1 novembre 2015

Rééditer Mein Kampf pour mieux combattre les épigones d'Hitler

Adolf Hitler
Une fois de plus, Jean-Luc Mélenchon a voulu occuper un peu du temps médiatique en donnant aux médias une nouvelle polémique à se mettre sous la dent. Sur son blog, le meneur du Front de Gauche a menacé son éditeur, Fayard, de le quitter, si jamais ce dernier persévérait à vouloir publier le livre d'Adolf Hitler, Mein Kampf, à l'occasion de l'entrée de cet ouvrage dans le domaine public en janvier prochain.

S'indignant qu'on veuille diffuser la "bible" du régime national-socialiste qui a provoqué une guerre mondiale et exterminé industriellement plus de six millions d'êtres humains, M. Mélenchon s'oppose avec virulence - lui et ses lieutenants - à cette décision éditoriale, établissant un parallèle un peu excessif entre cette réédition et la montée de Marine Le Pen.

De nouveau, l'égérie de l'extrême-gauche a manqué une occasion de se taire. De nouveau, il montre à l'opinion combien il pense en termes de dogmes périmés et non de réalités humaines présentes. De nouveau, il montre son amour d'une censure morale qu'il préfère à la confiance démocratique placée en l'éducation populaire.

Mein Kampf est un ouvrage doctrinal du nazisme rédigé par le futur Führer du Troisième Reich durant sa période d'emprisonnement consécutive au putsch manqué de la brasserie. Paru en deux temps, en 1925 et 1926, il devint un texte quasi sacré du régime nazi, offert à tous les jeunes mariés allemands durant le règne de terreur du NSDAP.  A la chute du régime, en 1945, c'est le Land de Bavière qui hérite des droits d'auteur, utilisant les outils juridiques à sa disposition pour limiter la diffusion du livre et interdire toute édition non-critique. Adolf Hitler ayant mis fin à ses jours le 31 avril 1945 durant la débâcle de son régime - qu'il voulait voir durer mille ans mais qui n'en dura que douze - ces droits d'auteurs cesseront d'être effectifs au premier jour de l'année 2016.

Il faut donc immédiatement affirmer la vérité suivante. Que M. Mélenchon le veuille ou non, Mein Kampf pourra - dès janvier 2016 - être réédité par n'importe qui, l'ouvrage tombant dans le domaine public. Si ce n'est pas Fayard, ce sera une autre maison d'édition ; et plutôt que de ne voir que ses propres intérêts, craignant, lui le meneur d'extrême-gauche, de devoir partager un catalogue avec Hitler, Jean-Luc Mélenchon ferait bien de rendre hommage à la décision de Fayard. Si Fayard ne fait pas ce travail d'édition en retraduisant le texte original et en l'accompagnant d'un appareil critique issu de la réflexion des plus grands spécialistes de la question nazie, qui le fera ? Sera-t-il seulement fait ?

Mein Kampf a été traduit et publié en France à partir de 1934 par les Nouvelles Editions Latines qui continuent de le vendre, sans d'autre appareil critique que la mise en garde initiale et le rappel des crimes du Troisième Reich, rendus obligatoire par décision de justice en 1979. Mein Kampf est donc déjà publié, il suffit de quelques clics sur Internet pour le commander aux Nouvelles Editions Latines. Il est d'ailleurs inutile de préciser qu'il est encore plus simple de trouver une version téléchargeable, version non assortie d'appareil critique ni de mise en garde. M. Mélenchon mène donc un combat d'arrière-garde comme si nous étions encore dans les années 1950 et qu'Internet et la vente en ligne n'existaient pas.

La décision de Fayard est une excellente décision. Avec le prestige de cette maison d'édition, la médiatisation de sa décision et le souci d'un appareil critique de la plus grande qualité possible, l'édition 2016 de Mein Kampf peut devenir sans difficulté l'édition de référence. Une édition de référence qui ne banalise pas la doctrine nazie mais la présente dans sa réalité et en regard des crimes abominables qu'elle a enfanté. Qui peut lire aujourd'hui en 2016 un ouvrage aussi effroyable que Mein Kampf, assorti de nombreuses notes historiques, et adhérer à cette doctrine ? La peur d'une diffusion des idées hitlériennes par la diffusion de son ouvrage de doctrine est absolument aberrant : premièrement parce que l'ouvrage est déjà diffusé mais surtout parce qu'il le sera, demain, par Fayard, assorti de mises en gardes nombreuses qui sont autant de garde-fous. Pour lire Mein Kampf et se convertir au nazisme il faut déjà être profondément corrompu par les pires doctrines humaines.

M. Mélenchon craint sans doute que des personnes manquant d'éducation ne se laissent piéger par l'ouvrage. C'est une possibilité. Mais n'est-elle pas combattue par l'appareil critique fourni par Fayard ? M. Mélenchon préfère censurer un ouvrage historique, craignant que le Peuple soit trop idiot pour le lire avec la distance qui s'impose, plutôt que de faire confiance aux citoyens français, suffisamment éclairés et informés pour ne pas basculer dans une doctrine d'un autre temps au terme d'une simple lecture.

Au final, nous pensons - contrairement à Jean-Luc Mélenchon - que la diffusion de l'édition Fayard de Mein Kampf ne fera pas le jeu du nazisme et de ses lointains épigones d'aujourd'hui. Au contraire. En diffusant la doctrine originale, écrite de la main d'Hitler, en montrant par l'exemple, sur pièces, les abominations du nazisme et en rappelant aux curieux qui se rueront sur ce livre les crimes sans commune mesure commis au nom de cette doctrine, c'est là la meilleure façon de laisser infuser dans l'âme des citoyens cette leçon incontournable et indispensable, notamment en ces temps politiques troublés : "Plus jamais ça !"

Publier Mon Combat d'Adolf Hitler est sans aucun doute la meilleure façon de le combattre.

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