7 juillet 2015

Un regard bonapartiste sur le baccalauréat

Diplôme du Baccalauréat daté de 1810

Le diplôme du baccalauréat a été institué le 17 mars 1808. Comme tant d'autres grandes institutions de notre pays, la genèse de ce diplôme remonte au règne de l'empereur Napoléon. Ce diplôme est crée à l'époque comme le diplôme d'entrée à l'université et le premier grade universitaire, ce qu'il demeure aujourd'hui dans les textes quand bien même il ne l'est plus du tout dans l'esprit.

Que de distance en effet entre les ambitions de la création napoléonienne du baccalauréat et sa réalité contemporaine. Diplôme dévalué, donné, grade qui ne mène plus nul part et ne signifie plus rien, si ce n'est une sorte de vague rite initiatique de passage entre l'enfance et l'âge adulte, le baccalauréat est en crise. Crise symbolique d'une crise plus générale encore, celle de notre système éducatif.

Naturellement, les bonapartistes ont une belle légitimité pour apporter leurs convictions dans l'entreprise (nécessaire) de réforme du baccalauréat. Cette opinion bonapartiste sur le diplôme français le plus célèbre est même un de ces quelques combats sacrés que nous avons à mener puisqu'il s'agit de rendre sa splendeur et sa mission originelle à une institution napoléonienne.

Je dis bien "mission originelle" et non "forme" ou "organisation" originelle. Le baccalauréat de l'Empire n'était pas un diplôme difficile, il ne consistait qu'en un entretien oral et le taux de réussite était très semblable à ceux d'aujourd'hui.  Mais, extrêmement élitiste, en 1809, il n'y eût que trente-neuf candidats, tous issus de la très haute bourgeoisie. Dès le début de son existence, le diplôme du baccalauréat évolue et il évoluera tout au long de son Histoire. Nous passerons sur les étapes de ces transformations, nous nous contenterons de rappeler que la métamorphose du "bac" jusqu'au forme actuelle est principalement dû à la maturation démocratique de notre Nation et à la massification de l'éducation.

Nous ne rejoindrons pas le choeur de ceux qui, nostalgiques de l'oligarchie, pensent que, par nature, rien ne devrait être aussi massif, aussi populaire. Nous rejetons cette vision archaïque. Nous sommes d'authentiques démocrates et nous souhaitons un baccalauréat populaire et démocratique mais non dans le sens du populisme qui généralise la vulgarité et l'ignorance au plus grand nombre.

Notre démocratie est une démocratie de l'exigence. Réformer le baccalauréat est une mission importante en cela même qu'elle s'inscrit au coeur de cette nécessité moderne de concilier esprits démocratique et aristocratique en un régime populaire capable d'anoblir le plus grand nombre de citoyens par l'instruction et la participation à la vie de la Cité.

Replacer le baccalauréat au centre de cette vie citoyenne serait une première dimension indispensable de cette réforme. Le baccalauréat doit cesser d'être un papier sans importance qu'on égare rapidement voire qu'on ne vient jamais réclamer à son lycée. Obtenu au mois de juillet, le diplôme du baccalauréat doit être remis au commencement de l'année universitaire suivante, à la fin du mois de septembre ou au début du mois d'octobre, dans des lieux respectés capable de donner un peu de lustre et de solennité au premier grade universitaire. Ces cérémonies de remise solennelle du baccalauréat doivent aussi donner à la plus récente génération de citoyens l'occasion de discussions et de débats. Ces conférences de bacheliers seront une tribune perpétuelle pour cette jeunesse trop souvent délaissé entre les mains de laquelle repose l'avenir du monde ainsi qu'un riche moyen de donner conscience des droits et devoirs qui incombent aux femmes et aux hommes d'une Nation libre.

Concernant le diplôme en lui-même, nous sommes favorables à un allégement des épreuves finales par le truchement d'un renforcement du contrôle continu, exactement comme le propose l'ancien Premier ministre François Fillon. S'opposer à cette mesure c'est lourdement méconnaître la réalité des carrières de nos jeunes bacheliers dont l'avenir est tranché par l'admission Post-Bac aux procédures closes en mars et aux résultats proclamés en juin. A l'exception du troisième tour d'affection de mi-juillet, les résultats du baccalauréat n'ont aucune importance pour l'admission en classes préparatoires, en école ou en faculté. Actons cette réalité et donnons au baccalauréat un véritable système de contrôle continu soumis à la surveillance de jurys permanent au niveau académique, différents des jurys qui actent de l'obtention ou non du sacro-saint diplôme, qui délivreraient des notes sur l'étude du parcours continu des classes de premières et terminales. Les épreuves finales quant à elles seront limitées au nombre de quatre ou cinq dont la moyenne comptera pour moitié ou plus de la note du baccalauréat.

Pour ce qui est de la sélectivité des épreuves, cessons de dévaluer les exigences en conséquence de l'abaissement général de notre système éducatif. Supprimons la cession de rattrapage de début juillet pour responsabiliser les élèves et que ceux qui échouent de peu puissent se voir délivrer le titre de bachelier par des commissions éducatives extraordinaires chargées d'examiner le parcours, les résultats et les qualités de l'élève sur la base des rapports scolaires. La note de spécialité deviendra une note à part en devenant éliminatoire si inférieure à un certain niveau, comme par exemple inférieure à 8. Un candidat décrochant plus de la moyenne mais une note éliminatoire en spécialité ne sera pas recalé d'office mais devra obligatoirement repasser ladite épreuve à la session de septembre. Avec cet appareil d'évaluation, un taux d'obtention du baccalauréat de plus de 80% sera la marque d'une jeunesse hautement éduquée et non plus d'un diplôme hautement dévalué.

Jeunesse reconnue, jeunesse célébrée, jeunesse instruite, jeunesse combattante, voilà ce qu'un baccalauréat revenu à une âme napoléonienne peut offrir à une Nation où le peuple se doit d'être à tout entier une élite démocratique.

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