Lombardie, Lucien Murat, avec le soutien de son cousin Napoléon II, arrachant la couronne de Parme des mains de la régente Louise d'Artois, fille du prétendant royaliste au trône de France, l'ancien commanditaire du 13 février 1820, le duc de Berry, Charles XI pour ses partisans, auquel elle offrait l'asile.

Prince de Lombardie, duc de Modène et duc de Parme, Lucien Murat se voit offrir une nouvelle couronne par les toscans en 1858. Face à cette marche triomphale, le pape Pie IX place la même année son royaume temporel sous la protection du glaive de celui à qui il confère, pour la première fois, le titre de "Père de la Nation italienne". Pour le roi de Sardaigne, c'en est trop. Il déclare la guerre à Murat au printemps 1859, se déclarant le défenseur des traditions et des souverainetés italiennes face à l'expansionnisme d'un français. En réalité, il veut se défaire d'un rival devenu beaucoup trop dangereux. Le 4 juin, le roi Charles-Albert est vaincu à Novare et abdique en faveur de son fils, Victor-Emmanuel II. Mais celui-ci ne peut rien face à la déroute des armées sardes. Le 8, la capitale, Turin, tombe puis le 10 les troupes ennemies sont pulvérisées à la bataille d'Asti. Lucien Murat ajoute à ses titres ceux de prince de Piémont et prince de Sardaigne. Le royaume des Deux-Siciles est alors assailli par les manifestations pro-Risorgimento. En 1860, Garibaldi s'empare du dernier territoire italien extérieur à la domination Murat, et ce au nom de "Lucien Ier, roi d'Italie". Ce titre devient réalité le 17 mars 1861 lorsque le fils du maréchal Joachim Murat fait une entrée triomphale dans Rome où il reçoit la couronne royale et la bénédiction du pape dans la basilique Saint-Jean-de-Latran. Lucien Murat est Roi d'Italie tandis que Pie IX se voit reconnaître une influence constitutionnelle et le titre de "Protecteur des peuples d'Italie". Cette cohabitation ne sera pas un long fleuve tranquille, Pie IX tentant d'augmenter son pouvoir au fil des années, le souverain ayant abandonné l'ancrage territorial de son pouvoir temporel au profit d'une extension de celui-ci à la politique italienne toute entière.

Le Roi et le Pape disparaîtront la même année, en 1878. A Lucien Murat succédera son fils, le roi Joachim Ier, tandis que le conclave donnera pour évêque de Rome à l'Eglise universelle un membre du clan Bonaparte, petit-fils du prince Lucien, le frère de Napoléon Ier : le cardinal Louis-Lucien Bonaparte, pape Clément XV. Cette élection historique ramenant un français sur le trône de Saint-Pierre, cinq siècles très précisément après Grégoire XI, est avant tout une conséquence de l'étroite amitié réunissant les familles Bonaparte et Murat, et derrière elles les Nations française et italienne, ainsi que le couronnement d'une politique impériale à la fois indépendante, frisant parfois le gallicanisme, mais toujours attachée au maintien de la tradition chrétienne en France.

Jusqu'à sa mort en 1895, Clément XV se dépouillera des avantages institutionnels attachés au trône pontifical, ne conservant, après la réforme constitutionnelle de 1886 consécutive aux accords du Latran de 1885, que le titre honorifique de "Protecteurs des peuples d'Italie". Attentiste au début du processus, l'empereur Napoléon II aura fini par embrasser, notamment sous l'influence de son cousin, le très italophile Louis-Napoléon Bonaparte, son héritier dynastique, la cause de son cousin germain, Lucien Murat. Il lui apporte un appui diplomatique à partir de 1856, dans son face-à-face avec Louise d'Artois puis assiste avec une joie manifeste, en janvier 1859, au mariage de sa fille Marie avec Joachim Murat, qui deviendra prince royal et duc de Milan à partir de 1861 puis roi d'Italie en 1878. On raconte que c'est ce mariage, ciment de l'alliance franco-italienne, qui décida le roi de Sardaigne à déclencher une guerre.

Le règne de Napoléon III

Le règne de Napoléon II fut une période dénuée d'agitations pour la France où le parlementarisme connut, établi sur des bases fortifiées par la régence du prince Louis, une phase positive de développement et de perfectionnement. Mais Napoléon II ne fut pas pour autant un monarque progressiste. Sincèrement libéral à la mode napoléonienne, attaché aux libertés tout autant qu'à l'autorité, il fut plus conservateur que son oncle, le Prince-Régent, et maintint durant les trente-neuf années de son règne à la tête des gouvernements successifs des personnalités soit libérales soit conservatrices. Le gouvernement le plus avancé qu'il donna à la France fut celui de Lamartine, libéral progressiste, qui ne dura qu'un an et n'avait pour mission que d'achever l'extension du suffrage universel et la réforme des institutions. Quant à la nomination de La Fayette à la présidence en 1830, les espoirs portés par l'ancienne figure de la Révolution avaient vite été déçues et celui-ci avait quitté le pouvoir en 1832 sous le coup d'une forte impopularité.

A sa disparition, le 22 juillet 1868, l'empereur ne laisse que trois filles. Attaché aux traditions, il n'avait pas voulu abolir la loi salique comme on le lui avait conseillé. Cette abolition avait été toute proche durant l'Année Lyrique mais, sans soutien du trône, Lamartine ne put rien faire de concret. Avec le mariage de la fille aînée de Napoléon II, la princesse Elisabeth, avec l'empereur François-Joseph, en 1854, toute perspective de règne personnel d'une femme se dissipa, et le prince Louis-Napoléon Bonaparte obtint toutes les faveurs d'un prince héritier définitivement appelé, sauf embûche de la providence, à ceindre la couronne de France.

C'est le règne de ce prince complexe, qu'on disait volontiers aventurier, personnalité décriée dans les cercles dirigeants de la bourgeoisie mais populaire dans les chaumières, c'est le règne de Napoléon III qui vint donner à la France le bénéfice d'une véritable politique avancée et sociale. Napoléon III n'était pas comme son cousin un homme prompt à être un monarque purement constitutionnel. Le nouvel empereur était davantage intéressé à une influence directe, ce qui ne manqua pas de poser des problèmes avec le Parlement plusieurs fois durant ses dix années de règne. Il en était de même de son épouse qui se mit activement au service des intérêts des plus démunis et de ceux de la religion, l'impératrice Eugénie de Montijo, fille cadette de cet insurgé espagnol personnellement salué par Napoléon Ier au soir du 13 février 1820.

Dès son accession au trône à l'été 1868, Napoléon III renvoie le dernier gouvernement de son cousin, présidé par le conservateur Rouher, au profit d'un nouveau cabinet présidé par le saint-simonien Michel Chevalier. L'entrée de personnalités "suspectées" de républicanisme ne manqua pas de faire jaser dans les hautes-sphères du pouvoir, notamment la nomination d'un obscur député, originaire de Cahors, Léon Gambetta, au ministère de l'Intérieur. Les avancées de ce gouvernement sont nombreuses : droit de grève accordé, système de retraites ébauché, protection de l'enfance structurée (notamment grâce à l'action de l'impératrice), libre-échangisme mis en place par le traité franco-britannique du 23 janvier 1870, livret ouvrier supprimé les salariés se voient dotés de représentants dans de nombreuses institutions économiques et sociales.

Cette marche en avant quelque peu brutale, en rupture avec la prospérité douce du règne de Napoléon II, et alors même qu'un ralentissement économique se profile, n'est pas sans provoquer quelques remous. Une frange de républicains conservateurs, opposés tout autant à l'Empire qu'aux avancées sociales, va même jusqu'à fomenter une tentative de coup d'Etat le 4 septembre 1870, énergiquement réprimée par le ministre Gambetta. Michel Chevalier sera remplacé en janvier 1873 par son ministre de la Justice, Emile Ollivier, d'un libéralisme moins socialisant.

Sur le plan international, le règne de Napoléon III est aussi assez agité. Fils du Prince-Régent, célébré dans le monde entier pour son attachement à la liberté des peuples et son rôle dans l'indépendance belge, frère du prince Charles-Napoléon, martyr malheureux de la cause italienne, et lui-même investi à des degrés divers dans des projets plus ou moins fumeux de libération de peuples opprimés, Napoléon III, qui avait été en première ligne pour conseiller et Napoléon II et Lucien Murat sur la question italienne, le nouvel empereur se montrera très audacieux dans ses positions internationales. Il intervient en Crimée dès 1869 pour mettre un terme aux abus de la politique russe contre l'Empire ottoman, obtenant au passage la liberté pour les roumains et les bulgares. Dans le domaine colonial, il modifie les structures institutionnelles des colonies et nomme des vices-rois indigènes à la tête de ces royaumes coloniaux, dont le plus réussi est incontestablement le grand royaume arabe dont la vice-royauté fut déférée à l'ancien rebelle Abdel-Kader. Toute cette oeuvre, dont on n'entrevoit ici qu'une parcelle, lui amènera la consécration d'être célèbre devant la postérité sous le surnom d'Empereur des Peuples.

La rivalité franco-prussienne est la grande affaire de son règne. Depuis le milieu des années 1860, des factions militaires liées à la vieille aristocratie prussienne militent activement pour une politique agressive capable de disloquer la suprématie Habsbourg en Allemagne. A partir de 1866, cette tendance militariste se tourne vers la France, cible idéale car ennemie historique, depuis Iéna et plus encore depuis les défaites de 1815, et alliée de l'Autriche, dont l'impératrice est une française. A l'été 1870, les factions militaires bellicistes, désormais majoritaires dans l'armée, mènent une campagne assourdissante pour déclarer la guerre à la France. Le chef de ces factions, l'oncle du roi Frédéric III, le prince Charles de Prusse, aidé de son âme damnée, Otto von Bismarck, va lancer toutes ses forces dans la bataille, chauffant à blanc les opinions des deux pays. En juillet 1870, beaucoup pensent que la guerre est inévitable, notamment après les insultes parfois très directes adressées par le prince Charles à notre ambassadeur à Berlin, le comte Benedetti. Le 13 juillet, la dépêche d'Ems, chef d'oeuvre de machiavélisme de Bismarck, met le feu aux poudres en France. La dépêche fait état de tout l'irrespect du prince Charles à l'égard de la France mais, surtout, elle participe à faire croire que ce mépris serait partagé par le roi lui-même. Alors qu'en France le Parlement s'enflamme et que, malgré la prudence du gouvernement, le ministre de la Justice, Emile Ollivier, se fait le champion de la guerre, le roi Frédéric III va prendre une décision historique et sauver la paix. En démentant les sous-entendus proférés sur sa personne, en congédiant son oncle de Berlin et, fait sans précédent, en faisant arrêter le conseiller de ce dernier, Otto von Bismarck, le roi de Prusse désamorce une bombe qui menaçait d'exploser.

Si la France sort intacte de ces grandes tensions de 1870 - 1871, il n'en est pas de même de la Prusse où le prince Charles prend le pouvoir le 18 janvier 1871 grâce à un coup d'Etat militaire. Condamné par toute l'Europe, le nouveau roi Charles Ier n'est plus en mesure de provoquer une guerre et doit se contenter de faire tomber sur son pays une chape de plomb traditionaliste et militariste. Il fait traduire en conseil de guerre pour haute-trahison son prédécesseur et neveu, Frédéric III, fin 1871. Condamné à mort sans surprise en 1872, si sa peine est commuée en bannissement à vie pour ne pas heurter davantage l'opinion internationale ce n'est pas grâce à son oncle, partisan jusqu'au-boutiste de l'exécution de la peine, mais grâce aux pressions de Bismarck, sorti de prison dès le lendemain du coup d'Etat pour diriger le gouvernement.

L'empereur Napoléon III profite de cette agitation pour affaiblir l'influence prussienne et grandir celle de la France : c'est l'affaire du Luxembourg. Ce petit pays, donné à titre personnel au roi des Pays-Bas par le congrès de Vienne, connaît une grande instabilité depuis la révolution belge, l'impopularité de la dynastie néerlandaise ne cessant de grimper d'années en années. En 1872, Napoléon III fait une déclaration de soutien aux aspirations du peuple luxembourgeois de "se libérer d'une tutelle étrangère". Officiellement, il évoque par là la garnison germanique principalement prussienne qui stationne dans cet ancien territoire de la Confédération. Officieusement, il vise tout autant le roi de Prusse que celui des Pays-Bas. Ce dernier, Guillaume III, se refuse à abdiquer la couronne grand-ducale mais scinde les lignes de succession en nommant son fils cadet, Alexandre, régent et héritier du Luxembourg. Les tensions retombent, la garnison prussienne est évacuée, tandis qu'un accord militaire est signé avec la France.

Le règne de Napoléon IV

La crise se dénouera sous le règne de Napoléon IV, le fils unique de Napoléon III et Eugénie, monté sur le trône à l'abdication libre et volontaire de son père en 1878. A la mort du frère aîné d'Alexandre, le prince d'Orange, en 1879, l'héritier luxembourgeois devient automatiquement héritier néerlandais. Les troubles reprennent. La population du grand-duché refuse tout autant de revenir dans le giron dynastique des Pays-Bas que d'accepter le règne d'un lointain cousin allemand de Guillaume III, Adolphe, duc de Nassau. Certaines manifestations réclament la république, d'autres l'annexion française, ou à défaut la dévolution de la couronne à Napoléon IV. Pour éviter que le très belliciste roi de Prusse s'empare de l'occasion pour obtenir la guerre dont il rêve tant, le jeune empereur, âgé de seulement 23 ans, fait une déclaration depuis l'Angleterre, où il est en visite d'Etat, le 1er juin 1879, déclinant toute annexion ou toute couronne supplémentaire et invitant les pays extérieures à l'affaire à trouver une solution médiane.

Celle-ci sera trouvée par une alliance anglo-autrichienne en la personne d'un frère de Ferdinand Ier, roi des Belges : Louis de Belgique, ancien duc de Nemours du temps où il appartenait à la famille royale française. Si le prince Louis accepte, il décline pour lui l'exercice des responsabilités gouvernementales. Investi honorifiquement du titre de "grand-duc de Luxembourg", il ne règne en réalité même pas une seule seconde sur ce pays. C'est son fils, le prince Gaston qui devient en 1880 le premier grand-duc de cette nouvelle dynastie d'Orléans-Luxembourg. La solution contente le plus grand nombre de pays : amenée par les anglais et les autrichiens, elle met sur le trône luxembourgeois un prince belge marié à une princesse française, la troisième fille de Napoléon II, la princesse Sophie, mariée à Gaston de Belgique depuis 1866 et qui régnera à ses côtés jusqu'à sa mort tragique en 1897 dans l'incendie du bazar de la Charité.

L'empereur Napoléon IV épouse en 1881 la dernière fille de la reine Victoria, au cours d'une cérémonie de mariage perçue dans le monde entier comme le symbole le plus éclatant de l'amitié franco-britannique à laquelle les parents du marié avaient tant contribué. Le prince se marie le 23 juillet 1881 et c'est la dernière fois qu'on vit son père, l'empereur Napoléon III disparaissant le premier jour du mois de septembre suivant.

De cette union avec celle qu'on appela désormais l'impératrice Béatrice, Napoléon IV eut de nombreux enfants. A la naissance du premier de ceux-ci, la princesse Marie, en 1884, l'empereur signa un acte qu'il avait en tête depuis longtemps : l'abolition de la loi salique, faisant de sa fille aînée la première Princesse impériale de France. Parmi les cinq enfants du couple impérial, trois filles (Marie, Victoria-Eugénie et Laetitia) et deux fils (Charles et Joseph), on retiendra notamment que Victoria-Eugénie Bonaparte devint en 1906, de par son mariage avec le roi Alphonse XIII, reine d'Espagne. A travers son fils cadet, Jean III, elle est la grand-mère de Jean IV, ce roi d'Espagne qui a abdiqué en juin 2014 au profit de son fils, Philippe VI.

Mais si Napoléon IV est si populaire aujourd'hui encore dans nos mémoires, ce n'est pas à cause de sa gestion de l'affaire luxembourgeoise ou de son mariage britannique, mais bien entendu grâce à l'incroyable courage dont il fit preuve durant la Grande Guerre.

La responsabilité de cette guerre appartient à la branche militariste des Hohenzollern qui avait pris le pouvoir en 1871 à la suite des tensions franco-prussiennes. A Charles Ier avait succédé son fils Charles II, en 1883, plus redoutable encore que son prédécesseur. Il tenta une première fois de troubler le repos de l'Empire allemand durant la longue crise de 1888 - 1890, mais sans succès. C'est en 1894, appuyé sur une alliance entre la Prusse, de petits Etats allemands et l'armée impériale, que le roi Charles II parviendra à marginaliser la dynastie Habsbourg en se faisant proclamer Régent d'Allemagne par les autorités de l'Empire. Quand Charles II meurt en 1908, son fils, Léopold Ier, lui succède sur le trône prussien comme à la tête de la régence allemande, régime autoritaire et militaire attaché à l'expansionnisme international de la puissance allemande (doctrine pangermaniste connue comme la Weltpolitik).

Quand le régent Léopold destitue le vieil empereur François-Joseph le 28 juin 1914 au profit du neveu et héritier de celui-ci, François-Ferdinand, c'en est trop pour la communauté internationale. Cette dernière est de surcroît fatiguée des provocations du roi de Hongrie, Maximilien, le propre frère de François-Joseph, allié depuis le début du siècle aux Hohenzollern. Aux protestations internationales, la régence allemande répond par l'agression. A l'été 1914 éclate une guerre qui va durer quatre ans et causer des destructions sans précédent : la  Grande Guerre.

Nous passerons sur les événements militaires bien connus pour nous concentrer seulement sur le volet français du conflit. A l'automne 1914, les défenses françaises cèdent et le territoire national est envahi. L'empereur et son gouvernement choisissent de se replier sur Bordeaux et de continuer le combat. Après la chute de la France toute entière début 1915, le gouvernement de Bordeaux continuera à survivre en exil à Londres en opposition au gouvernement de Paris, autorité collaborationniste dont les prussiens confient la direction à l'héritier de la couronne royale de France, arrière-petit-fils du comte d'Artois ("Charles X"), petit-fils du duc de Berry ("Charles XI") et neveu du dernier prétendant en date, célèbre pour sa rigidité, le comte de Chambord ("Henri V") : le duc de Bourgogne, "Charles XII". Ce règne de trois ans à la tête d'un Royaume de France soumis à l'Allemagne Hohenzollern finira de pulvériser un royalisme déjà bien diminué depuis plusieurs décennies. Quant à l'empereur Napoléon IV, son insatiable attachement à la liberté et à la souveraineté de la France, son refus de toute collusion et son dévouement total à la cause de la France libre, fera de lui une des personnalités les plus admirées du panthéon national. La geste héroïque de son débarquement en Algérie et du ralliement unanime du Royaume arabe à son souverain tutélaire est une des pages les plus fameuses de l'Histoire de France.

Au début de l'année, pour les commémorations du centenaire du départ de l'empereur à Londres, l'actuel Premier ministre et ancien maire de Bordeaux, Alain Juppé, ne s'y est pas trompé en rendant un vibrant hommage à la figure de Napoléon IV. Le même mois, la tentative de l'extrême-gauche républicaine de perturber des célébrations présidées par notre Impératrice échouait lamentablement, prouvant de nouveau l'indéfectible attachement du Peuple français à sa Famille impériale, incarnation vivante de son Histoire, de ses Libertés et de son Indépendance.

Le 25 août 1918, Napoléon IV fait une entrée triomphale dans sa capitale, libérée de l'occupation allemande et que le roi collaborateur avait déjà évacué depuis les premiers revers militaires en juin. En novembre, la victoire totale des Alliés provoque la chute de la régence Hohenzollern. Léopold de Prusse avait destitué en 1916 l'empereur Ferdinand II qu'il avait pourtant lui-même mis sur le trône deux ans auparavant et ce au profit non des légitimes successeurs à la couronne autrichienne mais au profit du fils aîné du mariage morganatique de Ferdinand, Maximilien de Hohenberg. A la victoire, les Alliés rendirent le trône autrichien à son héritier légitime, le neveu du défunt Ferdinand II (assassiné avec sa femme par les prussiens en 1917), l'empereur Charles Ier. De même, en Hongrie, le vieux roi Maximilien fut destitué. Il mourut en 1927 à l'âge canonique de 95 ans. C'est pourquoi on surnomme la victoire de 1918 la chute des Maximiliens.

La branche royale prussienne chassée en Angleterre au début des années 1870 par celle de Charles Ier retrouve également le trône en 1919 à travers le fils du roi Frédéric III, Guillaume II, prince éduqué à Londres et qui fut pour la Prusse un monarque d'une très grande libéralité. En Prusse, on révère le roi Guillaume II comme le Père de la Démocratie.

La France impériale depuis un siècle :
les règnes de Marie, Napoléon V, Louis et Charlotte

A sa mort en 1924, l'empereur Napoléon IV laissait le meilleur souvenir aux français sur lesquels il avait eu l'honneur de régner durant 46 ans, le plus long règne personnel de l'Histoire de la France impériale. Il laissait à son peuple une France libérée, renforcée sur le plan international comme sur le plan démocratique, le fils de Napoléon III, qui avait déjà réformé la Constitution en mai 1870, achevant l'oeuvre de son père en soumettant à la ratification des citoyens français le 8 mai 1921 une toute nouvelle constitution renforçant tout à la fois le rôle direct du Peuple, les droits et les devoirs du Parlement (le Sénat devenant une chambre élue) et la puissance du Gouvernement (dont le chef devait désormais recevoir la confiance directement du peuple par référendum).

Ce texte qui devait beaucoup à l'influence du monarque, encore auréolé de son glorieux rôle de chef de la France libre, avait été conçu par le Premier ministre George Clemenceau et le Ministre de l'Intérieur André Tardieu sur les conseils d'une vieille figure du bonapartisme populaire, le général Georges Boulanger. La Constitution de 1921, toujours en vigueur aujourd'hui, fut acceptée par le peuple français avec un score historique de 85,1% des suffrages.

Grâce à l'abolition de la loi salique actée en 1884, c'est la première femme souveraine de son propre chef qui monte sur le trône de France en 1924, en la personne de l'impératrice Marie, une personnalité aussi simple dans son contact que charismatique dans son aura, chef d'Etat à la popularité exceptionnelle. Si elle entrera entièrement dans les habits de monarque constitutionnel, son influence se fera sentir sur un plan bien particulier, celui de la politique européenne, et dans des circonstances elles aussi particulières, les Années de Cristal.

Les Années de Cristal recouvrent cette période de fortes tensions continentales des années 1930 et 1940 où on pensa à plusieurs reprises qu'une seconde guerre mondiale allait éclater. La diplomatie française, appuyée notamment sur la politique pacifique de son alliée, la tsarine Olga de Russie, fut en première ligne pour empêcher ce drame sans pour autant rien lâcher aux différents régimes autoritaires de ces sombres années (principalement la République Hongroise, rejointe au début des années 1940 par l'Italie). Que ce soit dans la crise de Transylvanie de 1936 (la Hongrie décidant de remilitariser une zone qu'on lui avait laissé en échange de sa neutralisation complète) ou dans celle de Bohême en 1939 (l'Allemagne passant à deux doigts de céder aux sirènes expansionnistes de son extrême-droite revancharde), la France fut à l'initiative pour faire respecter la légalité internationale et les droits des peuples, tout en préservant la paix européenne.

L'impératrice Marie est notamment célèbre pour de nombreux discours pro-européens prononcés durant les Années de Cristal, discours fondateurs d'un rêve qu'elle tenait de son ancêtre, le fondateur de sa Maison, l'empereur Napoléon le Grand. Au sortir des Années de Cristal, quand on passa des paroles aux actes et qu'on commença à construire cette Europe confédérale gage de paix et de souverainetés, on désigna naturellement Strasbourg et Bruxelles comme capitales conjointes, Strasbourg étant le lieu des négociations de 1815 entre Napoléon et l'Europe ayant mené à la paix européenne signée le 18 juillet dans la capitale belge.

L'impératrice Marie disparut en 1960. Lui succéda son fils aîné, l'empereur Napoléon V. Personnalité complexe, il avait fait polémique quelques années auparavant quand, à la fin des années 1940, il avait critiqué la ligne française consistant à défendre les princes de la famille Murat, exilés d'Italie par le régime fasciste, taxés par le Prince impérial de "bourgeois apatrides sans convictions". Attitude étrange et peu compréhensible, on chercha la raison de ce dérapage sans trouver d'explication tangible. L'affaire retomba vite mais l'image de l'héritier au trône impérial avait été sérieusement écornée.

En 1959, un an après le retour des Murat et de la démocratie en Italie, des journalistes italiens découvrirent que le régime fasciste avait en réalité financé les activités et les discours du Prince impérial. Le scandale fut immense. On dit qu'il contribua même à accélérer l'agonie de sa mère, l'impératrice Marie. A sa montée sur le trône, il se démena de toutes ses forces pour démentir les rumeurs et  prouver sa bonne foi, se fâchant d'ailleurs définitivement avec ses cousins princiers d'Italie en les accusant de comploter contre sa personne. Mais alors que les choses s'apaisaient quelque peu faute d'éléments solides, un nouveau scandale de corruption le frappa puis une rumeur persistante se répandit affirmant que ce célibataire endurci de 46 ans entretenait une relation depuis plusieurs années avec une excentrique demi-mondaine australienne de vingt ans sa cadette qu'il rêvait de faire impératrice. Il fut contraint par le Gouvernement, appuyé sur une opinion unanime, à abdiquer dès 1962, son maintien sur le trône risquant d'emporter une monarchie hier encore acclamée de toutes parts mais déjà frappée d'impopularité suite aux trop nombreuses incartades de ce prince sulfureux.

Son frère lui succéda et décida de ne pas ceindre le nom de "Napoléon VI", préférant conserver son prénom personnel et devenir l'empereur Louis. Mariée à la ravissante et délicate grande-duchesse Anne de Russie, fille de la tsarine Olga et petite-fille du tsar Nicolas II, cet homme courageux qui avait su faire barrage à la sédition bolchévique en 1917, l'empereur Louis fut un monarque sérieux et proche du peuple, entièrement dévoué avec son épouse à redorer le blason d'une monarchie ternie par les scandales de son frère, désormais connu comme Son Altesse Sérénissime le Prince Bonaparte (et qui s'éteignit, presque redevenu anonyme, en 1972).

Louis régna pendant 38 ans sur la France. Alors que le pays traversait des crises économiques et internationales, alors que le pays vivait des transformations brusques dues notamment à la mondialisation, il fut toujours auprès de son peuple, symbole d'unité et d'apaisement. Après la violente impopularité essuyée par son frère aîné, il renoua avec les taux d'approbation pharaoniques de sa mère, l'impératrice Marie, et fut, au fur et à mesure que son règne avançait, de plus en plus comparé à son grand-père, l'Empereur-Chevalier, Napoléon IV. Quant à l'impératrice Anne elle raviva dans le coeur des français les doux souvenirs de l'énergique et bienveillante impératrice Eugénie. L'impératrice Anne, née en 1919 et toujours vivante, demeure encore aujourd'hui la personnalité impériale préférée des français ; la célèbre phrase qu'elle aime répéter à l'envie ("Je suis plus vieille que la Constitution !") étant même entrer dans le langage courant !

Depuis la mort de l'empereur Louis Ier, en 2000, nous vivons sous le règne doux et bienheureux de notre chère Impératrice Charlotte, fille aînée de notre précédent souverain, née en 1957. D'un tempérament chaleureux mais autoritaire, elle fut un atout précieux pour la France lors des élections dramatiques d'avril 2002 où la poussée historique du Front National paralysa pendant de longues semaines la politique française. C'est l'intervention direct du monarque, utilisant son pouvoir constitutionnel, en cas de blocage, de présenter au peuple français un candidat à la présidence du gouvernement de son choix, qui fit sortir le pays de l'impasse en mettant en place un gouvernement d'unité nationale confié à Philippe Séguin, Premier ministre, et Jean-Pierre Chevènement, vice-Premier ministre. "Gouvernement de Progrès et de Souveraineté" plébiscité par l'opinion et reconduit par le Peuple souverain, au-delà du mandat initial d'un an qui lui avait été confié, jusqu'en 2008, où il fut remplacé par le gouvernement de Bertrand Delanoë, lui-même renversé en 2012 par une nouvelle majorité dirigée par Alain Juppé.

Toute la presse bruisse depuis maintenant quelques mois des rumeurs selon laquelle l'impératrice Charlotte, pourtant très populaire et âgée seulement de 58 ans, désirerait abdiquer en faveur de son fils, le Prince impérial, Jérôme Bonaparte, née en 1980, qui ne prendrait ni le titre de Napoléon VI ni celui de Jérôme Ier mais celui d'empereur Louis II, en hommage à son grand-père. Ces rumeurs qui ont agité tous les médias au printemps 2015 sont retombées ces dernières semaines, l'horizon d'une abdication étant probable mais pas avant 2020.

Et c'est en affirmant à des proches qu'elle n'était pas pressée d'être impératrice consort, et qu'elle ne le serait pas avant plusieurs années, que notre Princesse impériale, la roturière d'origine britannique Catherine Middleton, a mis fin à ces chuchotements indiscrets sur le règne, que nous souhaitons encore long et prospère, de notre Impératrice, l'arrière-arrière-arrière-petite-nièce du grand homme qui fonda la France moderne, le vainqueur de Mont-Saint-Jean et le signataire de la paix de Bruxelles, Napoléon Ier le Grand.

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  1. J'avais loupé cet article. Je le trouve bien écrit même si j'aurai voulu plus de détail sur la défaite des bolcheviques, des régimes des pays d'Europe (Allemagne toujours un royaume? La Prusse fait parti de l'Allemagne?) et sur les colonies européennes mais je suppose qu'elles sont quasi identiques à celles de la réalité.
    Sinon j'aime bien Napoléon V qui fait scandale, enfin un règne qui se passe mal pour un Bonaparte rendant le tout plus crédible. Après je me doute que c'est long à écrire mais si jamais un jour vous voulais détailler plus, je suis preneur tellement que c'est passionnant.
    J'aime les clins d’œils à aujourd'hui avec Delanoë, Juppé et Cate Middleton en Princesse Impériale (ça j'achète directe).
    Sinon petite question : Nice est Italien ou français?

    Sinon il y a pas un "e" à garanti du paragraphe 7 sur la paix de Bruxelles?

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    1. En réalité, j'avais détaillé tous ces détails sur la Russie impérial post-1917, sur l'Allemagne post-1918, mais les intégrer au récit aurait rendu le texte encore plus long qu'il ne l'est et surtout aurait beaucoup trop décentré le propos qui serait devenu plus européen que français. Il y avait même des développements sur l'Histoire italienne, l'Histoire hongroise (!), etc. L'uchronie est un petit jeu auquel on se prend assez vite tellement c'est motivant.

      Dans ce que j'avais tracé comme perspectives, l'Allemagne demeure en effet une monarchie impériale sous le sceptre Habsbourg, tandis que la Prusse demeure un royaume sous le règne des Hohenzollern. De même, la Bavière demeure une monarchie avec un roi Wittelsbach. Après la 1GM, les puissances internationales conservèrent cette Allemagne unitaire scindée en trois blocs pour en assurer les équilibres internes favorables au repos de l'Europe. Depuis 1950, un fort mouvement indépendantiste existe en Prusse et de manière générale dans les territoires allemands non-autrichiens, rêvant de la mise en place d'une Grande République Allemande indépendante. Cette scission a été évitée de peu le 3 octobre 1990 par l'accord de Berlin qui a réformé les structures de l'Empire allemand. Mais l'indépendantisme républicain allemand demeure fort. Son grand obstacle demeure cependant la Bavière, province monarchiste, qui menace de devenir indépendante si l'Allemagne non-autrichienne se tourne vers une unité républicaine. Depuis quelques années, avec l'arrivée au pouvoir de la chancelière impériale Angela Merkel, alliée des monarchistes bavarois, le républicanisme allemand est un peu affaibli.

      Pour les colonies européennes, vous supposez bien en effet, il y a eu décolonisation. On peut cependant souligner que la politique arabe de l'Empire français a permis de conserver de meilleures relations avec notre colonie algérienne. Le processus d'autodétermination du Royaume arabe d'Algérie voulue par le Premier Ministre Charles de Gaulle dans les années 1950 a aussi contribué à offrir l'indépendance aux algériens sans que le FLN, groupuscule rapidement disparu, n'ait besoin d'ouvrir les hostilités.

      Nice est une ville italienne dans cette uchronie, d'où l'italianisation du nom de Christian Estrosi.

      PS : merci pour la correction orthographique, vous avez l'oeil !

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    2. Bonjour, Renouveau Bonapartiste

      Excellente uchronie, je l'ai apprécié, félicitation pour ce travail d'imagination qui a produit un texte intéressant et passionnant.

      Mais par contre, pourriez-vous nous parler de l'histoire de la Russie, de l'Italie et de la Hongrie de ce monde s'il vous plaît ? Cela m'intéresserait beaucoup de savoir ce qu'il se passe dans ces pays de cet univers uchronique.

      Cordialement

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