11 juillet 2015

[In Memoriam] Commémoration du décès de l'Impératrice Eugénie

L'Impératrice Eugénie de Montijo

Il y a quatre-vingt-quinze ans, Sa Majesté l'Impératrice Eugénie s'éteignait au palais de Liria, à Madrid, auprès de son petit-neveu, le duc d'Albe, le père de cette même excentrique duchesse d'Albe qui nous quittait en novembre dernier, la duchesse Cayetana.

On prête à l'empereur Napoléon Bonaparte la célèbre phrase "Quel roman que ma vie !". Une pensée que sa nièce par alliance, Eugénie de Montijo, aurait pu faire sienne, tant sa longue et fascinante existence est romanesque. Née à Grenade en plein milieu d'un séisme, cinq ans jour pour jour après la disparition de l'Empereur, elle est choisie par le tout récent empereur Napoléon III pour l'accompagner dans son règne. Souveraine aussi incomprise et dénigrée que son époux, elle n'est pas cette bigote hystérique que tant de faux historiens ont voulu populariser pour satisfaire leurs haines et détruire toute trace de l'oeuvre impériale.

L'Impératrice Eugénie fut au contraire une femme d'une exceptionnelle modernité, certes attachée à la religion catholique mais pas davantage en cela que son siècle. Protectrice des plus humbles et amie des plus puissants, elle sut porter aussi bien la crinoline étincelante d'une glorieuse souveraine que l'austère robe noire d'une véritable soeur de charité.

Sans doute une des plus belles femmes de son époque, notre dernière impératrice était dotée d'un grand sens de l'écoute et de la discussion, capable de donner de l'importance au plus modeste de ses interlocuteurs et faisant toujours preuve de la plus parfaite grâce. Ne se contenant pas de vivre sa féminité par la beauté, elle s'intéressa de près à l'émancipation des femmes et c'est, entre autres, par son entremise que Julie-Victoire Daubié devint la première femme à obtenir son baccalauréat et que Rosa Bonheur entra dans l'Histoire comme la première femme décorée de la Légion d'Honneur.

Elle fut également une des rares, si ce n'est la seule, femme de notre Histoire moderne à exercer les fonctions de chef d'Etat durant quelques courtes périodes. A deux reprises de manière partielle et intérimaire, durant les régences de 1859 et 1865, mais aussi, lors d'une troisième régence, face aux circonstances tragiques de la guerre de 1870. Guerre au déclenchement de laquelle elle n'était pas opposée, comme la majorité de l'opinion d'alors, impériale comme républicaine, mais pour laquelle il est malhonnête de dire qu'elle en est la principale instigatrice. Il n'est pas inutile de répéter, à la suite de l'historien britannique William Smith, que l'Impératrice Eugénie ne chercha jamais à exercer un rôle politique de premier plan. Son seul rôle politique fut d'assumer les fonctions que les circonstances lui donnèrent, avec un sens affirmé du devoir et de la fidélité.

Balayant les écumes nauséabondes de la xénophobie trop ordinaire qui reprochait surtout à nos souveraines d'être étrangères, nous ne reprendrons pas le surnom de "l'Espagnole" qu'on voulut lui accoler tout comme on transforma Marie-Antoinette en "l'Autrichienne". Eugénie de Montijo, de son mariage à sa mort, ne cessa d'être fidèle à son pays d'adoption. Elle fut incontestablement une française de plein exercice. Une grande française.

Avec à l'esprit une pensée pour la mémoire de son époux, l'empereur Napoléon III, et surtout de son fils, l'infortuné Prince impérial, dont elle porta le deuil déchirant durant sa longue existence d'exilée, nous rendons aujourd'hui hommage à notre ultime souveraine qui, nous n'en doutons pas un seul instant, sera reconnue un jour à sa juste valeur, celle d'une grande Impératrice des français.

Vive l'Impératrice Eugénie.
Vive la France.

5 commentaires:

  1. Xavier Cuvelier-Roy11 juillet 2015 à 12:59

    euh... erreur ! C'était il y a 95 ans !

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    1. De nouveau merci, quelle triste faute d'inattention, c'était bien sûr il y a 95 ans !

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  2. M.W

    Bonjour, Renouveau Bonapartiste

    Merci de rendre hommage à une de mes femme préféré de notre histoire.

    En effet, Eugénie n'est pas l'idiote fanatique dépeint par certains républicains zélés (et je dis bien certains républicains car beaucoup de républicains ont défendu le régime impérial au nom de la réalité historique), oui elle a fait beaucoup pour le pays. Comme vous le rappelez, elle a travaillé à l'émancipation des femmes et en 1918, elle a écrit une lettre pour convaincre les Alliés que l'Alsace et la Moselle sont françaises alors que les Alliés voulaient les laisser à l'Allemagne. J'aime bien aussi ce que vous dîtes sur la régence. Beaucoup de français disent que la monarchie est machiste, pourtant d'après mes calculs on a eu une dizaine de régence, une dizaine de fois où les femmes ont été au pouvoir. Combien avons nous eu de présidentes et de Premières ministre depuis la République ?

    Cordialement

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  3. Bonjour,

    Je vous conseille l'article d'une dizaine de pages qui lui est consacré dans la revue "Napoléon III", du trimestre de juin-juillet-août. SI elle fut l'Impératrice, elle eut été aussi une très Grande Dame, lumineuse par sa beauté, admirable par sa force, superbe par son esprit.

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