1 octobre 2015

"Race blanche" : a-t-on seulement bien écouté Nadine Morano ?

Nadine Morano

C'est la grande polémique du moment. En affirmant sur le plateau de Laurent Ruquier, le samedi 26 septembre, que la France était un pays de race blanche, Nadine Morano, député européenne Les Républicains, a déclenché une tempête médiatico-politique qui va lui coûter - légitimement - son investiture comme tête de liste départementale aux régionales de décembre dans la région Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine.

L'utilisation du terme "race" est évidemment une grave erreur politique. Plus qu'une erreur, une faute. Terme impropre à la qualification des différences entre groupes humains, le terme de "race" est damné de par son utilisation passée, aussi bien par les théories racialistes du XIXe siècle que par des régimes meurtriers comme le Troisième Reich.

Parler de "race blanche" ne signifie donc rien. Parler de "race blanche" est une faute politique et morale. Nadine Morano aurait d'ailleurs mieux fait de maintenir le fond de ses propos en reconnaissant l'utilisation d'un terme impropre dont la dimension profondément sulfureuse ne peut que perturber inutilement le débat.

Car au-delà de l'utilisation d'un mot coupable, les propos de Nadine Morano ouvrent un vrai débat et posent de vrais questions. Malheureusement, la sur-focalisation médiatique et politicienne sur le terme de "race" a totalement éclipsé la teneur de celui-ci et, à entendre les réactions indignées de certains, on en vient à se demander même si quelqu'un a seulement pris la peine d'écouter ce que Nadine Morano a vraiment dit.

Au-delà des postures d'indignation à peu de frais dans lesquelles se drapent tant de nos responsables politiques, que cache cette cabale politicienne inattendue ?

Pour bien poser les bases de cette polémique, nous retranscrirons l'échange incriminé. Celui-ci occupe, pour ce que nous retranscrivons ci-dessous, une minute trente et il intervient au cours des dernières minutes d'une discussion d'une heure.
Nadine Morano : On a besoin d'être dans cette cohésion nationale, chez nous. Pour qu'il y ait une cohésion nationale, il faut garder un équilibre dans le pays, c'est-à-dire aussi sa majorité culturelle. Nous sommes un pays judéo-chrétien, le Général de Gaulle le disait, de race blanche ...
Yann Moix : Peut-être momentanément ... Peut-être momentanément, madame Morano !
Nadine Morano : Bah j'ai pas envie que ce soit momentané moi, j'ai envie que la France reste la France.
Yann Moix : Il n'y a pas de France éternelle, madame Morano. Et bien un jour la France pourra être musulmane, et ce sera comme ça, ce sera le mouvement de l'Histoire.
Nadine Morano : Bah j'ai pas envie que la France devienne musulmane, voyez, non.
Yann Moix : Et bien c'est bien dommage. C'est bien dommage.
Nadine Morano : Ce ne serait plus la France, monsieur Moix.
Yann Moix : Il n'y a pas de fatalité, madame.
Nadine Morano : Mais ce ne serait plus la France !
Yann Moix : Cela veut dire quoi la France pour vous ? Depuis quand date la France ? La France dont vous parlez, la France éternelle, elle a été inventée au XIXe siècle.
Nadine Morano : D'accord, on a pas les mêmes repères historiques.
Yann Moix : Votre repère c'est Clovis j'imagine, en tant que chrétienne.
Nadine Morano : Nous sommes un pays, la France est un pays aux racines judéo-chrétiennes. La France est un pays de race blanche dans laquelle on accueille aussi des personnes étrangères, comme le disait le Général de Gaulle ...
Yann Moix : J'aime pas le mot race.
Léa Salamé : Et les Antilles ? Elles sont comment au niveau de la race blanche ?
Réaffirmons d'emblée que Nadine Morano exprime mal ses convictions. Non seulement elle utilise le mot "race" qui ne peut que plomber l'intégralité de son propos mais de surcroît elle se place sous une figure d'autorité un peu stérile (en effet, en affirmant comme elle le fait, qu'elle ne fait que citer le Général de Gaulle - alors même que ladite citation est loin de faire l'unanimité chez les historiens - elle ne fait en rien avancer le débat, le Général de Gaulle n'étant pas un prophète intemporel).

Mais résumons son message. Nadine Morano affirme que la France se caractérise d'abord par une tradition qu'elle qualifie de judéo-chrétienne mais aussi par une donnée démographique, ce qu'elle nomme malheureusement "race blanche" et qu'on qualifiera plutôt de "type caucasien".

Elle ne fait là qu'affirmer une certaine réalité. En tant que pays, la France se caractérise par ses paysages. Et cela ne peut se résumer aux paysages géographiques, quand bien même ces derniers sont essentiels. Il faut ajouter à ceux-ci les paysages culturels, ce qu'on nomme - improprement encore - les racines chrétiennes et qu'on appellera le patrimoine chrétien de la France, ainsi qu'un certain paysage démographique - de type caucasien. Cela ne signifie aucunement que ces paysages doivent s'imposer de manière totalitaire. Inversement, que la France soit une société multiculturelle ne doit aucunement nous empêcher d'affirmer ces dominantes de notre identité nationale.

Le scandale nous apparaît moins important que sa résonance médiatique et politicienne pourrait le laisser penser. On peut naturellement discuter cette opinion. Pour notre part, nous sommes d'accord - en partie - sur le fond et en désaccord - total - sur la forme, d'une maladresse extrême, voire coupable, ne réussissant qu'à souffler sur des braises déjà gravement brulantes.

Dans l'échange que nous avons retranscrit, les propos de Yann Moix nous paraissent tout autant scandaleux que ceux de Nadine Morano.En effet, celui-ci trouve "dommage" qu'on ne veuille pas que la France puisse devenir un jour musulmane. Or, nous rejoignons Nadine Morano sur un fait absolument essentiel : une France qui deviendrait majoritairement musulmane - horizon improbable, disons le d'emblée -, qui se structurerait autour de la culture musulmane, une telle France ne serait plus la France mais un tout autre pays. Tout comme la Gaule est devenue la France en se convertissant à la culture latine, à la religion chrétienne et en métissant les populations franques et gauloises. La France d'ailleurs ne date pas du XIXe siècle. Abandonnons ces affirmations pseudo-intellectuelles ridicules et n'ayons pas honte de nos traditions, de notre passé, de nos héritages.

Résumons donc notre pensée. La France n'est pas un pays de race blanche mais la France est un pays où la majorité de la population est de type caucasien. La France n'est pas un pays chrétien mais la France est un pays laïc doté d'un riche patrimoine chrétien hérité de son Histoire. Maintenant, sur la base de ces deux fondements, il ne nous est pas interdit de construire une société multiculturelle, de penser l'identité française de telle façon à ce qu'elle respecte les dynamiques traditionnelles et majoritaires de notre pays tout en permettant l'intégration des nouvelles populations.

Une identité forte et assumée serait d'ailleurs une arme essentielle dans les combats qui nous occupent aujourd'hui. Sans identité, il ne peut y avoir que la peur de ceux qui sont là depuis hier ou avant-hier vis-à-vis de ceux qui arrivent aujourd'hui ou arriveront demain, ces dernières populations ne pouvant qu'avoir les plus grandes difficultés à s'intégrer à un ensemble désincarné, sans colonne vertébrale ni identité.

Si la France peut être tout et son contraire, alors comment peut-on s'intégrer à la France ? Si être français ne veut rien dire, si la nationalité française n'a aucun sens, comment devenir français ? Une identité forte détruira les peurs qui empoisonnent notre vie politique et permettra l'intégration des nouvelles populations.

Cette polémique superficielle est l'occasion pour le parti Les Républicains de s'acheter une virginité à faible coût par le sacrifice indigne de Nadine Morano. Alors que dans certaines municipalités de droite on détruit l'école publique en interdisant les menus alternatifs à la cantine, transformant l'école laïque en école anti-religieuse (mais surtout anti-musulmane), ce rejet de Nadine Morano nous apparaît totalement hypocrite.

Cette polémique superficielle cache de vrais problèmes sur la question de l'identité française. La question de Yann Moix à Nadine Morano devrait revenir au centre du débat public : que veut dire la France pour nous ?

Il est plus que nécessaire de répondre - vite - à cette question, de réaffirmer notre identité dans une double dynamique de confirmation de nos réalités traditionnelles et d'inclusion de populations nouvelles acceptant de vivre sous le joug démocratique de nos valeurs humanistes. Si nous ne répondons pas vite à cette question, l'extrême-droite continuera son ascension.

Or, l'extrême-droite est un poison. Certains s'inquiètent d'une mort de la  France provoquée par l'Islam, perspective totalement fantasmatique. Ce qui pourrait tuer la France, celle que nous aimons, et ce en quelques années, c'est l'extrême-droite. Cette force n'est rien de plus qu'une islamophobie indigne qui d'un côté rejette les musulmans mais se plaint que ceux-ci, rejetés, se réfugient dans le communautarisme. Hypocrisie détestable. Ils se plaignent que l'Islam ne s'intègre pas correctement en France ; en réalité, ils ne veulent pas que l'Islam s'intègre en France. L'extrême-droite c'est l'instrumentalisation de toutes les haines, c'est l'instrumentalisation du pessimisme et des pires inclinations de l'Humanité. L'extrême-droite c'est le fantasme, le mensonge, la mauvaise foi. L'extrême-droite c'est l'enfumage permanent, la domestication de l'ignorance.

Ne pas affronter les débats les plus importants c'est laisser toute une fraction de notre peuple dériver lentement - mais surement - vers les rives terrifiantes de l'extrême-droite. La polémique Morano révèle les faiblesses de notre débat public, capable d'excommunier les gens pour l'utilisation d'un mot mais incapable - totalement incapable - d'apporter des réponses aux questions importantes que se posent notre société en crise et dont cette polémique est elle aussi révélatrice.

Plus nous avancerons dans ce siècle sans avoir au fond de nous la réponse à cette question existentielle - qu'est-ce que la France pour nous ? -, plus nous risquerons un jour de trébucher et de laisser la France s'abîmer sans doute définitivement dans l'étreinte mortelle de l'extrême-droite.

PS : nous condamnons vigoureusement les torrents de haine et les attaques misogynes indignes adressées à l'encontre de Nadine Morano. Non seulement notre débat public est incapable de répondre aux questions essentielles à la survie de notre société, mais de surcroît elle manie avec dextérité l'outil immonde du dénigrement personnel et de l'attaque ad hominem. Constat révélateur du déclin de nos valeurs que cette facilité à attaquer les individus, miroir de la profonde lâcheté qui caractérise notre rapport aux grands défis de ce siècle : il est toujours plus facile s'attaquer à quelqu'un qu'à une idée, il est toujours facile de dénigrer que de débattre.

3 commentaires:

  1. Je suis plutôt d'accord sur l'article. Je voudrai ajouter une chose, c'est l'hypocrisie de la classe politique française et des français en général de se plaindre de "race blanche" alors que ces termes sont même utilisés par la justice (affaire de l'insulte de Mme Taubira de singe) : http://www.noelshack.com/2015-40-1443708188-zad.jpg
    Je suis d'accord pour dire que nous sommes une race: celle des hommes avec ses différences mais je supporte pas l'hypocrisie générale et encore plus de Sarkozy à l’encontre de Mme Morano. Certes c'est mal dit (surtout au temps d'aujourd'hui) mais comme vous dites ça n'excuse pas la haine à son encontre.

    RépondreSupprimer
  2. Très bonne réflexion et formidable conclusion. Je vous rejoins à 95% et suis très fier d'être bonapartiste et sur un même courant politique que Renouveau Bonapartiste.
    Je me permettrai de relever une divergence dans votre article. Je suis contre l'idée de ne plus utiliser une forme de vocabulaire de notre langue maternelle. SI toutefois " race " paraîtrait désobligeant, ce mot ne serait désobligeant que pour certains récalcitrants qui abusent de l'étiquette de notre pays, " le pays des droits de l'homme", et réfractaires à notre politique actuelle dans le seul esprit d'imposer leurs propres idées.
    Il est noble de souligner que le bonapartisme condamne vigoureusement les torrents de haine comme les attaques misogynes. Et bravo aussi de souligner l'impétueuse réponse de M. MOIX qui n'a été absolument pas soulevée par qui que se soit.................

    Vive le Bonapartisme.! ! !

    RépondreSupprimer
  3. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

    RépondreSupprimer